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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

BABEL (5ème partie)

Un bruit me sortit de mes réflexions. On aurait dit une sorte de grattement, il provenait de ma gauche et semblait parvenir du passage vers une autre pièce.

 

« Professeur Roméro ? » appelais-je...

 

Je laissais les ouvrages à regret et je franchis l'ouverture du mur. Des marches me permirent de descendre à l'étage inférieur d'où le bruit me parvenait toujours.

 

Allais-je enfin rencontrer âme qui vive dans ce dédale et obtenir des réponses aux questions qui se bousculaient dans mon cerveau ?

 

La salle dans laquelle j'arrivais était en tout point semblable aux autres si bien que je cru un instant être déjà passé par là.

 

L'inquiétude enserrait ma poitrine, une impression indéfinissable faite de malaise et de perte de repère me submergea. J'étais non seulement égaré dans ce labyrinthe mais je sentais également que je faiblissais psychiquement.

 

Avant de franchir l'ouverture située à ma droite, je jetais un coup œil au livre situé sur la dernière rangée de la bibliothèque situé à hauteur de mes yeux : « Les Quinze livres des Eléments Géométriques d'Euclide », dans la version originale de 1632.

 

J'allais en avoir le cœur net.

 

Comme je m'y attendais, je me retrouvais dans le même type de pièce, sous le même lustre.

Mon front était couvert d'une sueur glacée mais tout mon corps était brûlant, je savais déjà ce que j'allais découvrir sur la dernière rangée de la bibliothèque mais je voulais encore me laisser l'illusion...

 

« Les Quinze livres des Eléments Géométriques d'Euclide » était posé au même endroit que dans la pièce précédente...

 

Croyant progresser dans les niveaux de cette bibliothèque labyrinthique, je parcourais en fait le même espace qui se répétait encore et toujours...

Lorsque je gravissais un escalier, je descendais à un autre étage.

Lorsque j'empruntais l'ouverture de gauche dans le mur, j'arrivais en fait par la droite.

 

Je n'avançais pas dans la découverte de cet étrange endroit, je me perdais à l'infini dans un seul espace...

 

Une seule pièce différait, celle qui contenait le lustre monumental où j'avais feuilleté les livres qui n'existaient plus pour l'humanité.

 

Etait-ce là le cœur de la bibliothèque, la clé du labyrinthe ?

Je n'avais aucune idée de la façon dont je devais m'y prendre pour regagner cette salle... devais-je prendre la porte de gauche ? De droite ? Monter un escalier ? Descendre des marches ?

 

Plus je réfléchissais et plus mes pensées s'embrouillaient. J'étais dépassé, laminé par cette réalité incompréhensible et dans laquelle j'étais prisonnier.

 

Depuis combien de temps étais-je dans ce lieu ? Une heure ? Trois heures ? L'éternité ?

 

De nouveau, je perçu le grattement que j'avais précédemment entendu mais le son était plus net,  comme un craquement qui se prolongeait.

 

Quelque chose ou quelqu'un était nécessairement à l'origine de ce bruit et je tendis l'oreille pour discerner d'où il provenait.

 

Je décidais de remonter ce fil d'Ariane sonore, empruntant les salles de bibliothèque, passant sous un nombre incalculable de lustres, voyant défiler devant mes yeux fatigués une myriade d'ouvrages qui me narguaient sagement alignés sur leurs rayonnages.

Je pris des escaliers, tour à tour ascendants puis descendants et plus je cheminais dans le dédale et plus je pressentais que je me rapprochais de mon objectif inconnu : le cœur du labyrinthe, la réponse à toutes les questions.

 

Dans un moment d'inattention, je trébuchai dans un escalier et ratai une marche.

Trop exténué pour récupérer mon équilibre je m'étalai de tout mon long et finis ma descente en roulant sur le sol dur.

 

Sonné, je me mis debout tant bien que mal non sans vérifier que je n'avais pas de blessures apparentes.

 

Le vent frais qui m'avait déjà surpris dans le hall d'entrée m'enveloppa et me poussa légèrement en avant.

 

Je restai saisi sur place.

J'étais parvenu à la grande salle, centre présumé de la bibliothèque.

 

J'avançai vers le centre de la pièce, fixant des yeux le lustre gigantesque qui diffusait une lumière tremblotante.

 

Ce que j'avais pris auparavant pour un plafond de grande hauteur n'existait pas.

Le lustre flottait, suspendu dans les airs, au milieu d'un immense tunnel se perdant vers les cieux où je pouvais apercevoir tous les escaliers que j'avais emprunté dans ma quête éperdue.

 

Les blocs de marches pivotaient dans un léger craquement et se plaçaient au hasard, reliant les ouvertures des murs entre elles, sans aucun mécanisme apparent...

 

« Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ? »


A SUIVRE...

BABEL (récit, 2008)

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Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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