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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

COMPTE A REBOURS (9ème partie)

De son moniteur, Plissier avait assisté à l'altercation dans la cabine. Les choses s'annonçaient bien mal si les occupants commençaient à céder à l'énervement et à l'agressivité mais il voyait difficilement comment intervenir efficacement sans éveiller les soupçons et créer une panique qui ne pourrait que s'avérer préjudiciable à tous.

Il composa le numéro de portable que lui avait communiqué l'Agent Gonnet et l'enregistra sur le boîtier du routeur téléphonique. Dans son casque, il perçu le léger grésillement qui annonçait la mise en communication puis, après un déclic, il entendit un douloureux souffle émanant de son interlocuteur.


« - Allo ? »

Plissier conçut un malaise en entendant la voix de l'homme qu'il observait secrètement sur son moniteur et à qui il allait devoir mentir. Son objectif était d'établir un contact, de calmer les esprits sans  découvrir sa véritable identité. Il allait être contraint à jouer serré sinon, il ferait plus de mal que de bien...


« - Allo ? »

Le Lieutenant ouvrit la bouche mais aucun sons ne put en sortir, il cherchait ses mots, se maudissant intérieurement de ne pas avoir su patienter un instant pour réfléchir aux paroles qu'il devait maintenant prononcer.


« - Allo ? 

- Bonsoir, ici la société ... de maintenance des ascenseurs...

   Misère, c'est quoi le nom de cette foutue compagnie, déjà ?

    - Oh, ça y est ? C'est réparé ?

La voix de Josselin dénotait une véritable supplique. Plissier se mordit la lèvre inférieure avant de se résoudre à répondre.


-          Pas tout à fait, une pièce manquante du moteur... vient tout juste d'arriver... nous allons devoir vous demander encore un peu de patience... tout va bien pour vous ?

-          Hormis que nous sommes bloqués depuis plus de deux heures, vous pouvez dire que tout va bien ! s'écria Josselin, exaspéré.

-          Oui, Monsieur, je comprends, je vous assure que nous faisons notre possible.


Un long soupir répondit à la dernière phrase de Plissier. Ça prenait, son interlocuteur semblait marcher à fond et le considérer comme un employé de Hildebrand Services. Il observait à loisir les passagers de la cabine, s'imprégnant de chaque personne, cherchant à graver les comportements dans son esprit ce qui ne manquerait pas de lui être d'un grand secours dans la suite de l'enquête.

Plissier quitta Josselin non sans l'avoir rassuré sur le suivi des réparations et sur la libération des passagers captifs qui ne tarderait pas à survenir. Il n'aimait pas mentir de cette façon mais c'était bien la seule façon de calmer les esprits et d'éviter une explosion de violence comme celle qui s'était déroulée sous ses yeux quelque instant auparavant. Qu'adviendrait-il si un des passagers se retrouvait gravement blessé ou indisposé avant même la réouverture des portes ?

A court terme, aucune évacuation ne serait envisageable.

De toute façon, ces personnes ne se retrouveraient pas libres avant un bon moment. Outre le temps nécessaire à leur sortie de la cabine, il fallait compter avec le minutieux interrogatoire qu'elles devraient subir afin de vérifier qui elles étaient, ce qu'elles avaient pu remarqué d'anormal et si, plus simplement, elles n'avaient pas de points communs avec cet acte terroriste que ce soit de près ou de loin...

Cet acte de terrorisme était éminemment grave et remettrait en cause le sentiment de sécurité nationale qu'avait pu instauré l'Etat dans le cœur des citoyens. L'attaque de la Tour Empereur changeait la donne et éclairerait d'un jour défavorable ce criant manquement à l'intégrité du pays. Jusque là relativement peu inquiétée, la Nation se tenait soudainement dans la ligne de mire d'un esprit déséquilibré qui n'hésitait pas à mêler des vies innocentes à son entreprise de mort. Et c'était contre cela que Plissier et ses collègues luttaient sans relâche, contre cette mort absurde et aveugle, assénée aux noms d'idéaux fallacieux ou extrémistes.

Le Lieutenant prenait des notes sur ce qu'il apercevait de son moniteur, tentant de saisir des détails, inquiet à l'idée qu'il pouvait passer à côté d'un élément important qui pourrait se muer en indice appréciable. Absorbé dans son travail, il n'entendit pas un ingénieur s'approcher de lui et sursauta lorsque celui-ci lui tendit un combiné téléphonique.


« - C'est pour vous, Lieutenant, ça vient de votre service ! ».


Plissier regarda l'ingénieur s'éloigner et, ôtant son casque-micro, il plaqua le combiné à son oreille.


« - Lieutenant Plissier, j'écoute ?

             - Stéphane ?

Décontenancé, il reconnut la voix de Marie, sa femme. Un rapide coup d'œil à sa montre lui révéla le pourquoi de l'appel de son épouse. Il était 20H30 passées, il était plus qu'en retard et, prit dans le tourbillon des événements, il avait totalement omis de la contacter pour s'excuser. Il passa la main dans ses cheveux, geste quasi systématique lorsqu'il se retrouvait en faute et qu'il en était pleinement conscient.


-          Stéphane ? Ne me dis pas que tu es encore occupé à ton bureau ? Nous t'attendons pour partir, tu devais m'appeler pour qu'on se retrouve à l'extérieur. Les garçons n'en peuvent plus de patienter.

-          Je sais, Marie, je suis désolé, je suis retenu ici.


Plissier, confus, se sentait rougir sous l'œil inquisiteur de la caméra qui était toujours pointée sur lui.

-          Quand seras-tu là ? Il faut se dépêcher si on veut profiter de la soirée.

-          Marie... Bon dieu, comment lui dire ça ? Je ne sais pas... si ça va être possible.

-          Que veux-tu dire ?


Le ton de Marie s'était durci, Plissier n'aimait pas cela du tout. Il allait lui faire du mal et, pire que tout, il allait briser le cœur de ses fils.


-          Marie, je suis désolé, je ne peux pas me libérer.


Il entendit en fond sonore les cris de désappointement des garçons qui exprimaient leur extrême déception. Son cœur se serra.


-          Stéphane ? Tu plaisantes ? Tu nous avais promis ! Tu avais promis aux garçons qui se faisaient une joie de passer une soirée avec nous, surtout avec toi !

-          Marie, je t'en prie, je ne peux pas ! Je ne peux pas t'en dire plus mais on a besoin de moi ici et je t'assure que c'est de la plus haute importance !

-          Arrête, qu'est ce qui est plus important que la promesse que tu avais faite à tes enfants ? Tu crois peut-être que nous n'avons pas besoin de toi ici ?

-          Marie, je t'en supplie...

-          Tu crois que je n'ai pas besoin de toi ? Que les garçons n'ont pas besoin de toi ?

-          Moi aussi, j'ai besoin de vous, j'aimerai être avec vous ce soir mais je t'assure que ce n'est absolument pas possible. Tu sais très bien que mon métier ne me permet pas d'être toujours aussi libre que tu le voudrais... et je suis dans un cas qui requiert que je sois disponible. Je suis désolé... je parlerai aux garçons... Marie ? Tu es là ?


Un long silence lui répondit puis Marie murmura :

-          Je savais qu'épouser un Lieutenant de Police ne serait pas de tout repos. Je connaissais les sacrifices...mais je regrette que les garçons doivent aussi sacrifier leur père à sa carrière.

-          Je t'assure que nous passerons bientôt une soirée tous ensemble, j'emmènerai les garçons faire ce qu'il leur plaira. Je le promets !

-          Stéphane, arrête de t'engager avec les garçons quand tu sais très bien que tu ne pourras pas tenir ta promesse. Tu leur fais trop de mal. »


Plissier sentait sa gorge se nouer de plus en plus en entendant les propos de Marie, il ne pouvait que  convenir qu'elle avait raison et cela le mettait au supplice.


« - Je rentre le plus vite possible, embrasse les garçons pour moi. Marie ?

-          Oui, Stéphane ?

-          Je t'aime. Et toi ?


La réponse se faisait attendre et Marie lui appliquait la pire des tortures qu'elle était capable d'inventer.  


-          Bien sûr, espèce d'idiot, je t'aime malgré tout... »


Rassuré, Plissier interrompit sa communication à contre coeur.

Qu'il était difficile d'être un mari attentif, un père présent et un flic efficace à la fois et de faire les bon choix pour ne pas sacrifier une des facettes de son existence. Il espérait, du plus profond de son cœur, que les garçons lui pardonneraient ce faux bond, et qu'il trouverait le moyen de s'amender auprès de sa famille. Car, bien plus que son métier, qui, bien que le passionnant, s'avérait parfois porteur de cinglantes désillusions, sa famille était tout pour lui. Marie partageait sa route depuis une quinzaine d'année maintenant, petit bout de femme vaillante, obstinée et admirable, toujours à ses côtés. Elle lui avait donnée les deux garçons et conjuguait leur éducation avec sa propre vie professionnelle, par trop souvent contrainte de suppléer au manque de disponibilité de leur père. Mais les petits grandissaient, ils ne tarderaient pas à avoir besoin d'une figure paternelle bien présente pour les guider et les accompagner sur le long chemin tortueux qui ferait d'eux des hommes.

Le Lieutenant replaça son casque-micro, la parenthèse privée devait maintenant se refermer et il fallait qu'il se concentre de nouveau sur sa mission sans faiblir.

Sur l'écran de son moniteur, il vit les passagers de la cabine qui s'asseyaient à même le sol de la cabine. A priori, ils avaient pris le parti de s'accommoder de la situation et s'installaient confortablement pour passer au mieux le temps de leur réclusion imprévue. Seul un homme, qui arborait un attaché-case, semblait peu enclin à rejoindre ses camarades. Mais, au bout d'un court instant, il du ressentir plus de désagrément à se singulariser en ne suivant pas l'exemple des autres et entreprit de s'asseoir également. Ses gestes étaient raides et emprunts de gène d'autant plus qu'il se tenait fort roide dans son loden.

Pas un gars à rigoler, celui-là... songea Plissier, plutôt amusé.



A SUIVRE...

 

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Sandrine Virbel

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