Partager l'article ! "Kiki de Montparnasse" : une virée délurée dans l'entre deux-guerres.: Pet ...
Petit focus sur une BD de type biographique qui m’a vraiment séduite par son thème et son traitement vif et représentatif d'une époque.
L’histoire en quelques mots :
Alice Prin, vous connaissez ?
Cette muse et artiste, née au début du siècle dernier, restera plutôt connue sous le surnom de « Kiki ».

"Jeune femme au vase" Alice Prin dite "Kiki de Montparnasse", photo originale de
Julian Mandel (1872-1935), wikimedia commons, domaine public.
Parvenant à surmonter une enfance difficile qui aurait du la précipiter dans une vie miséreuse, elle devient
la muse des artistes qui hantaient le quartier de Montparnasse pendant l’entre deux-guerres.
Modèle et compagne de plusieurs grandes figures picturales, Kiki s’illustre aussi dans la chanson, les numéros de cabaret, l’écriture et la peinture.
Au-delà de l’image de l’artiste d’avant-garde, cette BD biographique s’attache à démontrer combien Kiki fut une femme éprise de liberté, émancipée et maîtresse de ses choix, une « femme moderne » avant l’heure.
Au fil des pages et des aventures de Kiki, nous partons à la rencontre de Man Ray, Utrillo, Cocteau, Foujita, Léger, Breton, Hemingway, Picasso, Desnos et de tant d’autres grandes figures de cette époque foisonnante de créativité, de talents mais aussi d’excès.
Kiki s’enfoncera d’ailleurs dans le côté sombre de cette vie de bohème, s’abimant dans l’alcool et la drogue, jusqu’au point final de sa vie, seule et dévastée, à 53 ans.
Les auteurs : Catel Muller, illustratrice et José-Louis Bocquet, auteur.
La première compte à son actif l’illustration d’une cinquantaine d’album jeunesse et plusieurs bd publiées chez Casterman.
En 2005, elle obtient le prix du public d’Angoulême pour « Le sang des Valentines », cosigné avec De Metter.
Le second est auteur de 8 romans tous publiés, de 3 monographies d’artistes et d’une dizaine de bd cosignés avec différents illustrateurs.
Et donc ?
Cette biographie prenante restitue l’atmosphère de l’époque et replace les peintres dans leur quotidien et leur courant d’appartenance.
« Kiki » est aussi une histoire de la déchéance annoncée qui conduit la coquine muse de Man Ray (les photos mettant Kiki en scène sont des classiques de la photographie, mondialement connues) vers une femme malade, rongée par ses excès et abandonnée par ceux qui l’avaient pourtant vénérée…
Mention spéciale pour le dessin en noir et blanc au trait fluide et délié qui sert parfaitement la folle sarabande des « montparnos ».
Le lecteur prolongerait volontiers le voyage dans la vie de Kiki avec un développement plus prononcé de la psychologie du personnage mais pour cela, il peut se référer à la biographie « Souvenirs Retrouvés de Kiki de Montparnasse ».
« Kiki de Montparnasse »
de Catel
Muller et José-Louis Bocquet.
Collection Casterman-Ecritures, 374 pages.
Dis moi ? Tu ne trouves pas que la "morale" de cette histoire fait partie des canons bourgeois et catholiques ? Ce serait bien dans l'air tu temps.
Je t'embrasse.
THierry
En effet, cette histoire est emblématique de la déconvenue de l'entre deux-guerres où la société ne pensait pas se prendre encore la claque de 39-45. C'est très marquant dans cette bd et il y figure une expression qui résume tout : "le pays se réveillait de la gueule de bois de la première guerre mondiale".
C'est tout à fait ça, le réveil trop festif et trop exhubérant n'était pas fait pour plaire aux bien-pensants.
D'ailleurs Kiki se verra taxée de prostituée : muse et libérée, ça faisait trop...
En tant de crise, c'est la morale bourgeoise et catholique qui triomphe... et il vaut mieux siffler l'air du temps sans fausse note!
Bises!