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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

[carnet de rando] Les Pyrénées, au pays du Desman. 1ère Partie.


Une famille sur les sentiers, saison 3.

Si les Pyrénées, frontière naturelle entre la France et l’Espagne, sont réputées et reconnues, il n’en est pas de même du Desman.
Pourtant, il pourrait être l’emblème des lieux.
Le Desman ? Il s’agit d’un petit mammifère semi-aquatique qui a la particularité de ne vivre que dans les Pyrénées et le nord de l'Espagne et du Portugal. Du bout du museau à la pointe de la queue, il mesure 25 cm pour un poids de 60 g. Discret et de mœurs nocturnes, ce petit rat au nez en trompette est très difficile à observer.
Menacé de disparition, il paye le prix fort face à la pollution et à l’altération de son milieu de vie.

C’est donc tout naturellement, qu’il est devenu l’emblème de notre périple en Pyrénées.

Quelques mots sur la Réserve du Néouvielle, apogée de cette randonnée.


Terre montagneuse ponctuée de grands lacs, la réserve du Néouvielle forme l’un des massifs granitiques le plus étendus des Pyrénées françaises.
Plusieurs sommets de + 3 000 mètres raviront les amateurs d’altitude.
De nombreux lacs dont certains sont exploités par EDF expliquent l’intérêt hydroélectrique de la région.
Mais c’est au 19ème siècle notamment que commence l’exploitation de la richesse hydrique… l’aristocratie parisienne et étrangère se presse dans les Pyrénées pour « prendre les eaux ».
L’impératrice Eugénie était une grande adepte des cures. Les villages de Luz, de Barèges témoignent aujourd’hui encore de l’engouement pour ces soins qui se sont démocratisés au fil des années.

Un mammifère quasi mythique, une réserve haut perchée dans un décor abrupt, l’omniprésence de l’élément aquatique… bienvenue dans un pays qui va vous séduire !

[carnet de rando] Les Pyrénées, au pays du Desman. 1ère Partie.

Jour 1.


De Barège au Refuge de la Glère (2 150m)


Temps indicatif : de 4H à 4H30 de marche pure (sans pause)
Dénivelé positif : 1 000 m.
Dénivelé négatif : 1 000 m.


Pour monter au refuge de la Glère, nous quittons Barège par les Thermes.
Nous passons sous l’ancienne ligne du funiculaire, aujourd’hui désaffectée mais qui fait l’objet d’une campagne active pour une remise en exploitation.
Le sous-bois emprunté est agréable, peu pentu, il permet de se mettre en jambe sans trop de difficulté.
Nous suivons le GR10, très bien marqué jusqu’à la sortie de la forêt. Le gain d’altitude se fait en douceur. Il fait beau, journée parfaite !
Quelques torrents viennent ponctuer notre avancée, il faut souvent les franchir pour ne pas perdre sa route. Car si le GR 10 est fort bien marqué, il se continue par un chemin non balisé ou seuls des cairns nous renseignent sur la direction approximative à suivre !
Notre attention et notre agilité sont primordiales pour ne pas tomber dans l’eau glacée. Nous devons plus d’une fois nous arrêter et faire le point sur la direction à prendre. Les torrents sont anormalement gonflés pour la saison et certains sont difficilement franchissables par les enfants.
Nous avons vite fait de nous laisser distraire par les pelouses d’œillets sauvages, des orchidées et des grenouilles qui sautent sous nos pas.
Nous débouchons sur un replat où nous pouvons enfin reprendre notre souffle malmené par la montée incessante et le cumul de dénivelé positif. Une maisonnette en bois blanchie par les intempéries nous rappelle que l’homme est partout même dans les zones qui semblent difficiles d’accès.
La cabane de Sardiche permet de s’abriter des mauvaises conditions météorologiques si besoin est et surtout d’étancher sa soif. Une source se déverse dans un abreuvoir caché par l’arrière de la cabane.
L’eau est fraîche et assez pure pour être consommée sans crainte. Il faut juste la partager en bonne intelligence avec les guêpes installées aux alentours.
Peu habituées à croiser des humains, elles ne se montrent nullement agressives et sont plutôt indifférentes à notre présence.

[carnet de rando] Les Pyrénées, au pays du Desman. 1ère Partie.

Nous pensons avoir parcouru le plus dur de la montée mais nous déchantons vite.
La montée s’accentue, nous arrivons dans l’étage rocheux de la montagne. La montée se fait de plus en plus abrupte et la météo se dégrade.
Nous débouchons sur une sorte de plateau ou des passages entre les rochers nous mènent à un lac puis à une construction en dur.
Le refuge de la Glère est devant nous, nous allons pouvoir nous reposer de cette journée de mise en jambe pas piquée des hannetons !
A croire que dans ce pays, tout se mérite au prix fort. Avant le repas en commun dans la grande salle, nous décidons de profiter d’une bonne douche relaxante.
Surprise ! Un panneau affiche « douches montagnardes »… mais qu’est-ce donc ?
Nous comprenons vite en constatant que l’eau des douches est puisée dans un lac de montagne en altitude et que la température ne dépasse guère le zéro que de quelques pauvres degrés…
Pour être vivifiantes, ces douches le sont… un peu trop à notre gout !
Après le repas dégustés avec d’autres randonneurs autours de plats simples mais reconstituants, une association naturaliste nous propose de faire connaissance avec un bien curieux petit animal, le Desman… explications, projection de vidéos, nous sommes conquis par la petite bête en voie de disparition et nous en font la mascotte de notre séjour.

[carnet de rando] Les Pyrénées, au pays du Desman. 1ère Partie.

Jour 2.


Du refuge de la Glère à Barége, par les lacs d’altitude (point culminant à 2 423m)


Temps indicatif : 5h30 de marche pure (sans pause)
Dénivelé positif : 400 m.
Dénivelé négatif : 1 400 m.


De bon matin, nous quittons le refuge pour entrer dans le Parc National à proprement parlé.
Le marquage du chemin sera dorénavant matérialisé par la peinture d’une tête d’Izard en rouge sur fond blanc, accompagnée des lettre PN.
Tant que les conditions météos sont au beau fixe, l’orientation est assez facile mais le brouillard peut vite compliquer le repérage du randonneur.
Par chance, le soleil luit dans un ciel bleu pur, nous allons profiter d’un temps idéal pour l’observation du panorama qui s’avère vite magnifique.
Autour de nous, s’échelonnent des lacs de montagne, des pics rocheux, la flore typique de la montagne. Le silence est à peine troublé par les cris des rapaces.

Félicité…
Le premier lac que nous rencontrons est le lac de Dét Mail (2 340m) suivi par le lac de la Manche (2 351m) puis par le lac Estelat inférieur et le lac Estelat supérieur (2 423 m).
Nous décidons de faire une halte à ce dernier lac et de sortir le frichti du midi.
Un large tranche de pain avec un bon morceau de fromage local en admirant les sommets environnants dont le Pic du Midi vaut largement tous les menus gastronomiques du monde !
En fin de repas, les nuages s’amoncellent dans la montagne derrière nous, il est donc temps de se remettre en marche et de redescendre dans la vallée avant de se laisser surprendre par le mauvais temps prévu en fin de journée.
Si la première partie de la descente se déroule plutôt bien avec son lot d’escalade de rochers et de passages de gués de torrents tumultueux, nous finissons par être rattrapés par le mauvais temps. C’est légèrement inquiet que nous voyons le ciel s’obscurcir derrière nous et le vent se lever.
Nous enjoignons les enfants de presser le pas.
La pluie commence bientôt à tomber et le grondement de l’orage se répercute entre les flancs des montagnes qui nous encerclent. Nous espérions échapper à une situation peu agréable et potentiellement dangereuse en montagne, c’est raté !
Les amas rocheux deviennent de plus en plus glissants, luisants de pluie mais nous n’avons d’autres choix que de les franchir pour retourner vers le refuge puis vers la vallée.
Nous avançons péniblement, avec quelques glissades, matraqués par des grêlons hostiles.
Apercevoir le refuge au loin est un vrai bonheur !
Un brouillard dense recouvre petit à petit notre chemin et il devient difficile d’avancer aussi vite que nous le souhaitons.
Après une courte halte où nous décidons de continuer à descendre vers la vallée en empruntant une large route qui permet d’approvisionner le refuge (tant pis pour les chemins bucoliques et montagnards, vive la sécurité d’une large piste recouverte de ballast !), je réalise que nous ne sommes plus que trois.
Jocelyn n’est plus à nos côtés ! Nous pensons qu’il a pris un peu d’avance sur nous et qu’il se situe plus bas sur la route. D’un surplomb et entre les nappes intermittentes de brouillard, nous constatons qu’il n’en est rien. Pourtant, nous devrions le repérer avec son sac à dos orange très voyant. Nous pensons alors qu’il est un peu plus haut sur la route mais nous ne le retrouvons pas plus. Son père remonte vers le refuge pour vérifier s’il peut y être remonté en suivant la piste ballastée.
J’appelle Jocelyn, la voix couverte par le grondement de l’orage et le bruit des impacts de foudre dans les montagnes du massif.
J’entends bientôt des hurlements effrayés, mon petit bonhomme n’est pas bien loin, il a emprunté un chemin étroit qui le remontait tout droit vers le brouillard et les orages.
Je le repère en suivant ses appels, soulagée de le retrouver en pleine santé bien que terrorisé.
Tout le monde est quitte pour une belle peur et il me suivra comme une ombre pour toute la redescente dans la vallée, tremblant à l’idée qu’il aurait pu nous perdre.
Notre petite troupe reprend sa descente, nous parcourons le Plateau de Lienz (1 250m) sous une pluie battante.
Il nous reste à traverser une forêt et nous retrouverons bientôt Barège, un lieu chaud et sec et de quoi nous remettre dans nos émotions.
Les acrobaties d’écureuils roux achèvent de redonner le sourire à Jocelyn qui ne se lasse pas de les regarder bondir d’arbre en arbre.

Le soir à Barège, nous discutons autour d’un verre avec une habitante qui nous parle de la bourgade et de la catastrophe qui l’a frappée le 18 juin 2013. Une crue dramatique a fait sortir le Bastan de son lit emportant routes et habitations, faisant s’effondrer une partie de montagne et coupant les habitants de tout contact avec l’extérieur.
La catastrophe et les flots déchainés étaient si terribles que les secours pensaient ne trouver que mort et désolation. Pour eux, Barège avait été purement et simplement rayé de la carte et ses habitants perdus.
Si Barège ne souffrit que de dégâts matériels titanesques, il n’en fut pas de même pour d’autres villes sur le chemin du Bastan qui comptèrent des pertes humaines…
Après 2 années de travaux de reconstruction et de mise en sécurité, Barèges subit toujours le contrecoup de la catastrophe. Quelques habitants, touristes et curistes (les Thermes de Barèges sont réputés) ayant choisi de s’éloigner du lieu…
La cicatrice peine à se refermer. Le Bastan a démontré qui était le plus fort entre la nature et la présence anarchique humaine.

A suivre...

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À propos

Sandrine Virbel

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