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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Sabbat, 2ème partie.

La sensation était étrange.

 

Mon corps s'éloignait du lieu de la cérémonie sans que je n'aie à esquisser le moindre geste.
J'étais porté par la mélopée païenne de la vielle sorcière, porté telle une plume consentante, soumis aux caprices d'une brise légère.

 

Je ne m'appartenais plus, je n'étais plus maître de moi-même mais je n'en concevais aucune angoisse.

 

Après la terreur que j'avais éprouvée lors de la cérémonie, je goûtais voluptueusement à cette non-permanence, cet effacement confinant à la dissolution.

 

La brise incantatoire me transporta dans son tourbillon ascendant jusqu'à la cime des arbres.

De ce point de vue insolite, je jouissais d'une vision étonnamment précise sur la vie nocturne du petit peuple des bois.

 

Là, sous la feuille, un scarabée  se reposait comptant sur son fragile rempart végétal pour le protéger des prédateurs. 

Le lapin, dans son terrier, dormait entouré de ses jeunes de l'année, songeant au lendemain où il lui faudrait une nouvelle fois échapper aux ruses du renard roux ou à celles des hommes.

 

Demain, demain au lever du soleil, vous reprendrez votre vie, petite faune diurne, remerciant la providence et votre instinct de survie de vous donner la chance de profiter d'une nouvelle journée de grâce.

 

Une journée de vie supplémentaire, à savourer, sans se soucier du lendemain.

 

Pour le moment, ses créatures sommeillaient dans mon royaume nocturne, un royaume silencieux et oppressant seulement troublé par le chuintement que j'émettais par intermittence.

 

Il me fallu un moment d'attention pour admettre que ce cri strident, rauque et répétitif  provenait bien de ma gorge.

 

Enfin, je m'enhardi à émettre mon long chuintement impressionnant celui qui faisait tressauter les hommes, celui qui transissait le cœur des vieilles gens croyant que les serres de la chouette effraie, la Dame Blanche,  arrivait pour se saisir de leurs âmes.

 

De mon disque facial blanchâtre jusqu'à la pointe de mes ailes longues et étroites où le vent glissait silencieusement, tout en moi renforçait la peur irraisonnée envers le rapace nocturne dans lequel j'étais subitement incarné.

 

Je m'élançai dans les airs, fantôme immaculé, surgi de nulle part, proférant son cri d'outre-tombe en défi à la bêtise de l'esprit humain.

 

Vous avez peur de moi et de mes semblables car vous ne nous connaissez pas alors, vous désirez plus que tout nous détruire, nous rayer de la Création.

 

C'est pour cela que vous nous capturez et vous nous clouez en croix sur le portail des granges : exorciser vos peurs ancestrales.

 

Mon long poitrail blanc parsemé de délicates tâches brunes frôlait les herbes de la clairière, s'enivrant de la terre qui défilait sous lui, toujours plus vite, toujours aussi silencieusement dans une parfaite communion avec mes puissants battements d'ailes.

 

La clairière et moi ne faisions plus qu'un.

J'étais les herbes folles et les arbustes.

Elle était moi, la Dame Blanche des cauchemars. 

 

Reprenant un peu d'altitude, mes yeux en forme d'amande contemplèrent la voute céleste, s'abimant dans une rêverie sans fin.

 

Orion... Chevelure de Bérénice...Cassiopée...attendez-moi !

 

 

 

« Il n'est pas de chez nous ! »

 

« Il n'est pas de chez nous ! »

 

Les cris stridents, jaillissant de toutes parts, m'encerclèrent d'une menace invisible mais palpable, saturant douloureusement mon ouïe surdéveloppée.



A SUIVRE... 

 



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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Virginie 15/01/2009 20:43

tu devrais faire un recueil de novelles et les envoyer à un éditeur
bises

Sandy458 15/01/2009 23:01



Bonsoir,
Je ne sais pas, j'écris surtout pour mon plaisir et pour partager avec les autres.
Je ferai un exemplaire unique pour mesz enfants
Bises!