Son regard et sa physionomie qui s'étaient un moment éclairés à l'évocation de
son bonheur perdu redevenaient gris et retournaient déjà à leur néant.
L'âme de ce type était déjà comme morte depuis longtemps mais avait-il seulement vécu à un moment ou à un autre de son existence ?
Même sa voix mourrait dans un souffle pathétique.
Mal à l'aise, les passagers évitaient soigneusement de regarder l'homme à l'attaché-case, de peur de sombrer avec lui dans l'abîme du malheur et de la solitude de cet individu.
Son manque de combativité les navrait, son abnégation les affligeait.
Pauvre crétin, tu es content de l'avoir pousser à nous parler de ça ? songea Josselin en fixant Paul dans les yeux.
Il ne pouvait plus souffrir cet homme sans pudeur, trop impulsif pour réfléchir
à ces propos et à ses actes et probablement trop imbu de lui-même pour qu'il puisse un jour s'amender.
Depuis leur enfermement dans la cabine, Paul était à la source des deux coups d'éclats de la soirée : l'altercation avec Brian - Josselin en gardait un souvenir déplaisant - et la confidence douloureuse de ce pauvre homme.
Bien sûr, il n'avait pas été forcé de se dévoiler mais finalement, Paul aurait du respecter sa réserve et ne pas insister en lui déclarant que personne ne pouvait être aussi transparent que lui.
En bon petit garçon appliqué à toujours obéir au prix de la négation de son être, l'homme à l'attaché-case n'avait fait que reproduire le schéma qui l'avait toujours gouverné : céder sans retenue au risque de se meurtrir.
Mais le résultat était le même : malgré la faiblesse coupable de l'homme à l'attaché-case, Paul apparaissait comme un grossier et antipathique personnage.
Et une furieuse envie de lui rendre son coup de poing de toute à l'heure commençait à monter dans le cœur de Josselin.
C'était idiot, la violence n'était pas du tout son moyen privilégié de régler les problèmes mais cela aurait au moins le mérite de le soulager momentanément.
Désirant combattre le silence consterné qui envahissait l'espace exigu de la cabine et qui menaçait de tous les engloutir sous une chape de sinistrose, Cécile s'écria :
« - Dites donc, quelle est la première chose que vous allez faire en sortant de là ?
Sous le ton volontairement guilleret qu'elle avait emprunté mais qui sonnait effroyablement faux, elle tentait de dériver le cours des réflexions et de rétablir le lien qui les unissait tous quelques minutes auparavant mais qui s'étiolait dangereusement à présent.
Il était vital pour les passagers de demeurés le plus possible unis malgré leurs différences et chacun pris sur lui pour rentrer dans le jeu que proposait Cécile même si personne n'était dupe de ses intentions.
Intérieurement, Josselin la remercia d'offrir une diversion à l'exercice de présentation qui virait au psychodrame, honteux d'avoir été à l'initiative de la proposition de ce passe-temps qu'il pensait innocent mais qui révélait de façon insupportable les travers et les faiblesses du genre humain.
D'autant plus que, s'il comptait bien, il ne restait plus que lui à passer sur
le grill et il n'avait aucune envie d'évoquer sa vie, somme toute, pas beaucoup plus reluisante que celles de certains de ses compagnons...
A SUIVRE...


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