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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Le miroir d'Eros


 


 

LE MIROIR D'EROS.

(1988)

 

 

 

"I Am lost,

 Help me to find my way

 Here in a world where

 Angels fear to gaze

 My love is doomed to die

 And I, a fool

 For

 Love ..."

                                       MARC ALMOND

                      "She took my heart in Istanbul"

                                -The Stars We Are-

                                               1988

 

 


 


 

 

(Tous droits réservés)

 

 


                           La Turquie est un pays merveilleux bien qu'envahi par les touristes qui ne s'y sont pas trompés; c'est également le berceau de nombreuses civilisations plus raffinées les unes que les autres.

 

La Turquie, c'est surtout Istanbul, anciennement appelée Constantinople et Byzance, avec ses mosquées flanquées de minarets, ses rues pittoresques, et, merveille des merveilles, l'Eglise de Sainte-Sophie se détachant sur le ciel pur.

 

Bâtie sur l'ordre de Justinien de 532 à 537 a.p. JC et  consacrée à la sagesse divine -Sophia - ; elle devint une mosquée jusqu'en 1935 pour être ensuite transformée en musée d'antiquités romaines et byzantines.

 

Quoiqu'il en soit, c'est une ville enivrante et fascinante que j'ai eu le plaisir de visiter il y a quelques mois de cela.

 

Je relaterais donc tous les faits dans l'ordre du déroulement naturelle de l'action ainsi que mes impressions, chose qu'il m'est bien difficile et douloureuse de faire.

 

Après le succès du film tiré de l'un de mes scénarios, je fus convié par l'un de mes amis a passé quelques jours dans sa propriété à Istanbul. Au dire de tout le monde, c'était une splendide villa située à deux pas de Saint-Sophie, dans le quartier résidentiel de la ville.

 

L'invitation de mon ami s'avérait être une bénédiction tant le tourbillon de mon succès si inattendu m'avait épuisé. Depuis quelques temps, ma vie se résumait à des soirées mondaines, des festivals et des interviews continuellement.

 

Dans ce pays, je goûtais à un anonymat fort appréciable à côté de ma vie parisienne tumultueuse.

 

Ici, grâce à Dieu, personne ne me connaissait.

 

Dès mon arrivée à l'aéroport, je fus séduit par le charme oriental qui me faisait me souvenir des Contes des Mille et Une Nuit; des princesses aux yeux sombres couvertes de soieries.

 

Tandis que je discutais avec mon hôte, nous montâmes dans sa limousine avec chauffeur qui nous conduisit jusqu'à la villa.

 

Je fus saisi par la splendeur de cette demeure. Elle était meublée avec un goût exquis mêlant les styles occidentaux aux styles orientaux avec dextérité.

 

Les murs étaient tendus d'étoffes précieuses à liserés d'or et d'argent, ici et là il y avait des chandeliers, des samovars, des coffres incrustés d'ivoire et des statues à profusion.

 

 

 

Mon ami me désigna un sofa recouvert de coussins de soie dans lesquels je m'enfonçais littéralement. Amusé par mon air émerveillé, il me sourit paternellement tandis qu'un domestique nous servait un thé à la menthe dans de délicates tasses de porcelaine finement décorées. Je sirotais mon thé brûlant, conquis par le luxe ambiant.

 

 

MOI :    "Dis-moi, Edward, j'ai l'impression que tu es bien installé! C'est un vrai palace, ici!! Qui as-tu plumé à la Bourse ?

 

EDWARD :  Que veux-tu? Le commerce des oeuvres d'art est encore en pleine expansion, quoiqu'on en dise ...j'ai de très bons associés aussi. Je me suis permis une folie, j'ai acheté cette villa que j'ai décoré moi-même en mêlant tous les courants possibles. Je suis assez content du résultat d'ailleurs.

 

MOI :     Tu as de quoi! Quand je pense que j'habite encore dans mon petit studio!

 

EDWARD :  Attends de voir la suite que je t'ai réservé, c'est l'une des plus belles de cette demeure avec la mienne. Tu as une vue superbe sur Sainte-Sophie.

Vois-tu, à quarante ans, j'ai enfin put réaliser mon rêve.

 

Ici, c'est le symbole de ma vie, de mes passions; je l'ai voulu à la mesure de l'Art : démesuré et subtil, précieux mais tellement intime ...

D'après les dernières nouvelles d'Europe, ça marche pour toi...

 

MOI :     Oui, le scénario que j'ai écrit d'après l'une de mes nouvelles a donné naissance à un film qui fait un malheur au box-office. C'est affolant tellement je n'y croyais plus. Le succès est enfin arrivé. Hum ...ce n'est pas demain la veille que j'aurai de quoi m'offrir un tel palace...

 

EDWARD : (en riant) Allons, tu as à peine la trentaine, tu as la vie devant toi et d'autres succès à venir. Sois patient, tout arrive à l'homme qui sait attendre ...

 

MOI :     Ouais, sûrement. Mais je me fais vieux, déjà trente ans.

 

EDWARD :  Tu t'avances vers le meilleur âge de l'homme. A ce propos, j'ai eu vent de quelques unes de tes frasques...

 

MOI :     Ah ? Et quelles sortes de frasques?

 

EDWARD :  Oui, oui. Ne fais pas le petit innocent. Tu es incorrigible! Il te les faut toutes?

 

MOI : (en riant)Non, je t'assure! Disons qu'il faut que je profite de ma jeunesse. Plus tard, je songerais à me stabiliser. Enfin, on verra.

 

EDWARD :  Don Juan, va! D'ailleurs, moi j'ai trouvé celle qui me fallait. Je ne vais pas tarder à convoler en justes noces...

 

MOI :     Pas croyable! Toi??

 

EDWARD :  Et oui, tout arrive!

 

MOI :     Qui l'eut crû?

 

EDWARD :  Cesse donc de te moquer de moi!

 

MOI :     OK. Qui est l'heureuse élue?

 

EDWARD :  C'est un ancien top modèle que j'ai rencontré il y a deux ans de cela. Elle est formidable! Belle, bien sûr, et décidée à fonder une nombreuse famille.

 

MOI :     Elle t'apporteras aussi tes charentaises??

 

EDWARD :  Tu ne changeras jamais?

 

MOI :     Jamais!!

 

EDWARD :  Je m'en doutais. Toujours ta saleté d'immaturité, toujours tête de mule et écervelé.

 

MOI :     Comme tu peux le constater!

 

EDWARD :  Seras tu adulte, un jour?

 

MOI :     Hum? Crois tu que j'ai des chances de réussir ce tour de force?

 

EDWARD :  Absolument aucune! Depuis que je te connais, tu n'as pas changé. Toujours aussi fou, irresponsable et insaisissable. C'est peut-être ça d'être un génie?

 

A ce propos, j'ai rencontré une charmante jeune femme avec laquelle j'ai discuté et nous en sommes arriver à parler de toi. Elle semble toute prête à t'étrangler...

 

MOI :     Misère! Je ne me souviens pas!

 

EDWARD :  Allons, tu n'en as tout de même pas eu tant que cela ces derniers temps?

 

MOI : (sourire en coin) Heu...

 

EDWARD :  C'est une délicieuse brune aux yeux verts. Avec le tempérament qu'elle doit avoir, je serais toi je disparaîtrais de la circulation.

 

MOI :     ça, c'est Sonia! ça fait quatre mois qu'elle attend de mes nouvelles! En fait, j'ai rencontré Elodie à ce moment là...

 

EDWARD :  Qui sait, je la rencontrerais peut-être aussi?

Que leur fais-tu donc pour qu'elles gardent ce souvenir impérissable de toi?

 

MOI : (en riant, bien que gêné) Je te raconterais çà en privé.

 

EDWARD :  En tout cas, je te présenterais ma femme une fois que nous serons mariés, il y aura peut-être moins de risques. Qui peut résister à Eros, le dieu de l'amour??

 

MOI :     Tu crois pas que tu exagères?

 

EDWARD :  Disons que tu es un Eros moderne. Et en plus tu rougis comme une jeune fille!

 

MOI :     Arrête!!

 

EDWARD :  En tout cas prends garde que tous les coeurs que tu as séduit ne te rattrapent pas ...

 

MOI :     J'ai toujours su courir vite...

 

EDWARD :  C'est vrai, j'oubliais également tes performances sportives!

Cigarettes?

 

MOI :     Non merci; j'ai arrêté de fumer il y a trois moi...

 

EDWARD :  Dommage, je les fait venir spécialement de Londres. Elles sont

extra ...

 

MOI :     Vraiment? Finalement ...je crois ...je vais me laisser tenter...

 

EDWARD :  Là, je te reconnais bien. La dernière fois que je t'ai vu tu m'as fait

le même coups avec mon whisky.

 

MOI :     ça, je m'en souviens...

 

EDWARD :  ça ne m'étonne pas tu as finit la bouteille.

 

MOI :     C'est çà les amis, ça se rappel toujours les bons souvenirs...J'ose espérer que cela restera entre nous?

 

EDWARD :  Ne t'inquiète pas, je ne raconterais pas cela à tes conquêtes.

 

MOI :     Heureusement...

 

EDWARD :  Pourtant, le côté artiste sous emprise de substances à de quoi séduire. Il y eut un temps où cela te correspondait tout à fait.

 

MOI :     J'ai arrêté ce genre de trucs lorsque j'ai compris que cela ne m'apportais rien. Les clichés ont la vie dure...

 

EDWARD :  Tu l'as remplacé par tes conquêtes??

 

MOI : (en riant): Si on veut! Je ne dis pas que parfois je ne me laisse pas tenter...enfin!

L'homme a ses faiblesses...sa chair est bien trop tendre ...

 

EDWARD :   Mon Dieu! Tu parles comme un sage!

Comme tu le dis, l'homme doit se rappeler de ses bonnes faiblesses; il est d'ailleurs l'heure de dîner. Passons à table si tu le veux bien...

 

MOI :     Avec plaisir, j'ai une de ses faims..."

 

 

Nous passâmes alors à une autre pièce en empruntant un long couloir où j'imaginais déjà les futurs enfants d'Edward courant à perdre haleine et sa future épouse à leur suite moulée dans un splendide fourreau noir, juchée sur des talons aiguilles vertigineux.

 

Pour cet endroit de rêve, il fallait une créature de rêve et je faisait confiance au goût très sûr d'Edward en matière de gent féminine.

 

La salle à manger ne détonnait pas du reste de la villa, elle était meublée avec un luxe époustouflant.

 

Au beau milieu de la pièce siégeait une table en bois d'ébène, massive, aux quatre pieds sculptés. Sur les murs, on pouvait admirer des assiettes au décor persan et arabe, les unes en or, les autre en terre cuite.

 

Un léger rideau de mousseline, soulevé par le souffle du vent chargé de senteurs épicées, masquait la large baie vitrée d'où l'on pouvait voir Sainte-Sophie nimbée des couleurs du soleil couchant. Nous prîmes place chacun à un bout de la table et Edward joignit ses mains. Il me regarda en fronçant un sourcil et je joignis également mes mains. J'avais oublié combien il tenait à ce que l'on récite une prière au début et à la fin des repas, relent sans doute de ses parents forts pieux et de sa vie scolaire passée dans un internat religieux.

 

 

EDWARD :   "Bénissez, Seigneur..."

 

 

Je le laissais marmonner sa prière, de toute façon j'avais été élevé dans un milieu libéral et plutôt athée.

 

Je n'avais jamais prié de ma vie mais je me forçais à respecter les croyances des autres. Edward finit enfin sa prière et agita une petite clochette d'argent délicatement ciselé.

 

A son appel, deux domestiques en livrée versèrent un vin délicatement rosé dans les verres de cristal. Un autre domestique versa un potage dans nos assiettes, que je reconnu pour être un velouté de pointes d'asperges.

 

Sans un bruit les domestiques se retirèrent.

 

 

MOI :    "Dis dons, tu me gâtes! Il y a combien de domestiques ici?

 

EDWARD :  Il y a les trois que tu viens de voir plus deux femmes de chambre...

 

MOI :     Cela doit te coûter cher?

 

EDWARD :  Oui mais, que veux tu? Tant que j'ai les moyens...

 

MOI :     Ouais, tu as bien raison, il ne faut jamais se priver! Hum...fameux ce vin...

 

EDWARD :  Je l'ai fait venir de France spécialement pour toi.

Comme je connais tes goûts, je t'en ai réservé plusieurs bouteilles.

 

MOI :     Après çà, tu vas m'accuser d'être alcoolique!"

 

 

Il éclata de rire en portant son verre à ses lèvres.

 

Nous attaquâmes bien vite le velouté d'asperges puis Edwardrappela les domestiques qui nous servirent successivement du caviar, des cailles aux raisins, le plateau de fromages puis des sorbets accompagnés de petits fours.

 

 

EDWARD : "Cela fait vraiment plaisir de te voir manger. Toujours aussi gourmand ou bien déjà faucher à force de dilapider tes moindres centimes?

 

MOI :     Les deux, hélas! C'était tout à fait succulent.

 

EDWARD :  Bien. Si tu le veux maintenant, nous pouvons passer au salon pour boire une liqueur digestive et fumer le narghilé.

 

MOI :     Avec plaisir!"

 

 

Nous expédiâmes la rituelle prière de fin de repas puis nous nous levâmes et reprîmes le couloir en sens inverse pour nous retrouver dans la pièce de mon arrivée. Les domestiques nous servirent le café et préparèrent le narghilé. Je m'enfonçais à nouveau dans le sofa au côté d'Edward.

 

Nous bûmes le café brûlant puis on nous servit une liqueur ambrée dans de petits verres de cristal coloré. Ils déposèrent le nécessaire à narghilé sur la table, entre nous deux puis, sortirent.

 

J'avalais la liqueur d'un trait et dû me retenir pour ne pas tousser tant le liquide me brûlait les entrailles.

 

 

MOI :    "Nom de Dieu! Qu'est ce que c'est que ce truc? C'est bon mais qu'est ce que c'est fort!

 

EDWARD : J'aurais dû te mettre en garde, lorsque l'on a pas l'habitude, cela a tendance à surprendre. C'est une liqueur que l'on fabrique dans les montagnes turques.

 

J'espère que tu apprécies tout de même ton séjour chez moi?

 

MOI :    Oui, c'est vraiment reposant. J'échappe à toutes ses bonnes femmes qui ne rêvent que de me passer la corde au cou; je fuis les journalistes et leurs questions imbéciles pour me retrouver dans le palais des Mille et Une Nuits où le meilleur de chaque civilisations se trouvent représenter.

Dis moi où as-tu cacher la belle princesse aux yeux sombres?

 

EDWARD : Désolé, je n'ai pas songé à t'en procurer une.

 

MOI :    De toute façon, le voyage m'a vraiment crevé. Je ne serais bon qu'à m'endormir entre ses bras...

 

EDWARD : Bon. Si nous fumions le narghilé? Après tu pourras aller te reposer dans ta chambre."

 

 

Il approcha le narghilé de nous et me tendit une grande pipe à tuyau souple comportant un réservoir d'eau aromatisée que la fumée traverse avant d'arriver à la bouche de l'utilisateur.

 

Il est dommage que cette coutume ne soit en usage qu'au  Moyent-Orient car c'est un plaisir et un honneur de partager le narghilé avec un ami. J'aspirais puis je lui tendis la pipe. Très vite, la pièce s'emplit de volutes de fumée bleue.

 

Nous riions comme des collégiens nous rappelant les circonstances de notre rencontre alors que j'étais un jeune écrivain en quête d'éditeur.

 

Cela remontait à environ cinq ans. Déjà.

 

Edward était en visite amical chez un éditeur avec qui j'avais réussit à dégoter une brève entrevue. Nous fîmes connaissance dans un bureau alors que nous attendions chacun notre rendez-vous. Ce ne fut certainement pas banal!

 

Il faut dire qu'après avoir fait tomber la pile de manuscrits posée sur un coin du bureau je renversais d'un geste maladroit un verre de whisky directement dans l'attaché-case d'Edward.

 

Au comble de la confusion, je bredouillais de rapides excuses et sortais sans me faire prier du bureau.

 

Je restais assis sur les marches de la maison d'édition, anéanti par le gâchis que je venais de commettre.

 

Une main se posa peu après sur mon épaule. C'était Edward.

 

Il m'invita à prendre un café et me rendis le manuscrit que j'avais oublié dans mon émotion. Il ne manqua pas de relever mon adresse, fasciné par mon "don au gâchis" et vaguement intéressé par mes textes qu'il avait survolé dans l'ascenseur.

 

Il se proposait même de m'arranger une nouvelle entrevue avec l'éditeur.

 

Devinant le jeune homme fauché en moi, il régla l'addition et m'offrit le taxi.

 

Une semaine après, j'étais à nouveau reçu dans la maison d'édition qui me prenait sous son aile. Ainsi commençât mon amitié avec d'Edward. J'avais rencontré en lui une personne exceptionnel, amateur d'art de très bon goût et ami sans  cesse disponible.

Il s'occupa de moi comme un frère et me poussa dans la voie que j'avais choisi malgré mes envies de tout foutre en l'air et mes excès. Il avait trouvé le moyen de me détourner de l'autodestruction et des substances trop tentantes. Il était mon ange gardien, ma conscience en quelque sorte.

 

 

Une fois le narghilé terminé, Edward sonna un domestique qui fut chargé de m'accompagner à ma chambre. Je pris dons congé de mon ami et suivit le guide qui m'entraînât au deuxième étage. Nous enfilâmes plusieurs couloirs toujours aussi richement décorés et nous nous arrêtâmes enfin devant une porte. Le domestique l'ouvrit puis s'effaça pour me laisser entrer. Sans bruit, il referma la porte me laissant prendre possession de ma chambre.

 

Edward n'avait pas exagéré en m'assurant que je l'apprécierais. Au travers des rideaux de mousseline, j'apercevais fort bien Sainte-Sophie baignée par la clarté de la pleine lune ainsi que par les étoiles qui scintillaient doucement. Un lit bas monté sur une estrade recouverte de moquette se trouvait au milieu de la pièce.

 

C'était un lit à baldaquin aux longues colonnes dorées et torsadées qui laissaient des voiles de mousseline descendre jusqu'au bas de l'estrade.

 

Un immense miroir sur pied se trouvait sur le côté et Edward avait déposé à mon intention mes cigarettes préférées sur une table de marbre; ainsi qu'un bar bien approvisionné.

 

Il était apparemment décidé à me faire apprécier mon séjour chez lui au plus haut point.

 

Avisant une porte, je l'ouvris.

 

Il s'agissait d'une salle de bain digne d'une star hollywoodienne. Baignoire ronde à remous, sol entièrement recouvert de moquette bleue nuit, jamais je n'avais vécu aussi luxueusement.

 

 

Mes paupières se faisaient de plus en plus lourdes et je m'allongeais sur mon lit...

 

Un parfum capiteux et épicé me fit battre des paupières et j'ouvris les yeux. J'écartais un pan de voile de mousseline du lit, me levais et inspectais la chambre à la clarté de la

lune.

 

Elle était vide.

 

Mais alors, pourquoi avais-je la nette sensation d'une troublante présence?

 

Je fis encore quelque pas qui me menèrent au miroir sur pied.

 

Je devais sûrement rêvé.

 

Le reflet dans le miroir se troubla et le parfum qui flottait dans l'air se fit plus insistant.

 

Une silhouette ne tarda pas à se dessiner.

 

Ce devait être la liqueur qu'Edward m'avait fait boire...

 

Je frottais mes yeux de stupeur.

J'avais une femme devant moi.

Je veux dire que ce n'était plus un simple reflet mais une personne en chair et en os!

 

Elle approcha une rose de son visage et aspira délicatement le parfum de la fleur. Elle me sourit et planta son regard sombre dans le mien. Elle avait des yeux superbes ourlés de noir et des cils très long. Sa bouche rouge écarlate s'entrouvrit légèrement en une moue sensuelle. Une petite étoile dorée était dessinée au bas de son front entre les deux yeux.

 

Elle portait une robe longue, vaporeuse qui mettait en valeur son décolleté. D'un mouvement délicat et tout en plissant des yeux, elle fit glisser le foulard qui recouvrait sa tête, découvrant une superbe chevelure noire.

 

Elle glissa l'une de ses mains derrière ma nuque et du bout des doigts de son autre main, elle dessina le contour de mes lèvres. Elle m'embrassa alors fougueusement puis

me fit reculer jusqu'au lit.

Elle se dirigea ensuite vers le bar où elle remplit une coupe de champagne.

Allongé sur le lit et caressé par le satin et la mousseline, je songeais soudain à mon fantasme.

J'avais la princesse des Mille et Une Nuit devant moi.

 

Elle s'approcha du lit et s'agenouilla à côté de moi.

 

Elle trempa ses lèvres dans la coupe de champagne puis me la présenta.

 

Tout en la fixant, j'avalais une gorgée.

 

MOI :    "Qui es-tu?

 

ELLE :    Peu importe qui je suis puisque je n'existe pas. L'important est ce que je représente.

 

MOI :(légèrement inquiet)Que fais tu ici?

 

ELLE :    Je n'existe pas, je suis juste l'un de tes rêve, ton fantasme...

 

MOI :     Mais, tu es bien là, devant moi?

 

ELLE :    Oui, car ton esprit le veut."

 

 

Elle prit ma main dans la sienne et la portant à ses lèvres. Si elle n'était pas réelle comment pouvais-je sentir sa bouche humide sur ma peau frissonnante?

 

 

ELLE :   "Tu te demandes comment tu peux sentir mon contact? Ne sois pas surpris; je suis dans tes pensées...

 

Je suis là pour te faire changer le cours de ta vie, en bien ou en mal, c'est à toi de choisir...

 

Regardes dans le miroir de mes yeux...perds toi dans leurs éclats...que lis-tu?

 

Tu vois, je n'ai pas besoin de ton amour, je suis sûre que tu le penses. Tu as juste envie de satisfaire les besoins de ta sensualité.

 

Crois-tu pouvoir vivre sans amour? Sans jamais éprouver ce sentiment, sans jamais quelqu'un pour l'éprouver envers toi? Ne réponds pas.

 

Tu as cherché des sensations enivrantes dans tant de choses...

Tu as usé de tant de plaisirs... même défendus...

 

Si tu le désire, je peux te procurer ce que tu recherches.

 

Mais à une condition.

 

Je t'amènerai au Jardin des Délices, au sommet de l'amour, là où personne n'est jamais allé.

 

Tu oublieras tout ce que tu as vécu avant moi.

 

Tous tes plaisirs, tes satisfactions s'envoleront en fumée. Tugarderas mon souvenir gravé au plus profond de ton être, dans ta chair même.

 

Veux tu connaître la fièvre de la vie? Veux tu réaliser tes rêves d'Eros?

 

Comme je te l'ai déjà dit, il y a une condition.

 

Tu es encore libre de choisir. Réfléchis bien avant de répondre. C'est ta vie qui est en jeu. Oh, tu ne risques pas la mort mais une torture qui peut s'avérer pire que ce néant...

 

Je te guiderais sur les chemins de l'extase à cette condition:

 

tu connaîtras le plus grand des plaisir pour la première et la dernière fois. Après cette nuit, plus personne ne t'aimeras d'amour sincère et tu seras désormais incapable d'éprouver ce sentiment.

 

Réfléchis. Je te propose un court moment contre toute une vie de solitude.

 

Quelle est ta réponse?

 

MOI :      Oui. J'accepte ton marché.

 

ELLE :     En es-tu sûr? Tu peux encore renoncer et je dis paraîtrais comme je suis venue...

 

MOI :      Non! Je veux connaître ce que je cherche. Quel est ton nom?

 

ELLE :     Appelle moi Ecstasy. Maintenant, ne prononce plus un mot et laisse toi faire..."

 

Sa robe glissa sur ses épaules veloutées, ses lèvres se scellèrent aux miennes et un tourbillon s'éleva...

 

 

 

Un rayon de soleil joua dans les rideaux de mousseline et, grâce à la fente les séparant, frappa mes paupières.

 

Je me retournais vivement puis m'assis dans le lit aux draps froissés.

 

Je pris ma tête dans mes deux mains pour tenter de me souvenir de quelque chose.

Ah, oui! Ecstasy!

 

Des bribes de ma nuit me submergèrent.

 

J'avais pénétré dans le temple d'Eros, le dieu m'avait initié aux secrets les plus subtils de la vie.

 

Avais-je vraiment rêvé?

 

Avais-je vraiment connu les sensations qui faisaient frissonner ma peau?

 

Si ce n'était pas un rêve, étais-je vraiment condamné à voir ma capacité à éprouver des sentiments se détruire d'elle même?

 

J'éclatais de rire. Les sentiments ne sont pas une misérable peau de chagrin mais l'essence de chaque individu.

 

Je m'étais plutôt laissé abuser par l'ambiance orientale et j'avais rêvé ce cauchemar qui avait pourtant été si agréable.

 

Ou bien j'avais trop bu. Ou Edward, ce cher Edward, m'avait joué une bonne farce.

 

Il est bien connu que les sensations perçues lors des songes se trouvent décuplées.

 

De toute façon, aucun être humain n'aurait put vivre ce que j'avais ressentit. Il en serait certainement mort.

 

Je me levais, inquiet malgré moi et me dirigeais vers la salle de bain. Voila! Un bon bain! C'était ce qu'il me fallait.

 

J'allais franchir la porte lorsque quelque chose attira mon regard au pied du miroir. Je me baissais et ramassais une rose au parfum capiteux et enivrant.

 

De fureur, je frappais de toutes les forces de mon poing sur le miroir.

 

Mon reflet m'apparut fissuré en plusieurs parties, taché par mon sang et par mes larmes...

 

Ma vie se brisait à tout jamais...

 

 

 

FIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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