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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

En première ligne, 1ère partie

En première ligne...

2009

 

 






Auteur J-Star, Wikimedia Commons, sous licence

 

C'était constant, immuable et invariable... c'était toujours le 7ème jour de la création, celui où Dieu se repose, que  j'étais envoyée en mission.


M'obliger à prendre les armes le jour du Seigneur... j'avais intérêt à soigner ma demande d'absolution pour éviter un aller franc dans les contrées éternelles un peu trop torrides.


3 ans que ça durait, 3 années que cette lutte stupide me broyait et gangrénait ma vie.

Je me demandais parfois si j'en verrai la fin où si je finirai comme les autres, avec de la terre plein la bouche.

Cette saleté de terre qui puait la mort, qui exhalait ses relents obscènes de carcasses en décomposition, s'infiltrait partout et engluait jusqu'à l'esprit.  Je n'avais qu'à secouer la tête dans tous les sens pour entendre le gargouillis de la boue se répandre dans les replis de mon cortex.


Et puis, je commençais à ne plus souffrir le Chef.

Au début, j'avais eu, pour lui, les yeux qu'on peut avoir pour son héros, j'avais éprouvé une sotte idolâtrie avec même une pointe d'affectation qui n'avait pas résistées à ma prise de conscience.

Depuis quelque temps, il m'apparaissait dans sa monstrueuse vérité : un pleutre imbécile, ce n'était pas le courage qui l'étouffait loin de là.


Beau parleur, charmeur, embobineur de haute-voltige, chaque vendredi, il venait mielleusement m'annoncer qu'il espérait compter sur moi pour cette ultime opération dominicale.


Joli jeu de dupes.

Il savait - et je savais - qu'il en avait toujours été ainsi et qu'il n'en serait jamais autrement.

Il y a des horreurs gravées officiellement dans le marbre, c'est comme ça.


Il feignait la compassion avec son air contrit et ses yeux de chien battu, je simulais l'amour du devoir, la poitrine gonflée d'orgueil pour donner le change.

« Yes, Sir ! »


D'après lui, j'étais la première à résister aussi longtemps.


Belle victoire : 3 ans de survie, je méritais bien une distinction honorifique.

Avec un peu de chance, on épinglerait une belle décoration clinquante, là, au-dessus de mon cœur et je pourrai entonner l'hymne officiel à plein poumon.


Ça donne quelque chose comme « Amour, toujours de la solidarité, chérir toujours la fraternité », enfin, vous connaissez la ritournelle patriotique autant que moi...



Il déclarait que ça me laissait le samedi pour me mettre en condition, me concentrer, me divertir, profiter de la vie. Je n'étais pas certaine que nous ayons la même notion de la meilleure façon de vivre son hypothétique dernière journée...


Le samedi, moi, je réfléchissais à ma situation, je mettais ma vie en ordre comme on trie ses vieilles reliques avant une succession ...

Si je ne revenais pas, j'étais au moins sûre de ne rien laisser de fâcheux derrière moi, même si je ne cachais aucun forfait blâmable dans les tiroirs de ma vie.


Ça casserait le mythe... exécrable pour le moral des troupes.

Ceux qui restent sont toujours les plus à plaindre alors je ne pouvais pas risquer d'en rajouter...


Et puis, le samedi, je préparais méticuleusement ma tenue et mon matériel de combat.

Tout devait être en ordre, propre et irréprochable pour la revue du Chef.

Dans le feu de l'action, un petit détail pouvait signer mon arrêt de mort.

Un petit oubli et j'avalais la terre ou la terre m'avalait - c'est selon, comme vous voulez, pour moi, ça ne ferait pas une grosse différence de toute façon.


Car en face, on n'était pas du genre à plaisanter.

En face, on en était réduit à la même extrémité.

Survivre à tout prix,  garder la tête haute et attendre que ça passe.

Ou que ça casse.

 

 

A SUIVRE...

 

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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