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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

De l’autre côté du miroir (2ème partie)

De l'autre côté, il y avait un autre univers.

Ce monde impossible était baigné de tons jaunes orangés, chauds et flamboyants.

Tout me semblait familier mais tout exhalait la différence de cette autre dimension. Mon esprit contemplait un paysage fait de collines, d'arbres et de fleurs, une rivière aux couleurs d'automne serpentait mais j'avais la troublante sensation que ce monde était inversé.

Après tout, c'était l'autre côté du miroir.

Je passai le cadre du miroir avec précaution, enjambant les montants et je constatai avec soulagement que je foulais un sol comparable à celui que je connaissais dans mon monde. Je détaillais mes mains, mes vêtements, ils détonnaient au milieu des teintes orangées de cette dimension, ayant conservés leurs teintes habituelles.

J'apparaissais singulièrement différent, profondément ambassadeur de l'autre dimension que je ne pouvais qualifier de « normale » puisqu'à cet instant précis je me posais la question de la prédominance d'une dimension sur l'autre. Si le miroir était une porte, comment définir de quel côté se situait la réalité ?  Etais-je soudainement en prise avec le monde réel, ayant vécu jusqu'à présent dans un reflet ou était-ce l'inverse ?

Je fus pris de vertige et je m'adossai à un arbre marron feu pour recouvrer mes esprits. L'écorce sous mes doigts était sensible, elle pulsait, elle diffusait une douce chaleur qui m'engourdit quelque peu. Je m'arrachai à la douce torpeur, je ne voulais pas prendre le risque de sombrer dans une somnolence risquée dans ce monde inconnu, peut-être faussement empreint de sécurité. Il me fallait rester sur mes gardes.

A ma gauche, je perçu un bruissement d'ailes. Ce monde était donc peuplé, un oiseau jaune s'envolait à mon approche, ses plumes lançant des flammèches irisées.

Se pouvait-il que je rencontre un être comme moi ? Un être humain avec lequel engager une conversation intelligible ?

Soudain, je compris pourquoi je me sentais méfiant envers ce monde, perturbé dans mes perceptions... aucun son n'existait ! L'oiseau s'était envolé dans le plus parfait silence, le vent ne faisait pas bruire les feuilles des arbres, la rivière n'émettait aucun chant de l'eau...

Subitement étreint par la peur et l'angoisse, je claquai des doigts, j'ouvrai la bouche... en vain ! Dans cette dimension, j'étais condamné au mutisme le plus absolu !

Egaré, je tournai en rond sur moi-même et tombai nez à nez avec ce que je n'espérai plus. Devant moi, se tenait un être semblable à moi-même.

Un petit garçon aux cheveux roux et au visage lunaire me fixait de ses yeux jaunes.

Je tentai de lui parler et me ravisai, il allait falloir trouver un autre moyen de communiquer. Le petit garçon continuait à me regarder intensément puis, ses lèvres découvrir une jolie rangée de petites dents. Il me sourit franchement, amicalement et sa petite main s'approcha de moi timidement. Ses doigts rencontrèrent les miens, il pelotonna sa petite menotte dans  ma main, puis, il me fit un léger signe de la tête, m'invitant à le suivre.

N'ayant pas d'autres alternatives que de lui faire confiance et le laisser me guider, je lui emboîtai le pas. Que risquais-je avec un enfant ?

Il s'approcha d'un arbuste et cueillit une sorte de fruit mordoré qu'il me tendit. Il se tenait en face de moi, croquant dans un fruit au même moment que moi, double parfait de mes gestes. Je fus décontenancé par ce reflet inattendu.

Le petit garçon me sourit à nouveau, découvrant ses petites perles étincelantes. Il lâcha ma main et parti en courant en direction d'une clairière où de longues herbes cuivrées s'agitaient sous l'effet d'une brise silencieuse. Je suivais l'enfant tant bien que mal qui se jeta dans les herbes et se mit à rouler sur lui-même, ivre de joie. Il voulait manifestement que je partage ses jeux et je me pliai à cette douce régression enfantine.

Il ne semblait pas y avoir d'autres humains dans les parages, je n'apercevais personne aussi loin que mon regard pouvait porter. D'où pouvait-il bien sortir ? Il avait forcément des parents, une famille, des amis...

Après une bonne heure de jeux divers, mon compagnon s'adossa à une souche d'arbre et sombra dans un profond sommeil.


Après un rapide tour d'horizon, je constatai que j'étais très proche du cadre du miroir qui attendait, suspendu dans l'éther. Depuis combien de temps étais-je dans cette dimension ? Je tentai de réveiller le petit garçon pour lui expliquer que je devais repartir mais ce fut peine perdue. Il dormait si profondément qu'on aurait pu le croire mort si ce n'était sa poitrine soulevée par sa respiration profonde.

Je repassai au travers du miroir, enjambant le cadre en sens inverse.

Il faisait nuit dans ma chambre et je constatai, en consultant l'heure sur mon radio réveil que j'avais exploré l'autre dimension  pendant deux heures.

La surface du miroir avait repris son calme habituel, nul n'aurait pu s'apercevoir que derrière ce tain abîmé par les ans se cachait la porte qui menait de l'autre côté du miroir.

Troublé, je recouvrai le cadre de sa couverture protectrice et je ne tardai pas à sombrer dans un lourd sommeil sans rêves.

Le lendemain soir et les trois autres soirées suivantes, je refranchis la porte de l'autre dimension et continuai l'exploration avec mon compagnon lunaire qui m'attendait patiemment, toujours devant le même arbre pulsatile.

Je finis même par m'habituer à ce monde de silence.

Le chatoiement des teintes orangées saturait mes sens et comblait le manque de son. Le moindre bruit m'aurait finalement paru incongru, comme s'il avait dénaturé l'étrange beauté de ce lieu singulier.

Mon jeune guide m'entraina dans les collines recouvertes d'herbes folles où il s'amusait à rouler sur lui-même, à dévaler jusqu'à en perdre haleine.

Il me montra les oiseaux, les insectes, les animaux qui peuplaient ces lieux et qui tous avaient la particularité d'arborer les teintes jaunes orangées caractéristiques de ce monde.

Même la rivière semblait un paisible chemin de lave inoffensive où évoluaient des poissons rougeoyants pourvus de longs voiles démesurés.

Toutes les créatures étaient à l'image de mon jeune camarade : pacifiques, dénuées de toute méfiance envers moi mais donnant toute la sensation qu'elles n'étaient qu'un double fantasmagorique.

De même, je constatai qu'il n'existait que le jour dans ce monde, en effet, je n'ai jamais pu constater le fléchissement de la luminosité annonciatrice des heures qui passent. J'en concluais qu'un temps unique régissait cet endroit.

Je passai ainsi toutes mes soirées dans cet ailleurs, mes journées s'étirant avec langueur tant j'éprouvais le besoin impérieux de rejoindre l'autre univers.



A SUIVRE...

De l'autre coté du miroir (conte, 2008)

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Patrick 19/11/2008 14:44

Cette deuxième partie tient toutes ses promesses : oscillant entre poésie, angoisse, douceur, sensibilité, ton écriture et ton style rendent à merveille le mystère et la beauté du monde, avec des images colorées et des sensations à fleur de peau. Imagination et nostalgie de l'enfance se mêlent avec intelligence et finesse, baignées par une angoisse sourde, une inquiétante douleur.
Tu utilises le thème du miroir et te l'appropries pour dire ton univers, ton intériorité.
Je m'inscris à ta newsletter pour ne rien manquer de ton blog et enrage de devoir patienter (sourires) pour devoir lire la suite de "de l'autre côté du miroir"...je rajoute également le lien vers ton site sur mon blog.
Amicalement,
merci pour cette belle découverte,
PAT

Sandy458 19/11/2008 23:32


"..." = je ne sais encore pas quoi dire.
Incroyable, j'ai l'impression que tu lis dans ma pensée avec ton commentaire reflétant si bien ce que j'ai voulu mettre dans ce récit!
Je crois que je suis restée très focalisée sur ce moment délicat du passage enfance/âge adulte et tout son corollaire de perte d'innocence, perte de rêve et de capacité à inventer sa vie bref tout
ce qu'on doit laisser derrière soi parfois avec grand regret et difficulté.
Je suis également abonnée à tes articles, plus facile pour ne rien louper!
Bonne soirée!