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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Sabbat, 3ème partie

Un vol furtif sur ma gauche...un bruissement sur ma droite... puis une attaque fulgurante dans mon dos...ce fut tout ce que je pus percevoir avant d'essuyer une tempête de labourage de serres et de coups de becs acérés.

 


En plein cœur de la nuit du Sabbat, au-dessus de la cime des arbres, tout n'était plus qu'un tourbillon de plumes de rapaces nocturnes luttant dans un vacarme de hululements et de cris suraigus.  

 

« Il n'est pas de chez nous ! Il n'est pas de chez nous !  Tue ! Tue !»

 

Les exhortations au massacre enflaient de plus belle dans les gorges de mes assaillants, accourant toujours plus nombreux à la curée.

 

Quelle erreur avais-je commise ?

Quelle imprudence m'avait conduit à cette situation périlleuse qui menaçait à chaque instant de me faire succomber sous le nombre et la férocité de mes agresseurs ?

 

Insensé que j'avais été !

 

Comment avais-je pu avoir la folle impudence de penser que j'allais réussir à m'approcher de la vérité et me confronter aux forces ancestrales sans encourir le  courroux de ses défenseurs ?

 

Le coup asséné par une serre vengeresse scinda d'une déchirure sanglante, par le mitan, la blancheur de mon disque facial.

 

Il me fallait trouver de suite un moyen d'échapper aux tueurs ailés.

Plus je faiblissais, plus leurs agressions se faisaient ravageuses.

 

Plus mon plumage immaculé se teintait de zébrures et d'impacts, plus la vue et l'odeur du sang excitaient mes tortionnaires.

 

 

Alors, je fondis... je me liquéfiai.

 

Ma peau luisante et huileuse m'autorisa à sourdre d'entre les serres et à déformer mes chaires pour absorber les coups de poignards des becs crochus.

 

 

Mon long corps noir chuta dans les airs, sans opposer de résistance, clouant mes assaillants dans une stupeur emprunte de dépit.

 

L'un d'eux n'avait réussit qu'à m'arracher l'extrémité de la queue et semblait déjà aux prises avec mon samandarin.

 

Le poison est l'arme favorite des faibles et des désespérés et j'avais réussi, dans un sursaut de mon instinct de conservation à sécréter la neurotoxine qui protégeait ceux de mon espèce depuis le fond des âges.

 

Je n'avais aucune crainte à avoir pour l'extrémité sacrifiée dans la bataille, cette perte minime m'avait probablement sauvé la vie et je pouvais faire confiance à l'une de mes particularités : je possédais le pouvoir de régénérer des parties blessées ou perdues de mon corps.

 

Ma chute se termina dans une grande gerbe d'eau : je venais de plonger dans l'eau tranquille du ruisseau qui serpentait de part et d'autre de la clairière.

 

Au dessus des remous aquatiques causés par ma fuite, je pouvais observer, soulagé mais moqueur, les ombres des corps des rapaces qui caressaient encore l'espoir de se saisir de moi.

 

Créature nocturne, amphibie et parfaitement adaptée à mon milieu, je savais que  je pouvais compter sur le motif de lignes jaunes qui ornait mon dos pour signifier à tous :

 

Prenez garde à la salamandre tachetée !

 

Retenez vos gestes assassins sous peine de goûter à mon poison et à sa cuisante brûlure !

Même les Hommes ne s'y sont pas trompés, couards habituellement si prompts à écraser les créatures de la nuit, qui m'ont qualifiée dans leurs croyances populaires d'animal démoniaque doté de pouvoirs surnaturels. 


Non, je ne traverse pas plus le feu que je ne suis engendré par lui.


Cessez donc, dans votre ignorance, de me doter de symboliques négatives et de m'insulter par vos superstitions imbéciles !

 

De mes puissantes pattes, je brassais l'onde et je circulais souplement au milieu des pierres tapissant le fond du cours d'eau.

Il n'était pas très profond, aussi, je scrutais attentivement la surface où s'agitait encore mes poursuivants.

Pourquoi ne suivaient-ils pas la même transmutation que moi et ne repartaient-ils pas en chasse ?

Devais-je mon salut à l'impériosité de la poursuite du Sabbat avant que l'heure ne soit écoulée ?

 Avais-je pu compter, sans le savoir, sur une intervention protectrice ?

 

Bientôt, les présences ennemies se firent plus éparses jusqu'à disparaître totalement.

Je m'enhardis à rejoindre la surface, mes yeux noirs trouant l'obscurité. J'étais sur la défensive, prêt à regagner le lit du ruisseau à la première alerte ou à projeter mon venin de toute la force de mes glandes protectrices.

Les berges du ruisseau étaient désertes et silencieuses, je ne parvenais plus à distinguer les cris des rapaces.

Le chant des grillons leurs avait succédé et une douce félicité teintée de soulagement parcourut les lignes jaunes de mon corps.

Je m'étirais de contentement sur l'herbe fraîche puis je parcouru quelques mètres sous la clarté de la lune et la douce lumière émanant du dais composé par les étoiles.

Un nuage singulier et esseulé vint faire pâlir provisoirement cet enchantement nocturne et lorsqu'il s'éloigna, je campais avec force sur le sol humide mes membres terminés par des sabots.

Après avoir secoué mes bois en tous sens,  je poussais un long brame incongru auquel nul ne répondit.


La magie du Sabbat m'offrait une dernière incarnation dans la peau du Régent de la forêt : celle d'un 12 corps majestueux.

A SUIVRE...



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Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Virginie 30/01/2009 14:37

je suis toujours aussi stupéfaite avec quelle dextérité tu écris c'est comme si les mots glissaient sous ta plume
bises

Sandy458 30/01/2009 15:19


merci pour ton commentaire!
je ne fais qu'écrire le petit film mental que je "vois" .
Bonne journée,
Sandy