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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Miss Europe

 


Je sais... comment cette musique a-telle bien pu me faire écrire "ça"...



Miss Europe
(2009)






 
Il y a un truc vraiment génial avec les tabourets de bar.

Projetés de toutes vos forces, ils défoncent les miroirs fixés derrière les comptoirs, fracassent avec brio les bouteilles et les verres. Avec les quatre pieds, vous pouvez contenir les fauves qui tentent de vous agripper et vous pouvez même emprisonner le tenancier qui vous jetterait bien sur le trottoir après vous avoir roué de coups.

Avec l'assise molletonnée, vous pouvez prélever quelques quenottes sans anesthésie.

Il suffit de correctement viser, la tranche rigide explose les gencives tandis que le revêtement éponge les giclures. Si vous recommencez ce même geste avec une précision chirurgicale, vous constatez que le premier impact s'occupe des dents du haut et que le deuxième se charge de celles du bas : mieux que les rasoirs à deux lames, question efficacité!

 

Mais bon, si, comme moi, vous êtes raide bourré, vous allez avoir du mal à justifier vos exploits de barbier auprès des forces de police, appelées à grand renfort de supplications, de cris et d'arrachages de cheveux par le personnel du troquet démoli.

 

Enfin, si seulement l'autre qui git, là, ensanglanté, n'était pas venu piétiner sur mes plates-bandes et chasser la gazelle que j'ai levée...

 

Moi, je suis comme ça.

'faut pas me chercher.

 

Ce n'est pas que j'ai l'alcool mauvais ou libidineux, loin de là, mais après quelques daïkiri et autant de tequila sunrise, j'ai les yeux qui trainent un peu sur les filles surtout quand je suis en train de méchamment lever le coude pour en oublier une.

 

Soigner le mal par ce qui provoque le mal : je suis un convaincu de l'homéopathie.

 

En fait, cette fille-là, je l'entends se radiner avant même de la voir.

 

« Quand même, je suis une ancienne Miss Europe, il me doit le respect... « Kesse » t'en dit, Carla ? »

 

Double.

Je la vois double.

Il me faut un moment pour comprendre qu'elle n'est pas seule mais accompagnée d'un autre spécimen féminin, une sorte de clone raté.

 

Au ton de sa voix empâtée, je suppose qu'elle est au moins autant imbibée que moi mais avec le degré d'alcoolémie que je me traîne, mon cerveau reptilien ne perçoit que les mots « Miss » et « Europe ».

Chez moi, ça déclenche de drôles de sensations corporelles et plutôt adolescentes, je vois des courbes suggestives danser devant mes yeux tandis que je jure entendre Nights in White Satin des Moody Blues.

 

D'un regard, je la déshabille ou je la rhabille, je ne sais même plus.

Elle porte un truc moulant, noir irisé que j'ai envie de lui arracher avec les dents tellement cela ne lui sied pas. Ça déborde de partout, je veux dire que les bourrelets qui tentent de s'échapper du tissu démontrent qu'elle a dû emprunter la robe de sa petite sœur et l'enfiler au chausse-pied.

 

Je crois que ma Miss a quelques sacrées heures de vol, apparemment, elle a du faire le tour du monde plusieurs fois...

 

Elle tente de grimper sur un tabouret devant le bar mais elle loupe son objectif, son fondement  rebondi l'a fait déraper.

Pour un mec raide bourré, je suis plutôt véloce et je recueille la Miss dans mes bras.

Elle me souffle une haleine chargée de vodka en pleine figure.

Mêlé à son parfum - Opium, je crois bien - l'odeur me met le cœur au bord des lèvres.

Elle me sourit, je souris à son décolleté : « Bonsoir messieurs, où vouliez-vous vous sauver ? ».

 

Pour le reste, je la sens assez intéressée pour s'enfiler des verres avec moi, discuter de tout et de rien et faire plus ample connaissance à une distance rapprochée.

 

Marrant comme les courbes des Miss sont accueillantes.

Je crois que le statut de leur propriétaire leur confère une aura particulière.

 

Et puis quand même... une « Miss Europe », on ne trouve pas ça à tous les comptoirs.

D'ailleurs, je ne suis pas le seul à tourner autour du miel.

Voilà une autre mouche qui se ramène dans l'espoir de butiner.

 

Pas gêné le moins du monde, le type s'intercale entre nous deux.

S'il croit que je suis partant pour un truc à trois, il se fourre méchamment le doigt dans l'œil. Je lui tape sur l'épaule, il se retourne, il me toise et prend le parti de m'ignorer. Pire, il tente d'embrasser goulument ma Miss Europe.

 

Je vois rouge, la tequila m'injecte son sunrise dans les veines.

Je saisis le type par les épaules et je le jette sur le sol.

La Miss pousse des « oh » et des « ah »... je crois que j'en jette en chevalier défenseur de l'intégrité européenne.

L'autre résidu se relève et m'en décoche une en pleine tête.

Ça fait mal, ça  saigne, ça dessaoule même un peu.

Je plaque sa face de rat contre le comptoir, il me balance une droite dans l'estomac. Je suis courbé en deux, à la recherche de mon souffle, je douille.

Cette fois, la Miss pousse des « ah » et des « oh », je crois même entendre un « hi ».

 

C'est à ce moment que je saisis le premier tabouret de bar disponible.

Vachement lourds ces sièges, probablement pour éviter que des pochetrons ne se battent en duel avec.

Je refais le dentier du type en deux couches successives, je suis le Gilette du bar, le Wilkinson du zinc.

Trois serveurs tentent de me ceinturer, le tabouret vole et détruit l'arrière du comptoir, miroir, bouteilles et verres compris. L'alcool coule à flot, c'est ma tournée !

 

J'entends des cris, je me prends une beigne, je distribue des gnons, la Miss s'égosille, hystérique.

 

Un peu plus tard, les flics nous jettent tous les trois dans le panier à salade, dûment menottés.

Le résidu a repris connaissance, il lui reste quelques chicots valides dans la bouillie qui lui sert de bouche. Il gargouille des trucs incompréhensibles à mon encontre, postillonnant du sang sur sa chemise.

J'aime beaucoup les moignons d'émail plantés dans son jardin buccal, s'il continue à les arroser, ça va peut-être repousser ?

 

Ma Miss pleure à chaudes larmes, elle balbutie des paroles avinées parmi lesquelles je commence à comprendre ma douleur.

Elle jure ses grands dieux à l'autre défiguré qu'elle l'aime éperdument depuis qu'ils se sont rencontrés lors du concours de Miss Camping de l'Europe, cuvée été 89.

 

Ce coup-ci, je crois vraiment que je vais vomir...

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Seconde Chance 15/04/2009 20:27

Mdr ! j'ai adoré cette histoire, c'est frais c'est cynique...moi j'adore !! bisous et bonne soirée

Sandy 16/04/2009 10:04


hin, hin... ça lui apprendra à l'autre poivrot à prendre ses désirs pour des réalités, bien fait!!!


Alain 13/04/2009 10:17

Epatant !
Cette nouvelle et la précédente « Bureau des médiations » ont réveillé le lundi paques cotonneux que la fenêtre m’envoie.
Ma face blafarde du matin s’est soudainement décoincée, mes petits yeux se sont éclairés et ma bouche s’est entrouverte en direction de ma femme pour lui dire : « Il y a bien longtemps que je n’avais pas lu une chose aussi drôle écrite dans un style superbe ! »
Merci. La journée s’annonce meilleure que prévu.

Sandy 13/04/2009 19:05



Bonsoir,

Merci pour votre commentaire et heureuse d'avoir rendue votre lundi plus gai!

Bonne soirée!