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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

L'Oeil (2ème partie-fin)

****

 

Je bondis sur mes pieds dans un sursaut, les sens comme électrisés.

Mes nerfs ne sont plus que des câbles enflammés reliant chaque membre à mon cerveau survolté.

J'écarquille les yeux même si les ténèbres me condamnent toujours à une cécité contrainte.

 

Mon ouïe ne me leurre pas, c'est bien le sifflement d'une respiration que je perçois à quelques centimètres sur ma droite.

 

Elle est saccadée, douloureuse,  l'être qui se trouve là est à bout de souffle.

Il exhale une forte odeur de peur et d'angoisse.

 

Je présume à la brusque suspension de ses signaux vitaux qu'il perçoit également ma présence et tente de se rendre indécelable.

 

Un léger bruissement m'indique qu'il s'éloigne discrètement de moi.

 

Il se méfie, c'est normal.

 

Moi aussi, au début de mon emprisonnement, je suis restée de longs moments aux aguets craignant une hypothétique mauvaise rencontre : après tout, je ne suis qu'une frêle femelle, pas très aguerrie pour assurer sa propre défense.

Fuite et prudence sont les meilleures garantes de ma survie.

 

Au fil du temps, j'ai compris que j'étais seule - et que je le resterai - et j'ai tenté de m'accommoder de cet état.

 

Anesthésie causée par la solitude et abandon total pour tout avenir.

Quel tableau peu reluisant !

 

 

L'être s'arrête un instant, il semble réfléchir, tourne sur lui-même puis il s'éloigne de la paroi contre laquelle il était adossé.

 

Bondissant comme un fauve, il se jette contre la surface qu'il tente de défoncer avec son épaule.

La rage et la frénésie s'emparent de lui, il gesticule, il frappe sans discernement et sans relâche.

 

Les parois vibrent sous ses coups désespérés.

Il me fait peur, il me terrorise, sa hargne se décuple à tel point que je crains qu'il ne s'en prenne à moi.

 

Alors, je hurle du plus fort que je le peux et ce cri me glace le sang.

C'est le premier son que j'entends depuis mon enfermement dans cette cellule.

 

Au moins, j'obtiens ce que je désire !

 

La crise de fureur de l'autre s'arrête nette, brisée dans son élan par ma réaction inattendue.

 

Vidée par l'intensité de mon hurlement, je m'appuie sur la paroi la plus proche, chancelante. Mon cœur résonne de coups sauvages et me donne le sentiment de s'arracher de ma poitrine.

 

Je sens que l'être s'approche, son pas est incertain... il hésite, il fait une pause...  il ne sait vraiment plus quelle contenance adopter face à moi.

 

Enfin, il s'enhardit, il tend une main vers moi et m'effleure l'épaule.

Il retire prestement ses doigts comme brûlés à mon contact.

 

Cet être est un mâle, la rugosité de son toucher l'a trahi.

 

Il reste figé à mes côtés, se posant mille questions sur ma présence en ce lieu, sur la sienne, sur ce qu'il convient de faire, comment s'échapper d'ici, pourquoi, comment, COMMENT ?

 

J'entends son corps glisser lentement sur le sol.

Il s'assied par terre, je fais de même laissant un léger espace entre nous.

 

La chaleur de sa présence est agréable, je lui souris même si je sais qu'il ne me voit pas mais je me sens si apaisée à son contact que c'est ma façon de le remercier.

 

Nous restons longtemps assis côte à côte, à écouter nos souffles, à sonder nos esprits, à accorder nos âmes.

Nos yeux aveugles se rencontrent dans l'obscurité et un lien indéfectible s'établit entre nous.

 

Je me blottis contre lui, il m'enveloppe de ses bras accueillant, il m'entoure d'une exquise quiétude.

 

Sa peau est délicieuse et si douce, c'est si bon de ne plus être seule et de partager un peu de chaleur dans cette immense noirceur glacée.

 

Alors, nous créons la vie dans l'obscurité.

 

...une petite flamme d'espoir qui éclaire fragilement nos ténèbres ...

 

 



 *****************************************************************

 



« Le gosse a recommencé, je lui avais dit pourtant de ne pas nous faire le même coup qu'aux dernières vacances.

 

- Il en a encore capturé?

 

- Oui, il les a cachés dans une boîte sous son lit, je l'ai trouvée cet après-midi.

 

- Il va falloir s'en débarrasser au plus tôt, l'année dernière, on avait été envahi.

 

- Je m'en souviens encore... c'est fou ce que ça se reproduit vite.

 

- Bon... je crois que je vais être bonne pour acheter une bombe d'humanicide, ce sera plus prudent...»

 

 



FIN

 

 

 

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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WILLB77 13/02/2009 06:53

bravo, ce changement de perspectives est captivant. Il s'agit peut-être d'une histoire vraie...
Qui nous dit que notre échelle de grandeur n'est la plus petite pour des êtres démesurés( tiens j'avais oublié le "s" entre le "e" et le "u" et ça donnait demeurés... étrange). Ne sommes-nous pas des jouets pour une intelligence supèrieure. D'ailleurs ne sommes-nous pas simplement des produits de cette imagination tellement évoluée que tous les détails apparaissent. La réalité est bien relative...

Sandy 13/02/2009 09:53



oui, "bienvenue" dans la matrice...
parfois, je me demande si nous ne sommes pas dans un gigantesque tube à essai.
J'ai deux mots à dire à l'expérimentateur d'ailleurs...

demesurés/demeurés... bien vu