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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

COMPTE A REBOURS (7ème partie)

« - Lieutenant ! Le Commissaire au téléphone, pour vous ! »

Plissier avisa l'agent qui l'interpellait tout en lui tendant un combiné téléphonique. D'un pas nonchalant, il s'achemina vers l'homme et se saisissant du téléphone, il plaqua l'écouteur à son oreille.


-          Lieutenant Plissier, j'écoute Monsieur le Commissaire...

Un silence lui répondit et après un soupir, le Commissaire prit la parole.

-          Plissier, ça me coûte de vous dire cela mais vous aviez raison sur toute la ligne.

-          Pardon, Monsieur le Commissaire ?

-          Bingo, Plissier ! Il y a bien présence d'explosif à la Tour Empereur.  C'est confirmé par l'équipe de déminage et l'équipe cynophile. On va être dans un sacré merdier, je vous le dis ! J'ai besoin de vous Plissier...

-          Oui, Monsieur, que puis-je faire ?

-          Je ne vais pas tarder à avoir le Préfet sur le dos qui va vouloir avoir un rapport serré sur la gestion de la crise. Je vais devoir me rendre à son bureau pour expliquer ce qu'il se passe...


La voix du Commissaire se fit plus hésitante, il cherchait visiblement ses mots.

-          Plissier, je sais très bien ce que vous aller penser mais j'ai besoin de vous à la DST. Sur place, le périmètre de sécurité est en cours d'instauration, l'équipe de déminage prend la main et je laisse quelques agents en renfort. Vous me serez d'une grande utilité si vous assurez l'interface depuis le « bunker ».


Merde, il m'exile à la « cave » ! Plissier conçu une immense déception à l'écoute des propos de son supérieur.

Etre à la cave -  également dénommé le bunker - signifiait rester un long moment loin du théâtre des opérations, relégué à un quasi rôle de spectateur subissant le déferlement des événements.

Rien de très excitant pour une personnalité de l'acabit du Lieutenant.


- Plissier ? Vous m'écoutez ?

- Oui, Monsieur le Commissaire...

- Plissier, je vous confie les rênes de l'opération pendant que je serai chez le préfet. J'attends de vous que vous soyez mon double, que vous pilotiez l'ensemble des opérations entre la Tour et les équipes qui vont agir. Et surtout, il faut que vous gériez la cabine d'ascenseur et ses passagers. On ne sait pas ce qu'on va y trouver. J'ai confiance en vous, Plissiez. Je vous connais, je connais vos compétences. Je ne vous confierais pas cette tâche si je doutais un seul instant de vos capacités. Ne me décevez pas, Plissier. C'est bien compris ?

- Oui, Monsieur le Commissaire. Vous pouvez me faire confiance.

- A la bonne heure, comme quoi, il ne faut jamais désespérer ! Je vous rappellerai dès que possible. »


Plissier raccrocha le combiné dans un état second.

Abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, il avait la désagréable sensation de flotter quelque part dans son purgatoire personnel entre un mauvais rêve et la tragique réalité.

Confusément, il sentait que la soirée, voir la nuit, allait être longue et terrible et qu'il aurait besoin de tout son calme et de toute sa concentration pour donner, malgré tout, le meilleur de lui-même. Il devait se montrer digne de l'extraordinaire confiance que lui accordait le Commissaire, confiance assez incompréhensible étant donné la relation assez tendue entre les deux hommes depuis un certain temps.

De plus, et cela le mettait dans une position très délicate, il allait être amené à s'occuper des passagers de la cabine. Comment ceux-ci réagiraient-ils à la situation d'enfermement qui se pérennisait, allaient-il saisir que leur position était plus que précaire et que quelque chose de terrifiant les concernaient au premier chef ? Aurait-il à gérer une situation irrépressible de panique si ceux-ci commençaient à se douter de leur condition d'otages en sursis d'une Tour explosive ?


Il ne lui restait plus qu'à prononcer quelques paroles à l'attention de ses collaborateurs pour déchaîner le tourbillon qui allait le  propulser dans le rôle de frère d'infortune des malheureux reclus de la cabine d'ascenseur.



Lorsque le Lieutenant eu fini d'informer ses collaborateurs des événements se déroulant à la Tour Empereur, un silence pesant glaça le service.

Tous ressentaient la portée potentiellement  dramatique de cette affaire et bénissaient secrètement le Ciel de ne pas se retrouver à la place de Plissier dont le moindre faux pas pouvait dégénérer atrocement et lui coûter cher. Car il n'y avait pas à se leurrer, en cas de manquement, même minime, la hiérarchie réclamerait sa tête à corps et à cris.


Puis, aussi soudainement que le silence s'était jeté sur les esprits, ce fut l'effervescence qui les gagna.

En un clin d'œil, chacun reçu sa mission pour la soirée, chacun sut quel rôle il aurait à jouer dans la tragédie.

Plissier organisait le service sans perdre un instant et la frénésie qui s'empara de lui à ce moment le rasséréna suffisamment pour qu'il comprenne illico qu'il était à la place exacte où il aurait du toujours se trouver : debout sur le pont, affrontant vaillamment les éléments.


 Satisfait de ce début, il prit l'ascenseur afin de se prendre possession de son poste, au bunker.


L'endroit, particulièrement protégé, était situé dans les entrailles de la D.S.T., au fin fond du troisième sous-sol.

L'ascenseur ne desservait pas directement ce lieu stratégique et il fallait emprunter une discrète cabine parallèle à partir du premier sous-sol afin d'y accéder. Une clé inviolable permettait de mettre la machinerie en marche et de se présenter à un contrôle drastique avant de pénétrer dans le saint des saints.

Lorsque les portes de la cabine s'ouvrirent sur le troisième sous-sol, Plissier se retrouva face à un garde armé qui lui intima l'ordre de se soumettre à un détecteur de métaux. Aucune arme ne devait pénétrer l'intérieur du bunker, par sécurité pour les hommes qui y officiaient  comme pour le matériel qu'il contenait.

Le Lieutenant se prêta de bonne grâce à la détection puis il du décliner son identité complète et patienter quelques instants avant que son identification soit formellement validée par procédure biométrique.

Enfin, le garde composa le code d'accès au bunker et s'effaça afin de permettre à Plissier de pénétrer dans les lieux.


C'était la deuxième fois dans sa carrière qu'il était affecté à une mission nécessitant sa présence dans cet endroit et il ressenti un vague sentiment de malaise lorsque la porte se referma lourdement dans son dos avec un claquement étouffé.

La cave, comme il nommait cet espace, n'était décidément pas sa tasse de thé.


Toi qui entre ici, abandonnes tout espoir... Plissier ne se rappelait pas de l'exacte formulation mais elle résumait parfaitement son état d'esprit à la seconde précise.


Un ingénieur vint le saluer et le conduire devant un ordinateur ou le Lieutenant prit place.

Il jeta un coup d'œil circulaire à la vaste pièce dont les murs gris clair étaient parcourus au beau milieu par une large ligne bleue. Les néons blafards éclairaient de leur lumière crue les machines et les hommes qui cohabitaient dans l'étrange antre.

Pas moins de cinq ingénieurs hautement qualifiés présidaient à la destinée de ce qu'on avait coutume d'appeler l'Oeil et l'Oreille de la D.S.T.

Ici, officiait le fleuron de la technologie, ordinateurs surpuissants reliés à des systèmes fixes et mobiles de surveillance vidéo, systèmes d'écoute ultra perfectionnés, connexions aux satellites, mise en relation avec tous les services possibles et imaginables de tous les organismes publics et privés... le bunker serait la cible rêvée des défenseurs acharnés du respect de la vie privée si son existence était rendue publique.

Toutes les conversations téléphoniques, les moindres faits et gestes, les manipulations informatiques étaient enregistrées par un second circuit de surveillance, entièrement dévolu à la sûreté du bunker. 

Aussi, son utilisation était-elle réservée aux cas extrêmes de crise  et soumise à autorisations et contrôles drastiques. 

A n'en pas douter, le Commissaire avait du batailler ferme pour permettre l'utilisation du bunker et on avait du tiquer fortement, en haut lieu, en sachant que Plissier y mettrait les pieds.

Big Brother is watching you et il était hors de question de plaisanter avec cela.  Plissier était prévenu, d'autant plus qu'il venait de remarquer le petit voyant rouge d'une caméra située en face de lui qui venait tout juste de s'allumer.


Il écouta attentivement les conseils de l'ingénieur qui lui expliquait par le menu tout ce qui était réalisable dans le cadre de sa mission, à savoir qu'il avait tout accès pour user des systèmes de surveillance et d'écoute mais qu'en aucun cas, il n'était autorisé à outrepasser ces autorisations restrictives.

Depuis que la menace terroriste s'était accentuée, certains édifices sensibles bénéficiaient d'une protection rapprochée et un véritable réseau parallèle s'étaient développé pour garantir une réponse optimale en cas de problème.

Ainsi, il avait été convenu que des passerelles informatiques sécurisées permettraient à la D.S.T., dans le strict cadre d'opérations de sûreté, de se connecter à distance à tous les circuits internes des lieux sensibles et la Tour Empereur en faisait partie.

Il allait dont être un véritable jeu d'enfant de se propulser dans les réseaux de la Tour et d'avoir une image en temps réel et parfaite de ce qui s'y tramait.

Partout où l'informatique et l'électronique se situaient, Plissier  s'insinuerait.

Pour l'heure, il voulait avoir une vision de la cabine d'ascenseur et des occupants afin de se familiariser de visu avec les protagonistes et en savoir plus sur chacun.

Qui savait si la clé de cette affaire ne résidait pas au plus profond de l'un d'eux ?

L'ingénieur pianotait avec vélocité sur le clavier de l'ordinateur situé devant Plissier, s'identifiant une multitude de fois, réclamant des autorisations de connexions ce qui requérait des codes plus complexes les uns que les autres composés de successions de signes apparemment sans queue ni tête.

Le Lieutenant observait l'homme absorbé par sa tâche, le visage éclairé par le défilement des différentes séquences sur le moniteur 19 pouces.

Enfin, il appuya triomphalement sur la touche « entrée » du clavier et un sourire de contentement se dessina sur son visage.

Instantanément, l'écran de moniteur se divisa en deux parties bien distinctes.

Sur la partie gauche, Plissier reconnu le poste de sécurité de la Tour Empereur tel qu'il avait déjà eu l'occasion de le voir lors d'une visite sur place.

Sur la partie droite de l'écran, il distingua plusieurs personnes dont l'une était assise à même le sol.  Rapidement, il dénombra deux femmes et quatre hommes.

Il ressenti un pincement au cœur en réalisant qu'il venait de prendre contact pour la première fois avec l'intérieur de la cabine et avec les passagers de celle-ci. C'était un sentiment étrange puisque ceux-ci ne pouvaient avoir conscience qu'il les observait à leur insu. Il se sentait dans la peau d'une sorte de voyeur, un peu comme s'il violait leur intimité et il trouva cela particulièrement désagréable.

L'ingénieur lui tendit un casque-micro et enfonça la fiche dans une petite console portative qui s'avéra être un routeur  téléphonique. Ainsi, il lui suffirait de sélectionner un canal différent et facilement programmable pour se retrouver instantanément en communication avec les interlocuteurs de son choix.

De même, avec les touches de défilement du clavier, il avait accès à sa guise à l'ensemble des caméras de surveillance de la Tour Empereur.

C'était grisant mais dérangeant de se retrouver dans la peau d'une sorte de dieu omniscient, infiltré dans les moindres faits et gestes de ses ouailles, il ne lui manquait plus que le don de lire dans les pensées pour exercer un contrôle absolu.

L'ingénieur se chargea de lui remettre involontairement les idées en place en lui rappelant que tout au long de sa présence au bunker il serait sous surveillance constante et qu'une véritable boite noire se chargeait de conserver des traces irréfutables  et exploitables en cas de manquement quel qu'il soit. Enfin, il l'informa que ses collègues et lui-même se tenaient à disposition du Lieutenant pour l'assister dans la moindre demande à caractère technique.

Plissier remercia chaleureusement l'ingénieur, secrètement soulagé lorsque celui-ci fini par s'éloigner. Passait encore d'être sous surveillance constante mais être chaperonné par ce simili Bill Gates l'horripilait sérieusement.

Il ajusta le casque-micro et toussa discrètement pour s'éclaircir la voix. Sa gorge était sèche, la salle bénéficiait d'un environnement climatisé pour préserver les machines qui ne saurait supporter des variations de température et encore moins un taux trop élevé d'humidité, du moins, voulait-il se convaincre que c'était la seule cause de son inconfort.

Il tendit un doigt hésitant vers le routeur téléphonique et y programma le numéro d'appel du poste de sécurité de la Tour Empereur.

C'était irrémédiablement parti, la machine se mettait en route et Plissier n'avait plus qu'à suivre les événements avec l'esprit le plus clair possible pour surnager dans ce marasme.

Sur l'écran du moniteur, il vit distinctement une personne se diriger vers un téléphone et décrocher le combiné.


«  - Allo ? Agent Gonnet de l'équipe de déminage, j'écoute ?

-          Lieutenant Plissier de la D.S.T., j'agis par délégation du Commissaire qui m'a confié la gestion des événements.

-          Oui Lieutenant, le Commissaire nous a prévenu que vous prendriez contact avec nous.

-          Pouvez-vous me faire un rapide exposé de la situation et du déroulement des opérations en cours ?


La jeune femme s'adossa à une table et tourna inconsciemment son visage vers la caméra de surveillance ce qui offrit tout loisir au Lieutenant de l'observer.

Elle arborait un charmant minois de toute jeune trentenaire mais en cet instant, sa physionomie était soucieuse, son visage marqué par la tension.  Elle sembla puiser au fond d'elle-même pour apporter une réponse des plus claires :


« - Notre équipe est actuellement à pied d'œuvre avec un technicien ascensoriste. Les lieux rendent notre progression très difficile, nous avons du mal à localiser précisément où se situent le ou les explosifs dans la gaine. Nous ne pourrons utiliser notre robot de déminage, il est absolument impossible de le faire circuler sur un plan vertical. Nous serons contraints de descendre dans la gaine et d'œuvrer du mieux possible, manuellement et dans la pénombre. Lieutenant, je ne vous cacherai pas que nous nous retrouvons devant une situation très délicate et assez inhabituelle.


La jeune femme repris son souffle et acheva :


-          Nous utilisons une caméra de type endoscope pour analyser le terrain, nous nous méfions de ce que nous pourrions trouver sur notre chemin.

-          Bien, je comprends tout à fait votre position... »


Plissier demeura pensif un instant.

Décidément, rien ne tournait rond dans cette histoire.


«  - Ne prenez aucun risque avec votre équipe. Prévenez-moi dès que vous aurez du nouveau, je veux connaître tous les détails. Et demandez au Responsable de la Sécurité de confier les bandes d'enregistrement de surveillance vidéo de la journée à un des agents pour qu'il me les amène de suite. Je vais mettre quelqu'un sur leur visionnage, peut-être découvrirons-nous rapidement qui a commis un tel acte.


-          Bien, Lieutenant, ce sera fait.

-          Qu'en est-il du périmètre de sécurité ?

-          Nous avons fait procéder à l'évacuation totale de la Tour et un large périmètre a été instauré autour du parvis.

-          Bien, c'est parfait.

-          Lieutenant ?

-          Oui ?

-          On m'a laissée le numéro de portable d'un des passagers de la cabine, j'ai pensé que vous pourriez en avoir besoin ?

-          Oui, bonne initiative, donnez le moi, je vais le noter... »


Plissier saisit une feuille blanche sur le bureau à côté de lui et griffonna,  d'une écriture nerveuse, les chiffres énumérés par son interlocutrice.

Puis, il raccrocha non sans avoir rappelé à l'Agent Gonnet de le tenir informer des moindres péripéties de l'opération de déminage. Sur l'écran du moniteur, il la vit raccroché le combiné et s'éloigner du bureau. Un agent flanqué du Responsable du poste de sécurité  la rejoignit et les deux hommes s'entretinrent brièvement avec elle avant de s'installer devant une console de surveillance et d'en extraire une bande vidéo.

Au moins, le service de la D.S.T. aurait sous peu quelques éléments à se mettre sous la dent. Il n'y avait rien de pire que le moment ou une enquête démarrait et où les indices faisaient cruellement défaut, les nerfs étaient soumis à rudes épreuves par la vacuité de la situation et c'était un sentiment intolérable surtout lorsque des vies humaines étaient en jeu...


A SUIVRE...

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Sandrine Virbel

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