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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Sur le Styx (3ème partie)

*

 

 

Il m'avait dit d'attendre patiemment qu'il se manifeste sans chercher à entrer en contact avec lui et sans mentionner à quiconque son existence.

 

Comme s'il me laissait le choix, de toute façon...

 

Comme si je pouvais encore patienter avec le sourire, après mes longs mois d'errance en compagnie du fantôme de l'absente.

 

Comme si je n'avais pas encore bu la coupe jusqu'à la lie, après avoir passé ces six derniers mois à me taper la tête contre les murs dans l'espoir d'annihiler tous ces petits démons qui murmurait inlassablement le prénom de ma femme à mon oreille.

 

Le Chemin de Croix, je l'avais parcouru dans tous les sens, plusieurs fois de suite, j'en connaissais chaque pierre, chaque grain de sable, j'avais senti chaque épine entrer dans ma chaire... il me tardait de parvenir au Golgotha pour vivre le chapitre final de cette sale histoire.

Et basta !

Aussi, lorsque je reçus enfin un signe au bout de 3 jours d'attente fébrile, je ressentis un immense soulagement teinté d'appréhension.

 

Ce signe, ce n'était qu'une boîte anodine, posée sur la table basse de mon salon mais j'étais persuadé qu'elle n'y était pas auparavant et qu'elle ne m'appartenait  pas d'ailleurs.

 

 

« Toujours partant pour notre petit marché, mon ami ? »

 

Je sursautais au son de la voix que j'identifiais aussitôt comme étant celle de mon  «associé ». Qui donc aurait pu surgir aussi silencieusement et avec autant de nonchalance au beau milieu de mon appartement ?

 

Sans se  départir de son petit sourire mielleux en coin, il me toisait tranquillement.

Toujours classe et avenant, le gominé. Toujours aussi confiant dans son attractivité.

 

Je restais sur la défensive me demandant ce que ce détraqué allait encore exiger de ma part pour me permettre de porter secours à Lilah.

 

D'un signe de la tête, il me désigna la boîte toujours posée sur la table.

 

« C'est pour toi... pour sceller notre petit pacte. Un petit gage de notre alliance, si tu préfères. Nous allons devoir être rapides maintenant, le temps joue en ta défaveur, tu sais ?

 
- Et comment ça va se passer... enfin... vous savez... pour se rendre là-bas? demandai-je passablement énervé par la nouveauté de son tutoiement.


- Ouvres la boîte et tu sauras. Ne cherches pas à tout connaître ni à tout maîtriser surtout si c'est de mon ressort. Suis scrupuleusement mes indications et tout se passera bien. Après, il sera tout juste temps, pour toi, d'agir.»

 

Je m'agenouillai devant la table basse et je considérai la boîte avec défiance.
Elle était de forme allongée, toute en hauteur et close par un couvercle.
Banale.
Rien ne laissait réellement présager un danger mais l'homme qui me tenait compagnie ne m'inspirait aucune confiance et je restais sur mes gardes.

 

Il continuait à m'observer, les bras croisés sur la poitrine, toujours impassible et détestable dans sa maîtrise orgueilleuse des événements.

 

Quant à notre contrat... tu parles d'un contrat équitable.

J'avais été contraint d'en accepter chaque clause, sans négociation possible.

Mais c'était ça ou rien.

Et rien, cela signifiait perdre Lilah à tout jamais.

 

Je soulevai avec précaution le couvercle qui fermait la boîte, retenant mon souffle, mais rien ne se produisit.

Je perçus à peine un léger sifflement, signe indéniable que le réceptacle abritait bien quelque chose et qui plus est, une créature vivante.

 

Les deux mains posées de part et d'autre de l'ouverture, je tentais de puiser un peu de courage pour explorer le contenu.

 

La vivacité de l'attaque me cueillit par surprise, alors que j'étais en pleine expectative. 

Un éclair vert bientôt suivi par une vive douleur à mon poignet se chargèrent de me ramener à la réalité.

 

Cette espèce de malade m'avait sciemment exposé à la morsure d'un reptile.

 

Sans être le moins du monde versé dans l'herpétologie, je supposais que  le serpent verdâtre, que j'avais aperçu une fraction de seconde, ne devait pas être une inoffensive couleuvre mais plutôt du genre à abattre n'importe quel type même en bonne santé.

 

« Un conseil, ne luttes pas, c'est un mamba vert. Une seule morsure suffit pour qu'il délivre la dose adéquate et létale de venin. J'espère que tu ne m'en veux pas d'user de ce moyen pour mener notre mission à bien... »

 

Au fur et à mesure qu'il parlait, je sentais des fourmillements gagner les  extrémités de mes membres puis mes yeux se mirent à cligner involontairement et de plus en plus violemment.

 

L'autre se contentait de me jeter un coup d'œil de temps à autre pour juger de la progression du venin neurotoxique qui me paralysait progressivement.

 

Pendant que je luttais, il explorait mon salon sans aucune gêne, violant mon espace de sa présence malsaine et de sa curiosité vicieuse.

 

Il partit soudain d'un ricanement qui vrilla mes nerfs déjà bien détraqués par le poison du mamba.

 

« Vous avez de l'humour, chez les mortels ! »  se gaussa-t-il en lançant, d'un geste sec de la main, un boitier de DVD que je reçus en pleine figure.

 

« La Passion du Christ ». Il fallait bien qu'il tombe sur ce film-là !

 



« Bien, nous approchons du but...tu commences à perdre le contrôle de tes muscles, non ? »

 

Pour toute réponse, je grimaçais involontairement.

 

J'aurai mieux fait de lui éclater la tête lors de notre première rencontre comme j'en avais eu l'envie. Cela m'aurait évité de l'écouter me commenter par le menu la façon dont j'étais en train d'agoniser. Je le vivais, pas la peine d'en rajouter avec délectation et force détail.

 

« Je te préviens tout de suite, tu ne vas pas aborder la partie la plus agréable de l'expérience. Ta respiration est en train de ralentir... elle cesse presque déjà... ton cœur bat toujours mais ton cerveau va bientôt subir les effets du manque d'oxygène. »

 

La vision parasitée par une nuée de tâches blanchâtres, je le suivis du regard tandis qu'il s'approchait de moi. J'aurai voulu fuir instinctivement comme une proie tente d'échapper à son prédateur mais je n'étais malheureusement plus en état de le faire.

 

Son visage situé à quelques centimètres du mien, il esquissa une moue embarrassée, se mordant les lèvres.

 

« Pas très agréable, apparemment ... j'aurai du choisir un autre moyen... enfin, c'est presque réglé, encore quelques secondes... bon voyage et rendez-vous de l'autre côté...» acheva-t-il en m'adressant un clin d'œil qu'il voulu complice.

 

Jamais au cours de ma vie, je n'avais autant apprécié la venue des ténèbres.


A SUIVRE...

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Pat 10/06/2009 16:03

en grande conteuse (et donc écrivain), tu mènes ton lecteur par le bout du nez, brouille les pistes, nous emmènes où tu veux et j'en redemande !

Sandy 11/06/2009 19:17


;-) c'est sûr que je m'amuse beaucoup à entraîner le lecteur au gré des idées qui surgissent. C'est un plaisir à écrire aussi!


ddlaplume 06/03/2009 16:58

Bonsoir Sandy,    Le Chemin de Croix avant de parvenir au Golgotha pour vivre le chapitre final, arrive rapidement pour l'ex-moitié de Lilah.    Le gominé lui lance au visage, la passion du Christ en DVD, alors que le mamba accélère son voyage sans retour.    L'effet du texte a bizarrement celui d'un venin hilarant sur la personne qui lit.    Il s'abandonne sous la morsure imparable du rire, et son ventre se lève et tressaute de plaisir.    La narratrice mène sa proie par le charme de sa plume.    Envoûté, le lecteur se retrouve dans les ténêbres du suspense ?    Amitiés.    dédé.

Sandy 06/03/2009 20:01



Bonsoir Dédé,

Tes commentaires sont un vrai délice!
Merci pour ta lecture attentive et ton retour détaillé.

J'ai charmé le lecteur qui se retrouve hypnotisé par la danse du serpent à plume

Bonne soirée!


Amitiés,


Sandy



Philippe96 19/02/2009 22:14

Bonne soirèe.à bientôt pour la suite..

Sandy 19/02/2009 22:25


la suite arrive, lentement mais sûrement... bonne soirée!


Thierry Benquey 18/02/2009 11:03

A la suite donc, sur le rives du Styx semble t il
Amitié
Thierry

Sandy 18/02/2009 11:59


ah non, accéder aux rives du Styx se méritent!!
"Vous reprendrez bien une tranche de serpent grillé?"
amitiés
Sandy