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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Rencontre avec Saïd Bouamama auteur de « Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara ».

Rencontre avec Saïd Bouamama auteur de « Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara ».

Assister à une conférence de Saïd Bouamama, c’est accepter de se faire intellectuellement bousculer. Sociologue, militant associatif, auteur, l’homme n’a pas son pareil pour asséner ses pensées et exposer – intelligemment – ce qui nourrit l’un de ses chevaux de bataille : la lutte pour l’émancipation ici et ailleurs.

A l’occasion du Festival littéraire Hors Limites en Seine Saint Denis en 2015, Saïd Bouamama a été convié à parler de son dernier ouvrage «Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara » paru en 2014 aux Éditions La Découverte sous le label Zones.

Sans concessions et sans langue de bois, l’auteur livre ses réflexions sur les penseurs de la révolution africaine et sur les apports positifs qu’ils peuvent offrir à la pensée occidentale.

La rédaction de son livre a été accompagné par l’atmosphère de révolte qui agite le monde, notamment le monde arabe, que d’aucun souhaiterait relié à l’esprit qui agitait la France lors de la Révolution de 1789 comme le montre le traitement médiatique occidental des crises qui agitent le continent africain.

Une idée reçue décrète avec ténacité que l’Afrique doit combler son retard historique, économique et social avant de fournir des penseurs à l’humanité. Or, les penseurs africains existent bels et bien et ils sont souvent doublés d’hommes d’action. Mieux, ils peuvent être d’un apport essentiel à l’Occident. Il est donc temps de lever le voile sur un phénomène intellectuel qui recouvre inconsciemment ou non la pensée africaine d’un dais opaque d’amnésie…

Pour mieux comprendre de quoi nous parlons, un retour dans le passé s’impose.

Au siècle des Lumières, les Voltaire, Montesquieu et autres grands penseurs prônaient l’avènement du libre arbitre, de l’anti-soumission, de la laïcité…

Paradoxalement, ces même grands penseurs avaient une image très dévalorisée des autres civilisations qui, pensaient-ils, n’étaient pas encore aptes à accéder à un idéal d’humanité…

Poussant le paradoxe encore plus loin, cette idée de certaines civilisations en devenir deviendra la justification de la colonisation avec ses obligations d’éduquer les peuplades et l’instauration du clivage infériorité/supériorité…

La République se construit donc avec l’idée de la colonisation « salutaire », pour le bien de tous.

Naît ainsi ce que Saïd Bouamama nomme la construction du complexe du colonisateur et du colonisé, une violence totale dans les échanges assise sur le mécanisme de la domination.

En tout premier lieu, le dominé souhaite plaire au dominant, lui ressembler, et nourrit un sentiment de haine de lui-même. Puis, vient un phénomène d’inversion : le dominé se réinvestit face au dominant et résiste. Cette réaction de survie est la première étape de l’émancipation. Au final, c’est toujours l’oppresseur qui propose la forme de lutte que revêtira l’émancipation : la violence ou le dialogue.

La culture est une arme de résistance ce qui explique la survivance exceptionnelle de la mémoire ancestrale chez les populations colonisées. Le dominé inscrit également sa culture dans ce qui est libre autour de lui. La colonisation atrophie la culture et l’émancipation signe la reprise de cette culture.

C’est bien tout le système de la colonisation qui est fautif et non pas une partie de celui-ci. La colonisation va investir toutes les sphères de la vie (systémie). Or, un système ne peut être réformé, il faut l’abolir. Tout le monde – dominants comme dominés – doit sortir du système pour son bien.

Nous avons déjà parlé du phénomène d’infériorité/supériorité supposée d’un tel sur tel autre…

Ce phénomène fait le lit du racisme puisque l’émergence de ce dernier est daté du moment où un système s’est basé sur l’infériorisation d’une partie du monde, à l’ère du capitalisme et de la colonisation…

Dans le vocable de racisme, nous comprenons également le racisme biologique, la hiérarchie biologique dont le nazisme s’est fait le chantre avec l’infériorité supposé du Juif mais aussi le racisme culturel (culture supérieure/culture inférieure). Or l’égalité culturelle est le corollaire de l’égalité sociale. Il ne s’agit pourtant pas de glorifier la culture existentialiste, par trop réactionnaire, mais de revenir à la culture « pure », première.

C’est ainsi que les nations doivent se construire en unité politique et en diversité culturelle.

Pour en revenir aux penseurs africains, ils n’ont pas fait que penser, ils se sont aussi battus et l’ont parfois payé de leur vie. Ils n’ont pas 200 ans de retard sur l’Occident. Ils sont modernes, ils sont présents et ils dialoguent sans cesse avec nous.

Jomo Kenyatta , Aimé Césaire, Ruben Um Niobé, Frantz Fanon, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Malcom X, Medhi Ben Barka, Amilcar Cabral, Thomas Sankara… tous ces hommes « cherchèrent à sortir l’Afrique de sa nuit coloniale pour faire émerger une nouvelle universalité ».

« Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara » redonne vigueur et force à la vie at aux combats de ces hommes qui ne sauraient être réduit à la trop simpliste stature d’icônes.

« Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara », Saïd Bouamama, Éditions La Découverte, Label Zones.

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Sandrine Virbel

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