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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

COMPTE A REBOURS (2ème partie)

« - Tu as parlé à ta femme ? » demanda la jeune femme sur un ton qui trahissait un mélange d'espoir et d'exaspération à peine contenu.

Oh non, pas ça, pas maintenant !

 L'homme réajustait sa cravate, se tenant dos à sa maîtresse qui défroissait un pan de sa jupe. Il ne pu réprimer un rictus qui tordit sa bouche en une mimique d'énervement.

Depuis le début de leur liaison, il redoutait ce moment où elle voudrait savoir si elle pouvait espérer être plus que la maîtresse qui reste patiemment dans l'attente des miettes de la vie conjugale de son amant, si elle pouvait elle aussi accéder au statut de femme officielle.

Pouvait-elle seulement imaginer et concevoir que ce changement de statut la mettrait bien vite dans la délicate situation de l'épouse trompée ?

En 15 ans de mariage, il n'était pas au début de ses incartades.

Les maîtresses s'étaient succédées dès le début de son union avec son épouse légitime, blondes, brunes, rousses, rondes, minces, petites, grandes, mais aucunes n'avaient pu la détrôner et lui ravir sa place.

Il était ainsi, prédateur de chaire fraîche mais chien docile qui regagne toujours fidèlement son logis. Il ne cherchait pas à se raisonner, après tout, il était dans la position du mâle dominant, du séducteur... ses 47 ans et les quelques fils gris qui apparaissaient dans sa chevelure n'étaient pas pour l'inquiéter. Il avait encore de belles années devant lui et bien des conquêtes à venir.

Il fit face à la jeune femme et la contempla. Elle arborait ses 29 ans avec vivacité, détermination et tout l'attrait de ce corps encore jeune mais en phase d'épanouissement.

Tandis qu'elle demeurait penchée sur sa jupe qu'elle continuait à défroisser d'une main méticuleuse, il eut tout loisir de plonger son regard dans le décolleté d'où il pu contempler la délicieuse peau blanche et sucrée entre les deux petits seins bien ronds.


Horloge biologique en route ? Songea-t-il tout d'un coup. Il avait toujours mis un point d'honneur à ne pas engrosser ses maîtresses, laissant la prérogative de porter ses enfants à sa femme.  Leurs regards de croisèrent et il sentit une chaleur l'envahir au souvenir de l'heure passée ensemble dans ce bureau de la Tour Empereur, enfermés à double tour soi-disant pour boucler un dossier confidentiel et épineux.

Cadres tous deux dans une société d'informatique florissante, ils avaient débuté leur liaison dès l'arrivée de la jeune femme dans l'entreprise. Depuis un an, ils mêlaient étroitement leur vie professionnelle et leur relation personnelle sous l'œil amusé de leurs collègues, habitués au don juanisme pathologique de leur collègue masculin.


« Paul, tu as parlé à ta femme ? »

La question claqua à nouveau  tel un rappel à l'ordre.


Elle m'appelle Paul... ça s'envenime. Il s'avança vers elle et, l'enlaçant, lui déposa un baiser sur les lèvres.

Que pouvait-il bien lui répondre  pour la calmer et reculer l'inéluctable, c'est-à-dire la mise à mort programmée de leur relation ?

« Paul? »  Elle avait dégagé son charmant minois et le scrutait avec les sourcils froncés.

Ça y est, c'est fini...Il la sentit se raidir dans ses bras et desserra son étreinte.


-          Cécile, tu sais très bien que ce n'est pas facile, qu'il faut du temps.

-          Cela fait six mois que tu me répètes cela.

-          Il y a les enfants, ils sont jeunes tu sais...

-          Ils étaient tout aussi jeunes quand tu m'as dragué...


Touché, coulé ! Redoutables, ces femelles... Elle n'avait pas tord, ça n'allait pas tarder à virer au pathétique. L'excuse des enfants était éculée... il n'allait quand même pas prétexter une soudaine maladie de sa femme pour excuser sa goujaterie ? Peut-être qu'un hypothétique épisode dépressif suffirait à la calmer ?


-          Je t'aime, ma beauté.


Bravo, quelle classe !


-          Paul, arrête tout de suite  et réponds moi ! Je veux savoir où tout cela nous mène, va me mener...

-          Je ne peux rien te dire, rien te promettre, je te demande d'être patiente...

-          Non, Paul, je ne veux plus attendre, cette situation ne me convient plus du tout. Parle à ta femme maintenant ...

-          Je vais le faire dès ce soir, je te le promets !


Il déposa un baiser sur le front de Cécile et la plaqua violemment contre son corps. Ce fut un jeu d'enfant de la faire céder et de déboutonner son chemisier d'où jaillirent les jolis petits seins tout ronds.

Il était près de 18H30 lorsqu'ils s'engouffrèrent dans l'ascenseur n°23 de la Tour Empereur.  


Les portes en inox brossé allaient se refermer quand un jeune homme, pas vraiment sorti de l'adolescence si on considérait sa panoplie vestimentaire - pantalon baggy surdimensionné, baskets Nike et t-shirt de surf - se faufila in extremis dans la vaste cabine.


De son lecteur MP3 sourdaient les accords convulsifs de « Give it away » des Red Hot Chili Peppers. Il dodelinait de la tête au rythme de la musique, les yeux rivés sur le bout de ses baskets, les poings enfoncés dans son baggy.

Il avança une main vers le panneau de l'ascenseur et appuya nonchalamment sur le bouton du rez-de-chaussée.  Une gourmette en argent ceignait son poignet et Paul y lu le prénom Brian.


Encore des parents imbibés de séries télé américaines songea-t-il en détaillant le jeune homme des pieds à la tête.

Dieu tout puissant ! pensa-t-il en s'arrêtant sur les cheveux hérissés de gel et le piercing trouant le sourcil droit.


Puis il serra fougueusement Cécile contre lui. Lorsqu'il venait de faire l'amour avec une jeune conquête, Paul se sentait ragaillardi, conquérant et rajeuni. Il avait trouvé sa fontaine de Jouvence dans le sexe des femmes.


« Mon immortalité est dans ton sexe » souffla-t-il tout en léchant le lobe de l'oreille de Cécile qui pouffa de rire.


Leur jeune compagnon ne leur prêtait pas attention, indifférent à leurs démonstrations charnelles.


Brian accomplissait un minable stage d'insertion dans un obscur service de maintenance de la Tour Empereur, rien de bien réjouissant ni d'enrichissant, encore moins un espoir d'avenir.

A 18 ans, il était déjà blasé par la vie, sorti sans diplôme d'une scolarité en dilettante, n'ayant pour horizon que des parents à peine smicards qui s'usaient dans des missions précaires. Finalement, sa vie résidait dans son lecteur MP3 et des virées louches entre potes tout aussi mal partis dans la vie.

« Give it away, give it away NOW!!! » Anthony Kiedis, le chanteur de son groupe fétiche, scandait ses paroles si pleines de bon sens.

Brian coula un regard vers le couple enlacé et surprit une main qui pelotait les fesses de la jeune femme, déclenchant une série de petits gloussements.


Ils ne vont quand même pas baiser là ? Il baissa les yeux, gêné à l'idée d'être contraint d'assister à cette scène. Après tout, ce type ne devait pas être loin de l'âge de son père. Tout ce qu'il voulait, s'était sortir de cette satanée tour et retourner chez lui le plus vite possible, histoire d'oublier les journées minables qu'il passait à travailler avec des crétins pour trois francs six sous...


Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent à l'étage inférieur laissant entrer deux femmes entre deux âges et un homme d'une cinquantaine d'années qui serrait un attaché-case d'une main crispée. D'ailleurs, tout son être sentait la crispation, la frustration de celui qui s'est rendu compte qu'il n'avait plus grand-chose à espérer et qui avait renoncé à tout espoir depuis bien longtemps.

Les deux femmes jacassaient comme des pies en évoquant le cas d'une collègue, objet de leur malveillance.

Cécile prêta une oreille tout d'abord distraite à la conversation puis se crispa en comprenant le sujet de celle-ci.

Sans équivoque, il s'agissait d'une histoire d'épouse bafouée par l'ombre intrigante d'une maîtresse qui avait détourné du droit chemin un charmant mari, bien entendu à son corps défendant.


Petites dindes, encore une méchante maîtresse qui a séduit le gentil mari...si elle savait ce qu'il se passe dans la réalité, qu'on peut être prise au piège sans le savoir...Devant son regard obscurci, Paul la serra fortement et lui envoya un baiser volant.

Salaud que j'aime tant.


Avec soulagement, elle suivit du regard les deux femmes qui sortirent de la cabine cinq étages plus bas.

A leur place entrèrent, un homme d'une trentaine d'années suivi par une jeune femme encombrée de sacs d'emplettes alimentaires.

Paul ne pu s'empêcher de jeter un regard à cette dernière, en incorrigible séducteur qu'il était. Cécile le rabroua d'un coup de coude dans le ventre accompagné de son fameux froncement de sourcil qui clamait « attention mon petit bonhomme, je t'ai à l'œil ».

Paul esquissa un désarmant petit sourire contrit pour se faire pardonner et se jura de corriger son manque de discrétion à l'avenir.


La jeune femme laissa échapper un de ses sacs qui se serait déversé sur le sol de la cabine si l'homme entré en même temps qu'elle n'avait pas agi avec promptitude pour l'aider. Elle le remercia chaleureusement et se cala dans un coin de l'ascenseur.

L'homme qui l'avait aidée devait être un créatif ou quelque chose dans le genre car il arborait à l'épaule un de ses longs tubes en plastique qui servait à transporter des documents ou des dessins roulés à l'abri des intempéries. Une étiquette portait le nom du propriétaire et elle y lu « Josselin Marliac Design ».

Elle se surprit à rougir en se rendant compte que Josselin venait de remarquer l'intérêt qu'elle lui portait.


Mathilde, ma fille, tu te conduis comme une imbécile. Toi, une mère de famille divorcée, prête à rougir devant le premier joli garçon venu...Elle baissa le regard, se concentrant sur ses escarpins bicolores. Elle songea alors à l'heure qui tournait et qui rendait si difficile la gestion du temps entre la fin de ses horaires de travail et la nécessité de récupérer ses trois enfants à l'étude, après l'école.

Ce n'était déjà pas facile d'être une mère de famille doublée d'une femme active mais cumuler, de plus, le statut de femme divorcée dont le mari oubliait de verser périodiquement la pension alimentaire, tenait de la gageure !


Josselin lui adressa un sourire poli et s'adossa à l'une des parois de la cabine. Il appuya sur la touche rez-de-chaussée du panneau de commande surtout pour se donner une contenance. Il n'aimait pas spécialement se retrouver enfermé avec des inconnus et ne savait jamais où caser ses 1m85 et tout le barda qu'il transportait habituellement.


Les portes se refermaient lorsqu'un retardataire se précipita pour entrer dans la cabine. Il hésita un instant, fit un pas en avant, recula puis sembla se décider enfin. Trop tard, il ne put atteindre l'ascenseur qui le laissa sur le palier avec un air contrit.


Ça ne peut pas être un jour de chance pour tout le monde ! songea Josselin avec aise. Pour lui, cette journée s'était déroulée sous les plus beaux auspices, voyant enfin ses rêves se réaliser.


Il venait de remporter un appel d'offre de design pour une marque prestigieuse, ce qui allait, à n'en pas douter, le propulser dans le monde si fermé de la création où les places étaient fort chères. Bien que doué, Josselin s'était contenté jusque là de vivre moyennement de ses dons, plus occupé à profiter de la vie et de ses plaisirs sans trop de soucier de demain.

Lucie avait changé la donne. Il fréquentait la jeune femme depuis deux ans, hésitant à officialiser leur relation bien qu'il soit sûr de ses sentiments. A l'aube de ses 30 ans, il commençait à se sentir prêt à grandir enfin et à devenir adulte, ce qui insinuait pour lui, se caser, fonder une famille - pourquoi pas ? - et enfin, s'atteler à sa carrière de manière plus professionnelle.

Lucie n'avait rien fait de particulier pour le changer mis à part être à ses côtés et lui démontrer subrepticement qu'une autre vie pouvait l'attendre, une vie plus aboutie qui saurait lui insuffler un sentiment d'utilité et de projets au long cours. Un vrai challenge pour Josselin qui avait tant de mal à se projeter au mois prochain !


Cette première réussite professionnelle lui avait donné des ailes. Il s'était enfin décidé à sauter le pas et à demander à Lucie de vivre avec lui... il lui avait donné rendez-vous dans un petit restaurant qui servirait de cadre romantique à sa demande. Il imaginait déjà le dîner en tête à tête où il aurait tout loisir de la faire rire, de faire le pitre pour cacher les battements de son cœur qui tremblerait à l'idée de se déclarer. Car finalement, c'était bien de cela qu'il s'agissait, il allait déclarer à Lucie qu'elle était la femme de sa vie et qu'il voulait la garder à ses côtés à tout jamais.


L'ascenseur poursuivait sa descente feutrée, égrenant les numéros des étages sur son élégant panneau lumineux. Les petites lampes s'allumaient et s'éteignaient tour à tour tel un silencieux compte à rebours qui menait dieu seul c'est où...

Paradis ou Enfer ? Sur quoi s'ouvriraient les portes d'inox, closes à présent comme de lourdes paupières protectrices ?

Josselin regardait le bout de ses chaussures tout comme ses compagnons, attendant patiemment que cet isolement et ce confinement forcés s'achèvent et qu'il soit enfin libéré de l'oppression qui commençait à lui nouer la gorge.


Au 20ème étage, il senti comme un tressaillement dans le sol, juste sous ses pieds. La sensation remonta le long de son échine et lui étreignit le cœur, provoquant une désagréable poussée d'adrénaline dans tout son être, électrisant ses nerfs.

A croire qu'il devenait claustrophobe en vieillissant !

 

Du calme ! Ce n'est rien, juste un ascenseur qui descend ! Respire un bon coup, détends-toi ! Il prit une grande goulée d'air pour se raisonner et se calmer et jeta un œil discret sur sa gauche.

Brian était toujours aussi absorbé par la musique tonitruante qui filtrait des écouteurs de son lecteur MP3, fermé hermétiquement au monde extérieur. En remarquant les piercings du jeune homme, Josselin esquissa un sourire. Lui aussi était un adepte de cette mode et arborait habituellement plusieurs anneaux le long du lobe de ses oreilles. Seulement, il avait opté pour la discrétion en ce jour de rendez-vous professionnel et avait préféré s'abstenir de porter ses anneaux, sa « quincaillerie » comme le raillait parfois Lucie. Même ses cheveux, habituellement savamment ébouriffés par une larme de gel, avaient été domptés et lissés ce qui lui donnait un air de jeune garçon assagi.


Ils atteignaient enfin le 10ème étage lorsque la cabine s'immobilisa en souplesse. Les portes s'ouvrirent brièvement pour se refermer aussitôt dans un claquement de mâchoire métallique.  La machinerie se mit à bourdonner et les passagers sentirent leur cœur légèrement se soulever dans leur poitrine, signe que la cabine s'élevait de nouveau dans les étages.

Ils levèrent leur visage vers le panneau lumineux, interloqués devant cette lubie subite de l'ascenseur.

Nom de Dieu, c'est quoi, cette connerie ? Josselin fixait lui aussi le panneau lumineux qui indiquait maintenant le 15ème étage.


Dans le fond de la cabine, Mathilde soupira, tenant toujours dans ses mains ses multiples sacs. Elle allait finir par être en retard si cet imbécile d'ascenseur ne les menait pas très vite au rez-de-chaussée. Cécile se blottit plus étroitement dans les bras de Paul, enchantée par ces précieuses minutes volées au cours habituel de la vie.


Josselin déglutit difficilement tandis qu'un point douloureux lui nouait les entrailles. De nouveau, il perçu quelque chose sous ses pieds, dans le plancher de la cabine. Seulement, ce n'était plus le discret tressaillement ressentit quelques minutes auparavant. Quelque chose avait réellement bougé !


Au même moment, la cabine s'immobilisa dans une sorte de hoquet qui surprit tous les passagers par sa netteté et sa rudesse. Brian se cramponna à la main courante fixée sur la paroi tandis que le si discret et effacé homme à l'attaché-case levait un visage ahuri vers le plafond de la cabine.


Le plafonnier de l'ascenseur clignota pendant quelques secondes, puis il s'éteignit pour se rallumer finalement dans un cliquetis de verre. L'éclairage leur paru plus tamisé, comme si une émanation lumineuse irréelle s'échappait des néons.

Curieusement, le panneau lumineux ne mentionnait plus aucun étage comme s'ils se trouvaient entre deux paliers, immobilisés quelque part dans la longue gaine de l'ascenseur.


Passager le plus proche du panneau de commande, Josselin appuya sur les boutons des étages, sans aucun effet. Le panneau restait désespérément muet et obscur, comme s'il obéissait déjà à une autre logique. Un coup sourd résonna contre les portes closes, les faisant tous sursauter.


Josselin sentait un étrange picotement dans sa nuque. C'était une sensation désagréable qui lui était déjà venue dans un cas extrême alors qu'il avait manqué d'avoir un grave accident de la route. Une  nuit, revenant d'une virée entre amis,  son véhicule avait fait une embardée imprévisible et avait manqué de le précipiter tout droit sous les roues d'un semi-remorque venant en sens inverse. Il était sorti de l'épreuve totalement électrisé, les nerfs à vifs, avec ces maudits picotements dans la nuque qui lui revenaient immanquablement dans les situations de crise.

Ce n'est pas le moment de se sentir mal... qu'est ce qu'il m'arrive ?

Une goutte de sueur glacée coulait lentement le long de sa colonne vertébrale, chacun des pores de sa peau tressaillant au contact de l'humidité.


- Il faut appuyer sur l'alarme, voyons ! S'exclamât une voix féminine avec une pointe d'exaspération. Mathilde commençait à trépigner devant cet imprévu qui mettait sa si acrobatique organisation quotidienne à mal. Cette fois-ci, c'était sûr et certain, elle allait être sacrément en retard pour récupérer les enfants. Si le beau gosse à côté du panneau ne bougeait pas plus que cela, ils n'étaient pas près de sortir de la Tour Empereur ! Josselin la fixa, quelque peu vexé par la remarque qui le désignait presque comme fautif, et tenta d'obtenir une ultime fois une réaction en appuyant sur les boutons lumineux des étages. En désespoir de cause, il enfonça le bouton rouge d'alarme et se positionna en face du micro. Un voyant s'alluma tandis qu'un grésillement sortit de la grille du haut-parleur. Au moins, si les commandes de l'ascenseur ne répondaient plus, l'alarme fonctionnait. Ils pourraient ainsi signaler leur présence et attendre patiemment les secours qui ne tarderaient pas à arriver.


-« Vous allez être mis en relation avec un opérateur. Veuillez patienter avec calme. » Une voix robotisée intimait des paroles qui se voulaient rassurantes mais qui n'avait pour d'autres effets que de stresser un peu plus les passagers emprisonnés dans un espace aussi exigu et instable que la cabine immobilisée.

Je suis calme ! pensa Josselin, tout son être tendu vers les grésillements du haut-parleur. Deux bip brefs se firent entendre puis il perçu un son qui ressemblait à un récepteur qu'on décroche.



-          Hildebrand Services, Ahmed à votre service, j'écoute!

-          Bonsoir... nous sommes coincés dans l'ascenseur...le panneau de commande ne répond plus... j'ai essayé tous les boutons à plusieurs reprises...

-          Bien où êtes-vous, monsieur ?

-          Dans une des cabines de la Tour Empereur, vers le vingtième étage, je pense ...

-          Combien êtes-vous ?


Josselin se retourna vers les passagers et commença à les dénombrer. Cinq visages le scrutaient intensément. Josselin eu la sensation fort gênante que ces cinq âmes se remettaient à lui, le sauveur providentiel qui pouvait le pire comme le meilleur selon qu'il émettrait un appel à l'aide capable d'être entendu avec toute la considération requise.


Oh non... c'est pathétique ! Josselin sentit que ses joues s'enflammaient de gêne. Habituellement, il détestait être le centre d'attraction d'une assemblée alors dans une situation telle que celle-là, il savait encore moins comment se comporter.


- Monsieur ? Etes-vous seul ? Donnez-moi votre nom, s'il vous plait ?


Ahmed réitérait ses questions pour la deuxième fois prenant le ton de quiétude absolue qu'il avait appris lors de sa formation à ce poste. Ne pas stresser les passagers, les prendre en charge, obtenir les informations nécessaires au dépannage, désamorcer les situations de panique qui pouvaient dégénérer tragiquement avec la sensation d'enfermement et d'étouffement qui pouvait naître de la situation... en bon professionnel, il connaissait toute la procédure sur le bout des doigts.


-          Je m'appelle Josselin Marliac, et nous sommes  six dans la cabine.

-          Bien, Monsieur, je... »


La phrase s'acheva dans un silence glacial, coupant comme une lame. Josselin appuya de nouveau sur le bouton de l'alarme.

Rien.

Aucune lumière n'éclaira le voyant lumineux, aucun grésillement ne sortit du haut-parleur.

Merde, ce n'est pas vrai !! Josselin demeura figé un instant. Les jointures de son doigt qui enfonçait le bouton d'alarme de toutes ses forces, blanchissaient sous l'effort.


Enfin, il se tourna vers les autres passagers et, dans un souffle, il lâcha :

-          Il n'y a plus rien.

A SUIVRE ...


 

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Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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seveuhreen 27/10/2008 22:39

Belle caricature sociologique des personnages !!!!

Bon alors... suspens (bis) ........ je vooooollllleeeee lire la suite ;-)

Sandy458 27/10/2008 22:50


MDR, j'aime l'oeil de la sociologue!!! ;-)


Virginie 26/10/2008 10:45

bien intéressante cette 1ère partie sur les amants.
aujoud'hui je suis un peu pressé par le temps je reviendrais lire la suite de ton article car je me demande bien ce qu'augure la suite.
quoiqu'il en soit le début est tellement vrai.
bises

Sandy458 26/10/2008 22:02


hi,hi,hi... à suivre ;-)

Bonne fin de week-end!!!!
Bises