Comme convenu, Plissier avait joint le Commissaire chez le Préfet afin de rendre compte des derniers événements. L'ambiance était tendue à la préfecture malgré l'opération de déminage qui s'annonçait réalisable, la tension ne retomberait définitivement que lorsque les charges explosives seraient neutralisées et les malheureux passagers de l'ascenseur sortis sains et saufs de ce piège.
Plissier n'avait recueilli aucun éléments probants par le biais de sa recherche sur l'identité des passagers de la cabine, tous étaient des citoyens lambda, ne présentant aucun lien connu avec des réseaux un tant soit peu subversifs.
Les bandes vidéos récupérées dans le poste de télésurveillance de la Tour Empereur étaient encore en cours de visionnage et nécessiterait encore quelques heures d'analyse pour livrer tous leurs secrets, autant dire que pour le moment, l'enquête piétinait et qu'il n'y avait pas l'ombre d'un indice pour aiguiller les recherches.
C'était désespérant.
Il se retrouvait au beau milieu d'un acte apparemment à caractère terroriste, sans aucune revendication jusqu'à présent, avec pour seules preuves un hoax sur sa messagerie d'ordinateur et un papier trouvé sur son bureau.
Une image insolite sur son moniteur attira son attention.
La moitié des occupants de la cabine étaient à quatre pattes, frappant le sol de leurs mains. Même s'il ne pouvait les entendre, il était évident, au travers des images qu'il avait sous les yeux, qu'ils criaient en direction du plancher.
Mais, qu'est ce qu'ils trafiquent, ce n'est pas possible !!!
Les yeux rivés au moniteur, Plissier appuya sur le bouton du boîtier de communication afin de rentrer en contact avec les démineurs.
« - Agent Gonnet, mais qu'est ce qu'il se passe ?
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- Oh, Lieutenant, c'est vous!
Il faut à tout prix que vous nous aidiez ! Nous supposons qu'ils nous ont entendu mais nous ne pouvons pas être plus silencieux en travaillant.
Seulement, ils n'arrêtent pas de frapper le plancher de la cabine. Tout vibre, on ne peut pas travailler dans ces conditions, c'est trop dangereux ! Les coups peuvent provoquer une mauvaise manipulation et tout peut s'emballer sous le moindre choc... c'est ingérable dans cette situation, nous ne pouvons pas poursuivre le déminage !
Il nous faut faire vite, la minuterie indique 3 heures de répit mais nous avons 5 charges à neutraliser et nous risquons toujours de rencontrer un imprévu qui nous retardera.
Plissier réfléchit un instant, se sentant littéralement pris au piège. Il avait bien besoin que tout se ligue contre lui.
-
- Bien... je vais intervenir...» lâcha-t-il dans un soupir las.
Il stoppa la communication et se prit la tête à deux mains.
Quelle alternative lui restait-il ? Prendre le risque que tout saute sous la crise d'hystérie des passagers était inenvisageable ce qui signifiait qu'il devait faire preuve d'autorité en les contactant et en leur demandant de se calmer mais en courant le risque de soulever un vent de suspicions dans leurs esprits. Enfin, s'ils ne se résolvaient pas à l'écouter, il ne lui restait qu'à abattre sa dernière carte et à révéler son identité et ce serait la panique assurée.
Déconcerté, il pressa le bouton du boîtier du routeur de communication.
Il respira profondément pendant les quelques secondes d'attente nécessaire pour que la ligne s'établisse entre lui et le portable de Josselin.
« - Allo ?
La conversation s'annonçait des plus inconfortables, le vacarme des passagers déchaînés rendrait leur entretien difficilement audible.
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- Josselin Marliac, vous allez m'écouter attentivement. Des personnes travaillent sous votre cabine et les démonstrations de vos camarades nuisent gravement à l'avancée des réparations. Je peux compter sur vous pour leur expliquer calmementet leur faire entendre raison ?
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- Mais... qui êtes vous?
-
- Peu importe, ce que vous devez retenir c'est ce que je viens de vous dire...
-
- C'est avec vous que j'ai déjà parlé tout à l'heure, je reconnais votre voix. Avant tout, je veux savoir qui vous êtes!
Le Lieutenant demeura un instant pensif. Il avait sous estimé ce type et son aplomb. Il était clair, au ton qu'employait Josselin, qu'il n'arriverait pas à le manipuler facilement et qu'il avait un esprit assez sensé et déterminé pour lui tenir tête. Pour le moment, Plissier n'avait d'autre alternative et d'autre solution que de gagner sa confiance et d'en faire une sorte de relais entre lui et la cabine.
Cet homme semblait bien jeune, il devait à peine approcher la trentaine mais il émanait de lui une sensation de solidité de caractère qui le décida.
« - Ok, Josselin... je peux vous appeler Josselin ?
-
- Hmmmmmm, ça dépend...
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- Je vais jouer franc jeu avec vous mais j'exige votre collaboration et la certitude que vous allez rester impassible en entendant ce que je vais vous dire... surtout, ne palabrez pas devant les autres. Dites moi juste oui ou non.
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- Oui, si vous me dites qui vous êtes...
Non, mais, ce n'est pas vrai, quelle tête de mule, ce type ! Plissier n'en croyait pas ses oreilles.
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- Bien, vous allez vous lever mine de rien, comme si vous vouliez parler au téléphone en vous baladant, vous voyez ce que je veux dire?
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- Oui... et après?
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- Allez-y... faites ce que je vous demande...
Josselin se releva en s'appuyant contre la paroi et fit quelques pas nonchalants devant lui, le téléphone rivé à l'oreille. Ces compagnons prirent à peine garde à ces gestes, absorbés dans leur tentative forcenée de communication.
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- Bien, dirigez-vous vers le panneau de commande de l'ascenseur. C'est bon, stop, vous êtes au bon endroit...
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- Bon... qu'est ce qu'il y a?
Le ton de Josselin laissait percevoir une pointe d'impatience.
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- Levez légèrement le regard vers le haut du panneau, juste au dessus de la plaque qui comporte le numéro d'appel d'Hildebrand Services.
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- Oui...
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- Vous voyez?
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- Non...
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- Faites bien attention, la partie foncée au-dessus de la plaque... l'espèce de petite vitre noire...
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- Ok, je vois...
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- Il s'agit d'une caméra de surveillance qui me permet de vous observer depuis un moment...
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- Vous vous foutez de moi?
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- Josselin, n'éveillez pas l'attention des autres, pour l'amour du Ciel!!
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- Ça suffit maintenant, j'exige de connaître votre nom! Je ne marche plus!
Plissier poussa un profond soupir. Il ne pouvait plus reculer, il était au pied du mur et il n'avait plus le choix. Il devait se dévoiler, c'était inéluctable.
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- Je m'appelle Stéphane Plissier. Je suis Lieutenant de Police... je travaille à la D.S.T., la sécurité intérieure, si vous préférez...
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- Comment?
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- Je vous en conjure, faites-moi confiance. Je suis sûr que je peux compter sur vous?
Sur le moniteur, il voyait le visage de Josselin en gros plan, qui fixait la caméra du regard, intrigué plus qu'effrayé. Pour un peu, il aurait presque eu l'impression que Josselin pouvait également le voir bien que cela soit impossible, l'image ne transitant que dans un sens.
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- Et alors?
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- Josselin, je vais être franc avec vous, la situation n'est pas brillante, vous allez encore devoir patienter avant de sortir. Et pour cela, j'ai besoin que vous calmiez vos camarades!
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- Pourquoi cette attente avant qu'on puisse sortir?
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- Je ne peux vous le dire pour le moment.
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- Arrêtez, c'est bon...je veux savoir...
Plissier passa nerveusement la main dans ses cheveux noirs de jais, se demandant jusqu'à quel point il pouvait rentrer dans la confidence avec ce type. Et si ses nerfs craquaient en entendant la vérité ? Il provoquerait la plus belle crise de panique j'avais enregistré dans un ascenseur.
D'un autre côté, s'il la connaissait et qu'il encaissait le coup, il serait un allié précieux pour gérer les occupants et leurs épanchements trop démonstratifs.
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- Vous êtes sûr que ça va?
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- C'est bon, je vous dis. Arrêtez de tergiverser!
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- Quoi que je vous dise maintenant, vous me jurez que vous allez rester calme?
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- Oui! Vous me prenez pour qui, à la fin?
Plissier hésita un moment, cherchant les mots les plus appropriés pour annoncer l'inconcevable.
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- Josselin... vous êtes au-dessus d'un... d'un piège...
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- Lequel?... allez-y, crachez votre morceau...
Brusquement très sérieux, Josselin avait murmuré ses dernières paroles en prenant garde que personne ne l'écoute. Par bonheur, les autres passagers devisaient bruyamment entre eux, toujours désappointés de ne pas être parvenus à se faire entendre.
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- Vous êtes tous assis sur 50 kg de plastique...
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- Pardon? Vous déraillez?
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- C'est une charge explosive, une bombe si vous préférez...
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- ...
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- Josselin, vous êtes sûr que ça va? Ne me claquez pas dans les doigts, par pitié!
Inquiet, Plissier vit les traits du visage de Josselin se défaire. Il était visible qu'il faisait des efforts surhumains pour se contrôler. Il vacillait sur ses jambes molles, le souffle court.
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- Josselin, respirez profondément, ça va passer, appuyez-vous sur la paroi devant vous, tenez le coup, bon sang!
J'ai une équipe de démineurs expérimentés qui travaillent d'arrache-pied pour tous vous tirer de ce mauvais pas, vous pouvez me croire ! Dites-moi quelque chose ! ça va ?
Sous le choc, le jeune homme ne parvenait plus à proférer une seule parole. Il suivi les conseils de Plissier, sa main s'appuya sur la paroi et cela lui procura un regain d'énergie comme si la sensation tactile lui rappelait qu'il était encore vivant et qu'elle le rattachait au monde extérieur, un monde libre où il échapperait à la menace de la bombe.
Il comprenait maintenant pourquoi il se sentait si mal depuis les événements précédant le blocage de la cabine, il se retrouvait dans une situation mortelle, tout comme le jour où il avait frôlé l'accident de voiture qui aurait du lui être fatal.
Tout son être l'avait prévenu et avait hurlé que la fatalité le rattrapait.
Par pitié, reprends-toi ! Ne va pas me faire un malaise maintenant, allez, un effort ! anxieux, Plissier scrutait Josselin, guettant le moindre signe annonciateur d'une défaillance qu'il percevait imminente.
Celui-ci acquiesça en opinant légèrement de la tête. Enfin, il retrouva assez de calme pour répondre faiblement à Plissier.
« - ça va aller...
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- Ok, Josselin, la situation est sous contrôle, vous m'entendez?
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- Oui, Lieute...
Josselin se mordit les lèvres pour ne pas achever son mot, ce qui n'aurait pas manqué de risquer de compromettre la discrétion dont il avait promit de faire preuve.
- Vous allez retourner à votre place et demander à vos camarades de rester sagement assis comme auparavant. Expliquez leur... je ne sais pas moi... que Hildebrand Services vient de vous contacter et que leur tapage gène les ascensoristes qui réparent en ce moment même. Comme cela, nous ne sommes pas loin de la réalité, c'est tout à fait plausible, ça passera auprès de tous. Vous vous sentez capable de raconter cela sans craquer? Je sais combien ce que je vous demande est difficile à faire après ce que je viens de vous annoncer mais vous êtes ma seule chance de faciliter les choses. J'ai foi en vous... - C'est bon...
- - Josselin?
- - Oui?
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- Vous vous en tirez très bien, vraiment. N'oubliez pas, je suis à vos côtés à chaque instant...
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- Merci de votre présence.
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- C'est normal, vous savez... allez, à vous de jouer...»


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