Compte à rebours, roman, 2006

Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 20:15

Publié dans : Compte à rebours, roman, 2006

La gaine de l'ascenseur n°23 était sombre et froide et la lumière du projecteur suffisait tout juste à l'éclairer et à conférer un minimum de conditions optimales d'inspection à la caméra endoscope.

Le démineur qui la manoeuvrait avec dextérité suivait sa progression sur un petit moniteur portatif, attentif aux moindres détails qu'il pouvait rencontrer, agile à analyser la moindre aspérité, les ombres portées, en quête de son Saint Graal : l'emplacement de l'explosif.

C'était toujours un moment de tension insurmontable pour l'équipe de déminage. De cette sinistre découverte allait découler la procédure qui allait être appliquée et celle-ci serait malheureusement très simple... étant donné la configuration des lieux, aucun robot de déminage ne pourrait se frayer un accès ce qui induisait que l'un des membres de l'équipe serait désigné pour se rendre sur place et accéder au piège fatal. Ensuite, il conviendrait d'analyser le type d'explosif en présence, le mode de fonctionnement du détonateur et définir le déroulement adéquat de l'opération de neutralisation en elle-même. Se retrouver obliger de cheminer dans ce long tunnel n'avait rien d'engageant et aucun faux-pas n'était envisageable pour garantir la sécurité et l'intégrité de tous. Les démineurs ne pouvaient oublier que la cabine, en son sein,  abritait six passagers ce qui était relativement inhabituel. Dans la grande majorité des cas, il était possible de procéder à l'évacuation des civils, de créer un périmètre de protection afin de laisser œuvrer les hommes de l'art à leur si périlleuse mission.

Bien que bénéficiant d'un matériel pointu et rompu aux situations extrêmes, seul l'œil et la main d'un homme pouvaient faire la différence et le démineur sentait la sueur perlée sur son front et ses épaules s'endolorir à force de concentration. Bientôt rejoint par un collègue, il continuait inlassablement son inspection méticuleuse.

La caméra rebondit sur une barre de métal et l'homme constata qu'il atteignait quasiment le toit de la cabine d'ascenseur, immobilisée entre deux étages. Quelque chose attira son attention. Ce n'était qu'un enchevêtrement de câble mais sa présence sur cette partie de l'ascenseur était assez singulière. Curieusement, il semblait avoir été déposé là, sans égard pour la sécurité de base. Le démineur promena sa caméra sur le toit et son collègue, intrigué, lui désigna une barre de métal qui, maintenu fermement par le câble,  semblait bloquer la cabine contre la paroi de la gaine. Des écrous parsemaient la surface et cette vision était plutôt préoccupante.

Quelles pièces avaient bien put être démontées et quels étaient les objectifs du saboteur ?

Le démineur continua à explorer le toit, tentant de passer souplement entre les parois de l'ascenseur et la gaine. Il avait ainsi pu analyser deux pans concomitants lorsqu'il revint en arrière. Il lui semblait avoir aperçu un léger renflement, plus bas sur la paroi. Le câble de l'endoscope arrivait à bout de sa longueur et l'image était par intermittence assez floue mais c'était pourtant bien visible pour des yeux aguerris à la recherche de l'invisible. Il y avait bel et bien quelque chose qui courrait le long de la surface de la paroi et semblait même faire le tour de la cabine. Le collègue du démineur ne put que confirmer la présence de cet élément incongru. Cela signifiait qu'il fallait que l'un d'entre eux se rende sur place pour affiner la vision et tenter de voir ce qu'il en retournait.

Prévenue de l'avancée de l'opération par talkie walkie, l'Agent Gonnet se porta instantanément volontaire pour cette inspection. Ses collègues émirent des récriminations mais devant sa détermination, ils ne purent que se plier à sa volonté. Il faut dire qu'elle avança l'avantage de sa taille plus modeste et de son agilité féminine pour étayer sa proposition, ce qui restait, au vu de la morphologie de ses homologues, un argument de poids.

Secondée par les démineurs, elle se mit en quête d'une trappe donnant accès à la gaine, qui soit située assez bas et lui permettant de se faufiler le long du conduit.

Il ne restait plus qu'à l'arrimer suffisamment pour que sa descente soit rendue la plus sûre possible et qu'elle ne risque pas de dévaler brutalement le long des parois glissantes.

La confection, à l'aide d'une corde, d'un baudrier de fortune mais néanmoins efficace prit un court moment et ce fut le cœur battant, qu'elle l'enfila. Elle l'ajusta à sa taille, vérifia les différents points d'attache, s'asura que le talkie walkie était solidement fixé à son uniforme puis elle franchit en souplesse l'orifice de la trappe. Un solide et ingénieux système actionné par ses collègues lui permis de descendre en rappel. Cramponnant la corde qui la reliait aux hommes d'une main et tenant la caméra endoscope de l'autre, elle s'enfonça prudemment dans la gueule béante, tout juste éclairée par un projecteur. Elle fut saisit par le froid et le vent qui parcourait la longue gaine en chuintant et, c'est, non sans appréhension, qu'elle aperçut enfin le toit de la cabine. Elle força son cœur qui tressautait dans sa poitrine à ralentir et à se calmer pour offrir un peu de quiétude à ses tempes où circulait un sang sauvage.  

Il était hors de question qu'elle touche physiquement la cabine ne sachant pas quel piège diabolique elle était susceptible de malencontreusement actionner. Elle demanda à ses collègues de stopper le déroulement de la corde pour lui permettre de se stabiliser dans la gaine et fit doucement glisser le filin de la caméra endoscope entre la paroi et la cabine.

L'image qui se précisa sur le moniteur était sans appel. Il y avait bien présence d'un câble qui courrait verticalement le long des parois et qui entourait la cabine dans son entier. Au niveau des portes de l'ascenseur, l'Agent Gonnet se risqua à une manœuvre qui la déséquilibra au point qu'elle se retrouva quasiment allongée mais qui offrit une vision précieuse pour comprendre le dispositif du piège. En effet, à l'endroit précis ou les portes se refermaient, les deux extrémités du câble se réunissait et plongeait dans une sorte de boîtier solidement fixé sur l'inox. Le dispositif donnait la curieuse impression de sceller la cabine comme s'il était conçu pour en garantir l'inviolabilité. La jeune femme songea aux procédés qui étaient utilisés dans l'Egypte Ancienne pour assuré le repos éternel des tombes royales et punir les profanateurs. Cette pensée la glaça, la cabine ne devait en aucun cas se révéler être le tombeau des passagers, elle était présente, avec ses collègues, pour que cela ne s'accomplisse pas.

Son talkie walkie grésilla et une voix d'homme la fit sortir de ses sombres élucubrations. Les agents étaient circonspects et inquiets de ne pas avoir encore aperçu la charge d'explosif ou la bombe en elle-même. Ils lui demandèrent de reprendre l'inspection du boîtier et de suivre la progression du câble qui semblait en ressortir dans la partie basse. Se déhanchant à l'extrême, elle bascula tout son corps de façon à tenir la caméra à bout de bras et faire glisser le câble vers le fond de la cabine. Sa tête, située plus bas que son corps, lui faisait mal, le sang se précipitait en bouillonnant dans la boîte crânienne. Elle tint la position le plus longtemps possible et, alors qu'elle allait se relever, à bout, elle entendit des voix dans le talkie walkie qui exultaient. La caméra avait permis aux agents démineurs de repérer le début du dispositif qui contrôlait la charge explosive.  Le câble qui ressortait du boîtier rejoignait un mécanisme que la pénombre rendait mal aisée à discerner. Seul une intervention pratiquée depuis un point situé plus bas que la cabine permettrait d'affiner leur analyse et de mettre en pratique la procédure adéquate de déminage. L'Agent Gonnet fut remontée prestement par ses collègues qui l'aidèrent à refranchir la trappe en sens inverse. Soulagée, elle se retrouva au milieu de son équipe qui commentait les images qu'elle avait concouru à obtenir. La situation était préoccupante, bien plus périlleuse que prévu et il ne restait plus qu'à en informer le Lieutenant Plissier. Ce fut encore elle qui se chargea de le joindre pour lui établir un rapport détaillé des dernières informations glanées. Elle lui conta par le menu sa lente progression vers la cabine, les images qu'ils avaient pu obtenir grâce à leur matériel sans omettre leur inquiétude face à ce qu'ils avaient découvert.


Plissier l'écoutait attentivement, lui demandant d'expliquer certains points, d'en développer d'autres, il notait fébrilement toutes ses paroles, de plus en plus mal à l'aise au fur et à mesure qu'il jaugeait la situation. Ils se mirent d'accord sur un fait. Le criminel qui avait commis cet acte était déterminé mais aussi intelligent et organisé. Il connaissait son affaire ce que démontrait tragiquement le piège qu'il avait imaginé : il n'avait rien fait de plus que piéger l'ensemble de la cabine. Car, à n'en pas douter, le boîtier et le câble qui se prolongeait dans le dispositif de l'explosif étaient un plan machiavélique pour garantir la séquestration des otages et ralentir l'opération de déminage sous peine que trop de précipitation  provoque une catastrophe. La seule alternative et le seul espoir qui restaient aux démineurs résidaient dans la possibilité de neutraliser la charge explosive en elle-même. Ils allaient s'atteler à cette mission de la dernière chance dès à présent car ils sentaient confusément que le temps était compté et que la situation risquait de basculer dans l'inéluctable à chaque seconde qui s'égrenait. Préoccupé, Plissier reporta son attention sur son moniteur et inspecta pour la énième fois l'intérieur de la cabine.

 

A SUIVRE...

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