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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Compte à Rebours (1ère Partie)








COMPTE A REBOURS
(2006)







(Tous droits réservés)




L’homme se saisit d’un chiffon douteux dans le coffre de la fourgonnette et entreprit de s’essuyer soigneusement les mains. Sa peau était maculée d’une substance noire et visqueuse, composée pour moitié de graisse et pour l’autre  moitié de saletés indéfinissables. Pour couronner le tout, la substance exhalait des relents métalliques, odeur exacerbée par le frottage méticuleux de l’épiderme. Les jointures et les ongles de ses doigts étaient particulièrement encrassés, un véritable réseau de saletés en soulignait les plis et les interstices.

Malgré tout, l’homme arborait un sourire de contentement sur ses lèvres.

Il avait fait du bon boulot et c’était ce qui comptait le plus à ses yeux… faire ce qu’on doit faire, jusqu’au bout… et le faire bien !

Il examina ses mains et se trouva plutôt satisfait du résultat. De toute façon, sans eau, ni savon, il ne pouvait guère obtenir mieux. Et puis, c’était le lot de tous les travailleurs manuels, gage qu’ils n’avaient pas tiré au flanc et qu’ils avaient accompli leur tâche consciencieusement.

Il rangea le chiffon avec le matériel disparate qui jonchait le sol de la fourgonnette et enroula en un rouleau parfait le câble métallique qui traînait au sol.

Ce n’était pas le moment d’oublier un si beau trophée, ce câble lui avait donné beaucoup de mal ! Il s’était escrimé tant et tant pour accomplir sa mission et avait dépensé des trésors d’ingéniosité !

Mais, déterminé, il avait fini par en venir à bout, écumant de rage, suant à grosses gouttes tant il était investi dans son labeur.

Il referma les deux portes arrière du coffre de la fourgonnette, réajusta sa tenue de travail qui n’était visiblement pas à sa taille.

Bah, ça protège, c’est le principal et c’est discret…songea-t-il en jetant un coup d’œil circulaire aux environs.

Il n’y avait rien de spécial à signaler en cette fin de journée, un jour comme tous les autres, où tout le monde se consacrait à son activité, sans se soucier de ses congénères, parfois même sans les remarquer.

 

Il regagna la portière gauche du poste de conduite en passant devant le flanc de la carrosserie qui arborait une énorme clé à molettes posée sur un disque orange qui lui aurait presque fait songer au soleil incandescent à son coucher.

Coucher de soleil pour clé à molettes… en voilà une drôle d’idée !

Sept lettres noires formant le nom de M.A.C.H.A.D.O., du nom du propriétaire de la fourgonnette, constituaient le reste de la signalétique du véhicule.

L’homme s’assit sur le siège conducteur de l’habitacle et croisa son regard dans le rétroviseur.

Est-ce qu’il avait une tête potentielle de Machado ? 

Oui, probablement, puisqu’il n’avait attiré l’attention de personne, à peine, un « bonjour, c’est par là pour le travail qui vous attend » ou encore un « Ah enfin, vous voilà, y’a du boulot ».

 

Il ôta sa casquette – elle aussi frappé de la clé à molettes sur fond de disque orange – la déposa sur le siège passager et se recoiffa à l’aide de ses doigts.

Vraiment du bon boulot aujourd’hui. Très facile. Presque trop facile, ça manquait de sel. Je ne pensais pas que j’y arriverais aussi rapidement. Surpris lui-même par la tournure des événements, il demeura un instant immobile, plongé dans sa rêverie, caressant machinalement, de ses doigts salis, son menton à peine ombré par une barbe naissante.

Soudain, il secoua la tête de gauche à droite, sortant enfin de sa torpeur.

Il était temps pour lui de déguerpir aussi, il démarra souplement et quitta sa place de stationnement pour se fondre dans la circulation qui n’allait pas tarder à se densifier en cette fin de journée.

La fourgonnette était particulièrement maniable et bien qu’il n’ait pas l’habitude de conduire ce type de véhicule, il l’avait très rapidement prise en main.

Au feu rouge, il ne pu s’empêcher de jeter un œil en arrière, par le rétroviseur central, comme un artiste qui ne se lasse pas de sa création et se saisit de toutes les occasions possibles pour admirer son chef-d’œuvre.

Et il la vit dans le petit miroir, ses yeux comme hypnotisés par sa prestance et sa présence implacable.

De tous les points de vue environnants, de toutes les rues, les artères plus ou moins grandes, on ne pouvait lui échapper.

 

 

Puissance de verre et d’acier, la Tour Empereur se dressait, conquérante, dépassant du haut de ses 300 mètres tous les édifices voisins.

Ses 180 000 tonnes d’acier et de verre lui conférait un sentiment d’impunité et de domination, renforcé par sa dénomination un brin trop prétentieuse.

 

Empereur… puissance dévastatrice, empire omnipotent, conquête irrésistible.

Empereur… dictature de l’argent et de l’avidité, chute prévisible avec perte et fracas répondaient les détracteurs de l’édifice.

 

Ils avaient été nombreux lors de la construction au début des années 1990 à s’élever contre la mégalomanie du consortium industriel et immobilier qui ainsi, trouvait le moyen d’asseoir sa suprématie à coûts de millions dépensés pour cette édification pharaonique.

 

Pustule sur le quartier pour les adversaires, la Tour Empereur n’en avait pas moins fini par triompher avec la bénédiction des   gouvernements successifs.

 

Près de 13 années après sa construction, elle abritait une multitude de sociétés, d’organismes, qui bénéficiaient de l’aura de cette adresse sans précédent.

 

Finalement, la tour était gage d’une certaine classe et donnait à ses pensionnaires dirigeants de société la sensation de faire partie d’une certaine élite qui surplombait le commun des mortels. Un peu comme s’ils logeaient au Mont Olympe.

 

Pour le salarié lambda, de la secrétaire au cadre pressé en passant par le personnel de ménage ou les hôtesses d’accueil, la tour était surtout « la boîte ». Boîte de luxe, soit, mais boîte quand même où on venait consacrer quelques heures par jour à un travail parfois fort alimentaire avant de s’engouffrer dans des transports en communs très encombrés.

 

De ses 66 piliers qui s’enfonçaient dans les 70 mètres de profondeur de fondation, la tour semblait parfois trôner sur la forêt de locaux et de bureaux qui s’étendait à ses pieds ; petite forêt qui ne pouvait que se contenter de lorgnée vers la majestueuse montagne de technologie architecturale qui n’avait pas hésitée à écraser quelques concurrentes un peu trop entreprenantes ou un peu trop vindicatives à son goût. 

 

Mais comme tout colosse, la Tour Empereur avait ses faiblesses mortelles car, comme tout colosse, elle était trop confiante dans son aura pour ne pas garder à l’esprit qu’elle pouvait être une proie facile pour qui saurait débusquer la faille ou serait assez déterminé pour l’abattre.

 

Achille moderne, la Tour Empereur allait apprendre à ses dépends qu’on ne peut défier les dieux sans encourir leur courroux un jour ou l’autre.

 

 

Un concert d’avertisseurs rageurs ramena l’homme à la réalité et il s’arracha presque à regret à la vision de la Tour Empereur. Il démarra non sans adresser un geste peu amène aux autres automobilistes trop pressés. Il obliqua dans une petite rue à droite et enfila plusieurs artères à demi encombrées. Il lui fallait maintenant rejoindre le boulevard périphérique et emprunter l’autoroute qui le mènerait loin de la ville, pour se perdre dans une banlieue anonyme où il aurait tout loisir de mettre un terme à sa journée.

Mais après cela, il lui resterait encore à se débarrasser du véhicule et des outils, non sans procéder à un nettoyage méthodique pour éliminer le maximum de ses traces.

Enfin, il n’aurait plus qu’à se délester de l’homme qui gisait à l’arrière, grotesquement vêtu de ses seuls sous-vêtements.

Au revoir Machado … et merci pour tout, vraiment !

Un beau trou, bien rond, bien net, d’où s’échappait un filet de sang maintenant coagulé ponctuait le front du mort. Il n’avait pas eu le temps de souffrir ni même de se poser des questions avant de trépasser.

Une mort de rêve…soudaine, sans question, sans souffrance…

 

Cela s’était déroulé au beau milieu de la journée, dans un endroit particulièrement désertique, l’homme avait repéré le trajet de Machado qui quittait son atelier systématiquement par la même rue et à peu près aux mêmes horaires chaque jour.

Il n’avait qu’à le suivre discrètement pour repérer ses habitudes, définir le meilleur moment pour passer à l’action et agir en toute discrétion.

Ce jour-là, Machado refermait les portes arrière de sa fourgonnette, gêné par son matériel mal arrimé qui brinquebalait bruyamment.

L’homme s’était approché le plus innocemment possible afin de lui demander sa route, un prétexte comme un autre pour ne pas trop susciter de suspicion. Lorsque Machado s’était retourné vers son interlocuteur pour lui donner des indications, celui-ci lui avait appliqué le canon froid de son arme nanti d’un silencieux au beau milieu du front et avait tiré sans hésiter un seul instant.

Son regard était rivé à celui de sa victime qui n’avait pas même eut le temps de saisir que sa vie s’achevait là.

Machado s’était effondré sur le sol, sans un son, sans un cri, les yeux écarquillés, évoquant une question qui demeurerait éternellement muette.

L’homme avait capté la dernière étincelle de vie de sa victime, il resterait à jamais le dépositaire de son dernier souffle, le dernier regard lui avait été adressé. Il avait pris cette vie pour accomplir son dessin.

Puis, le plus difficile avait été de l’enfourner dans la fourgonnette et de le déshabiller prestement.

Un cadavre, même récent, ne se laisse pas faire facilement et Machado ne dérogea pas à la règle, masse inerte encore chaude mais encombrante.

L’homme avait alors revêtu les effets du mort et par la même, s’était coulé dans son identité. Le reste avait été très simple, son plan étant peaufiné dans les moindres détails depuis si longtemps.  

Depuis un moment, il s’était servi de fausses identités en privilégiant celles qui pouvaient lui offrir un anonymat relatif, celles des personnes qu’on ne remarque jamais car ils effectuent les travaux techniques de maintenance par exemple. Petit à petit, il avait tendu son piège, au nez et à la barbe du personnel de sécurité qui ne pensait à aucun moment à vérifier ce qu’il transportait, persuadé qu’il s’agissait de l’innocent matériel destiné aux réparations.

Ses connaissances techniques, acquises besogneusement mais avec toute la hargne qu’il mettait au service de son plan, lui permirent d’œuvrer vite et précisément. Tout était prévu et régler à la seconde et au millimètre près…

 

Du travail d’esthète, en attente du point final, un magnifique feu d’artifice pour couronner le tout…

 

 

 

 A suivre...

 

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Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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seveuhreen 27/10/2008 22:23

Suspens.... mais pourquoi ??????
Je vole lire la suite

Sandy458 27/10/2008 22:35


parce que!!! :o)

MDR, y'en a sur 150 pages et c'est pô finit....