Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Rencontre avec Alexandre Seurat pour « La Maladroite »

Rencontre avec Alexandre Seurat pour « La Maladroite »

« La Maladroite » est un roman atypique qui a concouru – entre autre - pour le Premier Prix Littéraire des Chemins de Traverse en 2016.

Il est sorti lauréat de ce concours, plébiscité par les lecteurs votants qui ont été captivés par sa forme comme par son fond.

Comment l’auteur, Alexandre Seurat, a-t-il choisi de parler d’une terrible histoire de maltraitance enfantine et comment a-t-il eu l’idée de donner uniquement la parole à des tiers pour reconstituer l’enchaînement des faits ?

Les notes prises lors de la remise du Prix devraient apporter quelques réponses aux lecteurs curieux…


Alexandre Seurat, pourquoi ce choix de thème pour un premier roman ?

Alexandre Seurat : Il s’agit de mon premier roman publié mais pas de mon premier roman écrit puisque cela fait une quinzaine d’années que j’écris. En fait, j’ai commencé à écrire au collège et j’ai poursuivi pendant les années passées au lycée, je voulais devenir écrivain !

Le texte de « La Maladroite » est né d’un fait divers qui s’est déroulé en 2009, dans la Sarthe et dont le procès a connu un retentissement national. Il s‘agit de la mort d’une petite fille suite à des actes de maltraitance de ses propres parents.

J’ai suivi ce procès et j’ai été littéralement saisi par une constatation, celle que beaucoup de personnes avaient tenté de sauver la petite fille, en vain.

Le procès s’est étalé sur une période de 10 jours et mon point de départ a été constitué des différents témoignages exprimés lors des audiences.


Peut-on dire qu’il s’agit d’un roman choral ?

AS : Choral…oui… dans la forme, pour donner corps à la réalité. Ce sont avant tout des histoires de témoins. La matière en elle-même est issue d’articles de presse ou glanés sur le net, ce sont les paroles du procès.

Est-ce une sorte de témoignage du réel ?

AS : Oui, et le témoignage également de l’effarement, du choc, de la culpabilité des témoins…


Le lecteur est frappé par le recul qui émane du texte, il n’y a pas de jugement mais une véritable prise aux tripes. Que pouvez-vous-nous en dire ?

AS : Toute mon écriture a été dictée par un souci de pudeur, par le besoin de ne pas verser dans le voyeurisme. Il y avait, pour moi, une véritable nécessité d’exprimer le ressenti. D’autant plus que la responsabilité dans cette tragédie est collective.


Avez-vous eu un retour du système scolaire ?

AS : Oui, j’ai eu des retours d’instituteurs, les acteurs du monde scolaire pouvant être confrontés ou ayant connu des situations analogues. Il y a hélas des dysfonctionnements dans la protection infantile, cette histoire en est le fruit en partie.


Quelle est marge entre la réalité et la fiction dans ce roman ?

AS : Les premiers chapitres sont plus fictionnels, il n’y a pas beaucoup de matière sur « l’avant », sur la situation des protagonistes, j’ai dû reconstituer les faits et les romancer. Mais le lecteur est pris dans la spirale de l’inéluctable quand la réalité s’exprime totalement.


Pourquoi ce titre « La Maladroite» » ?


AS : C’est une idée de mon éditrice. Le premier titre était «Diana.Roman».

Je préférais ce titre laconique, sans fioriture. Puis, j’ai accepté ce titre de « La Maladroite » et j’en suis content au final. Il est lisse, il est ironique et il se rattache aux faits. Il fait référence à ce que pouvait dire la petite victime lorsque les marques de maltraitance étaient visibles : elle était maladroite.

Par contre, je ne voulais absolument pas de visuel d’une petite fille pour la couverture. Puis, j’ai cédé, j’ai fait confiance à l’éditeur. Et là aussi, j’en suis content !


Vous étiez dans l’attente de la réception du public et de la presse ?

AS : Je ne m’attendais à rien de spécial. C’est venu petit à petit. L’engouement montant pour ce roman a été agréable, il y eu une belle défense du livre par l’éditeur, par les libraires…Ils y croyaient, ils l’ont défendu.


Il est difficile de lâcher ce livre quand on l’a commencé.

Est-il souvent lu d’une traite ?

AS : L’expérience de lecture est très diverse : certains lecteurs m’ont avoué avoir eu du mal et l’ont lu par petits blocs.

Cela vient probablement du fait que le lecteur se retrouve en position de jugement, avec une sensation que les témoins défilent devant la barre du tribunal. Il se retrouve dans la peau d’un juré d’assises. Je crois que ce livre appelle le débat.


Comment passer à autre chose ?

AS : J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce livre, j’ai apprécié la fluidité de l’écriture grâce au passage d’un personnage à l’autre.

Et puis, j’avais déjà un autre texte en cours à la fin de celui-ci, la transition était donc déjà en cours.


Vous parlez d’une écriture fluide ?

AS : Oui, même si l’écriture de ce texte a connu un processus complexe puisqu’il a été en réponse à un choc. La fluidité est venue de l’écriture en bloc, pas d’une traite.


Vous avez eu des sollicitations pour une adaptation ?

AS : oui, pour le théâtre et la télévision. Mais c’est compliqué de transformer ce roman en scénario sans le dénaturer…


A lire, son nouveau roman "L'administrateur provisoire".


En savoir plus sur Alexandre Seurat :

http://www.babelio.com/auteur/Alexandre-Seurat/354951


L’affaire à l’origine de « La Maladroite » :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-affaire-marina-a-inspire-un-roman_1722584.html


Merci au Festival des Chemins de Traverse et à la Médiathèque Georges-Wolinski de Noisy le Grand qui ont permis cette rencontre.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
Voir le profil de Sandrine Virbel sur le portail Overblog

Commenter cet article