Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

BABEL (3ème partie)

En soupirant, je décachetai l'enveloppe et en sortis une feuille pliée en quatre.

 

« Mon cher ami,

 

J'espère que vous excuserez cette façon fort peu correcte de vous recevoir.

Malheureusement, mon secrétaire est souffrant et je suis contraint de m'absenter pour une course urgente que je ne pouvais différer.

Entrez donc, gagnez la porte à votre droite et installez-vous dans mon cabinet de travail. Vous y trouverez matière à réflexion dans les rayons de ma bibliothèque et vous pourrez ainsi commencer à nourrir votre travail de mes ressources personnelles.

Je serai le plus prompt possible à vous rejoindre, soyez-en assuré.

 

Votre dévoué,

 

Professeur Philippe Roméro 

 

Post Scriptum : n'oubliez pas fermer la porte derrière vous. »

 

Quel drôle de bonhomme !

Il n'hésitait pas à me laisser l'accès à sa maison, à moi, un parfait inconnu !

 

Après une seconde d'hésitation sur le seuil, je me décidai enfin à pénétrer dans l'appartement. Je refermai la lourde porte ainsi que le professeur me l'avait demandé et demeurai un instant sur place, soudainement intimidé.

J'étais dans la tanière du vieux renard, l'endroit qu'il ne quittait plus depuis 5 ans... d'un coup d'œil circulaire, je constatai que ce lieu n'avait rien d'insolite. Il était cossu, relativement chaleureux mais il était évident que quelque chose d'autre, de spéciale était à l'origine de la vie ascétique du Professeur Roméro. Je ne savais pas si j'allais réussir à comprendre cet homme ni même à établir une relation avec lui en dehors du strict sujet de ma thèse mais l'occasion de l'approcher était déjà inespéré.

 

Je passais la porte du cabinet de travail qui s'ouvrit avec un petit grincement de gond fatigué.

La pièce était sombre et sentait le vieux papier et l'encre.

A tâtons, je trouvais un interrupteur et une lumière tamisée éclaira l'endroit.

C'était étonnant.

La pièce, haute de plafond, était intégralement tapissée de rayonnages alourdis par une quantité astronomique d'ouvrages... certains étaient empilés au sol, d'autres encombraient un modeste bureau en bois sombre, le mobilier était des plus classiques.

Une chaise rembourrée mais manifestement fatiguée complétait l'ameublement de la pièce.

Pas d'ordinateur, un stylo plume à réservoir posé sur le plateau du bureau et rien que des livres, des livres à n'en plus finir.

 

Je m'installai derrière le bureau et commençai à étaler mes notes, autant mettre à profit le temps que je passerai dans ce lieu en travaillant d'entrée de jeu.

Poussé par la curiosité, j'ouvris le tiroir du bureau et en sortis un gros album photo que je feuilletai.

Il contenait des coupures de journaux, de revues spécialisées ou grand public. Ces articles soigneusement classés par date faisaient état des publications du Professeur Roméro, de ses interviews mais aussi de l'avancée des travaux de ses confrères.

De nombreuses photos émaillaient les écrits et je pouvais y reconnaître le professeur aux côtés de sommités du monde intellectuel. Curieusement, l'album ne contenait aucun article ou photo postérieurs à sa claustration volontaire.

 

En 5 ans, il ne pouvait être foncièrement différent de ce que je constatai sur les clichés. Ils affichaient tous l'image d'un homme d'une cinquantaine d'années, le regard perçant où pointait une touche de malice, arborant une barbe poivre et sel impeccablement taillée.

 

Après avoir remis l'album à sa place, je me levai pour explorer les rayonnages de la bibliothèque. Je fus impressionné par ce que je découvris.

Des ouvrages plus remarquables les uns que les autres constituaient les ressources privées du Professeur Roméro, il avait du amasser ces trésors au fils des années et de ses sujets de recherche.

 

Je sélectionnais quelques livres m'intéressant plus particulièrement et me mis au travail. J'avais devant moi la matière pour  remanier les 50 dernières pages de ma thèse et satisfaire mon directeur...

 

J'avalai lignes après lignes, complétai mes notes, raturai, modifiai des pans entiers de mon texte, totalement absorbé par mon travail.

Je me sentais bien dans cette pièce sans fenêtre, tout juste éclairée par la faible lumière tamisée, dans la compagnie de ces livres d'exception...

 

Le temps passa sans que je m'en rende compte, j'avais tendance à perdre toute notion lorsque je travaillais, le sujet me possédait, me rendait esclave, c'était plus fort que moi.

La nuque endolorie d'être resté si longtemps penché sur mes feuillets, je m'étirai en baillant profondément. Mes yeux piquaient, j'étais épuisé et je m'endormi, la tête posée sur mes bras repliés.

 

Une sensation de froid et un léger bruit de porte qui claque me tirèrent de mon sommeil.

En un instant, je fus sur mes pieds, je n'avais pas envie que mon hôte me trouve avachi à sa table!

 

En deux pas, j'atteignis la porte du cabinet de travail et je pesai sur la poignée.

A mon grand étonnement, elle me résista.

 

Je réitérai mon geste sans plus de succès. Je secouai alors la porte de toutes mes forces, peine perdue.

 

Je collai l'oreille contre le bois et fouillai le silence avec minutie...

 

Il n'y avait aucun bruit, je devais être seul dans l'appartement.

Mais alors, comment expliquer que cette porte se soit coincée ?

 

Inquiet, je tambourinai de toutes mes forces en appelant à pleine voix pour qu'on me remarque.

 

Le bruit caractéristique d'une clé tournant dans la serrure répondit à mes bruyants appels.

 

Je me reculai légèrement tandis que la porte s'ouvrit...une langue de froid envahie la pièce où je me trouvais.

 

Par l'entrebâillement, je ne voyais que l'obscurité...

 

Rassemblant mon courage, je m'enfonçais dans les ténèbres.

La fraicheur me fit frissonner.

 

 

A SUIVRE ...

BABEL (récit, 2008)

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
Voir le profil de Sandrine Virbel sur le portail Overblog

Commenter cet article