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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Mickaël

 

 


 

MICKAEL

(1988)

 

 

 


 

 

(Tous droits réservés)

 

 

 

 

               Ses petits yeux bleus se font difficilement à l'obscurité.

 

 

 Du haut de ses cinq ans, le petit Mickaël tente de se persuader qu'il est un héros de dessin animé japonais que l'on a enfermé dans une caverne obscure.

 

 

Avec la force surhumaine qui le caractérise, le héros va pulvériser le mur de pierre qui obstrue l'entrée de la caverne d'un seul coups de poing.

 

 

Il va attraper les méchants, il va si bien les battre qu'ils vont lui demander pardon.

 

Mais lui, il les conduira en prison !

 

 

Il pourrait aussi être un cow-boy, comme à la télévision, que les  indiens auraient capturés.

 

De toute façon, c'est lui le héros : il s'en tirera toujours !

 

 

C'est comme lorsqu'il joue avec ses soldats de plomb.

 

Celui avec la tunique peinte en rouge s'en tire toujours, c'est son préféré.

 

 

 

Mickaël essaie surtout d'oublier que son papa ne vient plus le border le soir lorsqu'il va se coucher.

 

Sa maman non plus, d'ailleurs.

 

Cela fait déjà si longtemps....depuis que son papa a refermé la porte en emportant une valise.

 

Mickaël tente de toutes ses forces d'oublier les bouteilles qui traînent dans la maison et toutes les boîtes de comprimés que sa maman avale.

 

 

Il veut surtout oublier les bleus et les blessures qui meurtrissent son corps.

 

 

Il veut oublier qu'il n'a pas manger depuis plusieurs heures.

 

 

Depuis combien de temps est-il enfermer dans ce placard vide et obscur?

 

 

Il n'a pas le droit de pleurer.

 

Combien de fois lui a-t-on dit et répété que les garçons ne pleurent pas?

 

 

Les héros non plus d'ailleurs.

 

 

Il a peur de la réaction de sa maman s'il se met encore à pleurer.

 

Elle ne supporte aucun bruits autre que celui de la télévision qui fonctionne 24/24 et le glouglou des bouteilles qui se vident.

 

 

Combien de fois est-il resté le ventre vide de peur de déranger sa mère et de peur de l'entendre crier?

 

Pourtant il aime bien cet homme blond qui vient parfois voir sa maman car il s'enferment tous les deux dans la chambre au fond de l'appartement; il ne font pas attention à ce petit garçon qui fouille dans le réfrigérateur, la plupart du temps vide, à la recherche d'un hypothétique aliment.

 

 

 

 

Il aimerait bien revoir sa grand-mère. Il se souvient qu'il a vécu longtemps chez elle mais, qu'un jour sa maman est venue le rechercher.

 

On lui avait alors dit qu'elle avait été malade mais qu'aujourd'hui elle était guérie.

 

 

Sa grand-mère est la maman de son père, c'est une vieille dame à la peau toute douce, la poitrine accueillante et deux lèvres roses qui font un bruit humide lorsqu'elles embrassent.

 

 

Elle sent si bon les confitures.

 

 

Il aimerait bien retourner vivre chez elle et se blottir dans ses bras chauds et aimants.

 

 

Mais comment trouver sa maison?

 

Il ne se souvient pas de son adresse.

 

 Quant à le demander à sa maman, il n'en est pas question.

 

Il a un souvenir bien trop cuisant du jour où il a évoqué sa grand-mère devant sa maman.

 

Il sait maintenant où se cache le martinet qui est tel un serpent à têtes multiples crachant du feu.

 

 

Par contre, il n'aime pas lorsque cet homme brun vient à la maison.

 

 

Sa maman pleure beaucoup, elle crie et si il a le malheur de se trouver sur son chemin, il reçoit la morsure brûlante du serpent.

 

 

 

Il aimerait pouvoir tuer cet homme qui porte une moustache noire, d'ailleurs il déteste cela. D'après ses souvenirs, son papa n'en porte pas.

 

 

 

Mickaël entend un bruit à l'extérieur et colle son oreille contre la porte du placard.

 

Des pas étouffés et traînards lui parviennent.

 

 

Sûrement sa mère.

 

Elle doit se diriger vers la porte...

 

Oui! C'est cela! Elle ouvre et fait entrer quelqu'un.

 

 

Le petit garçon entend le bruit d'une embrassade puis des chuchotements. Il reconnaît la voix de l'homme blond lorsque les pas passent devant le placard. Il entend aussi une porte se refermer.

 

 

Puis, plus rien à part une vague rumeur qui vient peut-être de la rue.

 

 

Un rire fuse.

 

"Non, arrête!" C'est la voix de sa mère.

 

 

Son rire nerveux résonne encore une fois puis s'éteint en un soupir.

 

Mickaël sent une douleur dans son estomac, il a de plus en plus faim.

 

Peut-être a-t-il déjà séjourné une nuit assis au fond de ce placard?

 

 

Comment savoir?

 

 

 

Son regard se trouble, il voit des étoiles de couleurs vives dans l'obscurité tandis que sa crampe à l'estomac s'intensifie.

 

 

Il veut se lever mais il n'arrive pas à bouger.

 

Ses paupières se font lourdes, si lourdes...

 

Il lutte un moment contre l'étrange sommeil qui s'empare de lui mais son petit corps affaiblit ne peut plus résister.

 

 

 

Une douleur le réveille.

 

Toujours cette maudite crampe.

 

Combien de temps a-t-il dormi?

 

Pourquoi sa maman le laisse-t-elle si longtemps enfermé dans ce placard?

 

Il commence à avoir très soif et avale sa salive. La gorge lui racle.

 

Il colle son oreille à la porte du placard à la recherche d'un son quelconque. Il n'entend rien mais tant pis s'il se fait battre; il murmure de sa petite voix tremblante et presque inaudible :

 

 

"Maman, j'ai peur!" Un silence puis plus fort: "Maman, je t'aime!".

 

 

Le silence d'un appartement vide répond à ses faibles requêtes.

 

 

Sa maman a quitté la maison au bras d'un homme blond portant une valise depuis deux jours déjà.

 

Sans un mot, sans un regret.

 

 

Cela se passait il y a un mois, dans l'immeuble à côté du mien.

 

 

FIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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