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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Sur le Styx (2ème partie)

Le lendemain, lorsque que le soleil se leva, il y avait belle lurette que je faisais les cents pas en tergiversant chez nous. Enfin, chez moi.

 

Fallait-il se rendre à la police, raconter les évènements de la nuit et risquer de me faire passer pour un pauvre mec qui a complètement disjoncté ?

 

Je descendis boire un expresso accoudé au zinc du café du coin : j'avais besoin d'une bonne dose de caféine pour remettre mes idées au clair.

 

Je croisai mon reflet dans le grand miroir piqué qui ornait le mur derrière le percolateur. Vu la tête de déterré que je me payais ce matin, ce n'était même pas la peine de me pointer à mon bureau.  

 

Pas rasé, les yeux rougis du type qui n'avait pas dormi, aïe, aïe, pas bon du tout !

 

Et puis, j'en avais marre de voir les têtes apitoyées qui me toisaient chaque jour et j'en avais encore plus assez d'écouter les paroles condescendantes qu'on me servait avec un air entendu.

Et si on pouvait cesser de me taper dans le dos pour me remonter le moral, ça pouvait m'arranger.

 

Merde, laissez-moi avec ma douleur, avec mes fantômes.

Ce n'est pas compliqué, non ?

 

Dans ma semi-rêverie, je perçus à peine la présence de l'homme qui s'installa à mes côtés.

Je fouillais dans la poche de mon jean à la recherche de pièces de monnaie pour régler mon expresso.

Puisque la journée était déjà foutue, autant partir faire quelques pas dans les rues avoisinantes, croiser la vie des autres, les regarder se presser et exister.

 

« Vous l'avez entendue ? »

 

J'ai croisé le regard de mon voisin de comptoir, dans le miroir en face, me demandant si c'était bien à moi qu'il s'adressait.

 

Il me fixait, soufflant dans la tasse trop chaude qu'il avait portée à ses lèvres.

 

Son regard, très expressif, parlait pour lui mais j'étais incapable de juger si cet homme était amical ou non. De plus, j'avais beau cherché dans les recoins de ma mémoire, il ne me semblait pas l'avoir déjà rencontré.

 

Si tel avait été le cas, je n'aurai pas eu de mal à m'en souvenir, tant son aspect était particulier : une vraie gueule de mafieux mais du genre à faire craquer les dames.

 

Le type même que je n'étais pas : occupant l'espace par sa seule présence, attractif du bout de ses chaussures jusqu'à la pointe de ses cheveux noirs qu'il portait plaqués.  Un piège à filles...

 

Il avala quelques gorgées brûlantes et reposa sa tasse.

Croisant les mains sur le comptoir, il tourna légèrement sa tête vers moi et réitéra sa question :

 

« Vous l'avez entendue vous appeler ? »

 

Mon sang ne fit qu'un tour et je me dominais pour ne pas le trainer dehors et lui défoncer la tête sur le trottoir. Cette ordure savait où était Lilah et il venait me balancer ses insanités avec son petit sourire en coin.

 

Respirant un bon coup pour me calmer, je décidais d'entrer dans le jeu de mon interlocuteur. Cette décision m'aiderait peut-être à en savoir plus sur ce qu'il était advenu de ma femme et me rapprocher de Lilah, même d'une façon figurée, était la seule chose à laquelle j'aspirais.

 

« Vous savez où elle est ? Hasardais-je à l'intention de l'homme.

 
- ça se pourrait bien...déjà, je peux vous assurer que je ne lui ai fait aucun mal puisque c'est ce que vous vous demandez... et je ne vous conseille pas d'avoir des gestes déplacés à mon encontre ni même des pensées de cet acabit d'ailleurs...»

 

Qui était ce type ?

J'étais prêt à jurer qu'il lisait dans mes pensées sinon comment expliquer les propos qu'il me tenait avec autant d'aplomb ?

Ou alors, étais-je un homme si prévisible que mon esprit en était transparent et laissait libre accès à mes réflexions intérieures?

 

« Comme elle vous l'a dit, il ne reste pas beaucoup de temps pour l'aider. Elle a pensé à vous. Belle marque de confiance non ? Enfin, je suppose que vous auriez préféré que ce soit un cri du cœur... l'amour est un sentiment bien mal partagé, ne trouvez-vous pas ? »

 

C'est ça, moque toi de moi, ne te gène pas, surtout...pensais-je.

 

Je déglutis avec peine, réfrénant l'image qui tentait de s'imprimer devant mes yeux : celle du crane de ce type éclatant sur le comptoir.

 

Il connaissait ma femme, c'était évident.

De quelle teneur pouvait bien être leur relation ?

Amitié insolite ?

Amants dégénérés?

Un psychopathe qui l'avait embobinée ?

 

« Bien, je vous propose que nous en venions au but de ma démarche vers vous...

Elle a besoin de vous et vous êtes prêt à tout pour elle. Est-ce que je me trompe ? »

 

J'acquiesçais en opinant de la tête en guise de réponse, incapable de prononcer une seule parole.

 

« Il est encore temps pour vous d'agir et de la sauver... pour cela, je vous propose de conclure  un marché... »

 

Je m'attendais à tout sauf à cela... qu'un parfait inconnu me propose de conclure un contrat pour sauver la vie de ma femme dépassait l'entendement.

 

Et ce que cet homme m'apprit ce jour-là, dans ce petit bistrot de quartier était absolument stupéfiant et terrible.

 

Il ne me fallut pas plus d'une seconde pour pactiser avec lui.

 

Que n'aurais-je pas été capable d'accepter pour Lilah ?  


A SUIVRE...

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Pat 10/06/2009 15:59

le mystère s'épaissit et tu brouilles les pistes. Tu t'essaies au genre policier (avec une touche de fantastique !) avec un réel bonheur.je suis happé par tes mots !

Sandy 11/06/2009 19:16


j'aime bien le policier mais je manque de courage pour en écrire réellement.
Il faudrait que je reprennne mon roman "Compte à Rebours", style polar/suspens.


ddlaplume 05/03/2009 14:46

Bonjour Sandy,    Le pauvre mec en fait des kilomètres dans sa chambrette, et ce n'est pas l'expresso du zinc qui va le sortir de ses insomnies.    La description de l'ex-mari est délicieuse.    J'aime les reflexions silencieuses que lui dictent ses pensées,     Prêt à bondir sur le piège à filles, la narratrice le calme par la raison.    L'homme pactise-t'il avec le diable ou n'est-il qu'un simple témoin ?    Le mystère demeure...mais, Lilah semble bien vivante.    J'aime le style un peu argotique du texte.    Le lecteur reste suspendu à cette mort annoncée...    Amitié.    dédé.

Sandy 05/03/2009 19:37


Bonsoir,

Pour le style du texte, ce n'est pas le style que j'utilise habituellement mais j'avoue m'être bien amusée.
J'ai bien aimé mettre en avant un anti-héros, un peu pathétique... et puis, il y a Lilah et l'homme qui débarque dans le jeu...

Bonne soirée!
Sandy


Philippe et Christel 13/02/2009 23:37

A bientôt pour la suite..bon samedi (Vu l'heure tardive)

Sandy 15/02/2009 16:40


Bonjour,
Je réponds avec retard mais bonne fin de week-end à vous aussi!


Thierry Benquey 13/02/2009 16:57

Je viens de découvrir le Styx avec plaisir. J'aime bien la fluidité de ton style. Je réserve mes commentaires plus pointus pour la fin (c'est toujours le plus dur ainsi que le titre)
Sourire et amitié
Thierry

Sandy 15/02/2009 16:22


merci pour ta lecture de ce début de Styx...
La fin est déjà prête, j'ai juste un problème de décision sur la transition entre la partie 2 et la partie 3.
Enfin, on verra bien!
C'est avec plaisir que je lirai tes commentaires pointus (ouille, ça pique!) et tes conseils.
Amitiés
Sandy


Seconde Chance 13/02/2009 14:43

encore ! encore !!!! je t'ai taguée bon courage, bisous

Sandy 15/02/2009 15:58


MDR, j'ai peur du taggage... je regarde ça au plus vite


antoni 13/02/2009 12:50

J'oubliais, je t'ai rajouté dans mes liens préférés. Bon après-midi.

Sandy 15/02/2009 15:57


merci pour cette attention!


antoni 13/02/2009 12:45

Très sympa, on a envie de savoir ! Viiiite !
A bientôt Sandy.

Sandy 15/02/2009 15:57


Bonjour,
Merci pour ta visite et ton commentaire.
Pour la suite, il faut être patient, ça mature tout doucement...
Bonne journée!