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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

"Abattez les grands arbres"... on en discute...

Quand 2 auteurs échangent autour d’un texte, cela donne un commentaire impossible à traiter en quelques mots sans avoir l’envie de l’étayer et finalement, cela donne naissance à un nouvel article !

 

Yannick Pène – auteur dont vous trouverez les écrits aux Editions du Solitaire- a déposé ce commentaire suite à mon article « Abattez les grands arbres… pour aller plus loin »

 

 

« Bonjour Sandrine et merci pour ce rappel des faits qui enrichit ta nouvelle qui m'avait vraiment marqué lors du concours de Patrick. Je l'avais trouvé très bien écrite et écrite avec le coeur,
l'âme. Elle réussissait le tour de force de mêler histoire contemporaine et déroulement dramatique pour les personnages, ce qui donnait une grande force à ce texte.


Il est très vrai que les principaux médias qui devraient faire ce devoir d'information  et de mémoire, ne le font pas et que la véritable information est plus dure à trouver. Il est aussi
écoeurant de se dire que la Françafrique continue malgré les différents gouvernements français.


Ton texte a le mérite de nous faire toucher du doigt la réalité rwandaise et c'est déjà beaucoup. Celui qui l'a lu ne peut plus dire qu'il ne savait pas. 


J'ai aimé ton rappel historique mais peut-être parce que j'aime écrire et que j'ai adoré ta nouvelle, j'aimerais en savoir plus sur le processus créatif qui t'a poussé à écrire "Abattez les
grands arbres!". J'aimerais savoir par exemple quelles ont été tes sources d'information, combien de temps as-tu mis pour écrire la nouvelle? Je suis passionné par les questions relatives à
l'acte créatif. C'est pourquoi je te pose ces questions, pour aller un peu plus loin que le texte original.


Cela pourrait faire un beau billet sur ton blog sur le processus créatif de cette nouvelle ou tu peux me joindre sur Facebook pour continuer la discussion par mail si le coeur t'en dit.


Voila je voulais te féliciter depuis longtemps pour ta nouvelle et comme l'occasion fait le laron, je le fais aujourd'hui.

Je te souhaite une bonne soirée et te dis à bientôt j'espère.

Amicalement. 

Yannick »

 

 

                 En premier, c’est le souvenir tenace d’images diffusées lors d’un journal télévisé du soir qui ne se sont jamais effacées.

Nous étions en 1994, le dîner était servi sur la table, mes parents mangeaient consciencieusement sur un fond visuel totalement hallucinant : un occidental (peut-être d’une ONG, je ne me souviens plus) était interviewé par un journaliste.

Autour de lui, un chaos incroyable !

Au milieu de cela, il expliquait des événements graves qui se déroulaient au Rwanda et appelait littéralement à l’aide devant ce qui prenait résolument la tournure d’un génocide. Je me rappelle la vague de malaise qui m’avait prise à ce moment-là.

J’étais devant mon repas, bien confortablement installée, à regarder un pays qui s’autodétruisait en direct et  la situation n’alertait personne.


Fin du reportage télévisé, on passe à autre chose.


Sauf que je n’ai jamais pu chasser mon impression d’avoir croisé un événement tragique et que l’indifférence qui l’entourait était inconcevable et inhumaine !

En clair, j’étais là, nous étions tous là mais nous fermions nos consciences.  Les informations ont eu par la suite bien du mal à filtrer et le terme de génocide au Rwanda n’a vraiment été murmuré que bien plus tard. Mais je n’ai jamais oublié jusqu’à ce que…

 

… jusqu’à ce jour où je suis tombée sur un film diffusé sur Canal + : "Hôtel Rwanda".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Un film admirable qui – même si le propos est forcément romancé – expose le génocide dans toute sa cruauté de machine à exterminer « l’autre ». Cet autre, ce frère ennemi, dont on  peut disposer en toute impunité puisque tout le monde a détourné les yeux.

 

De fil en aiguille, je me suis renseigné sur les protagonistes du film qui ont réellement existés, sur le génocide vécu au cœur du pays, sur l’influence étrangère et ses relents de colonialisme, sur les témoignages des survivants enfin.


Sur internet, il est facile de trouver des sites d’ONG, d’historiens indépendants, de témoignages pour se documenter sur la réalité, celle qu’on ne lit pas dans les manuels d’histoire qui sont restés très discrets sur les facettes de la boucherie africaine qui puise sa source dans les agissements de la France, la Belgique et autres pays.

 

Avec toutes ces données et ce souvenir obsédant de 1994, il est vite devenu clair pour moi que je devais écrire cette nouvelle.


Les témoignages des survivants ont bien entendu été déterminant pour l’écriture d’ "Abattez…"

Il était hors de question que je brode, que j’invente un parcours romanesque et héroïque de Marie-Espérance et des siens en trahissant la réalité.

 

Ainsi, ce qui est écrit est conforme aux vécus des personnes qui en ont réchappées et qui ont pu témoigner.

 

Cela m’a pris 4 jours de travail où je ne vivais plus qu’au Rwanda.

 

Techniquement, j’ai beaucoup de mal à planifier mes écrits de A à Z.


Cela commence par le déclic des premières phrases qui m’emporte.


Au fur et à mesure que j’écris les phrases suivantes, les scènes s’enchaînent dans ma tête, je les notes pour me souvenir de tout cela, de tout ce petit cinéma intérieur.


En fait, j’écris en « fluidité », je reviens rarement sur ce que j’ai écrit auparavant, je me laisse porter par le petit film que je visualise et que je retranscris en mot.


La corvée (sic!) de la relecture me permet de gommer les erreurs, les non-sens, les imprécisions.


C’est finalement très prenant car tout s’enchaîne à toute vitesse, histoire, personnage, ressenti, ça ressurgit même lorsque je ne suis pas devant mon ordinateur, une idée, un truc qui flotte, une image qu’il faut noter là, maintenant, tout de suite. Je pourrai qualifier mon processus d’écriture de « visuel ».


 

Voilà pour répondre à ton commentaire en espérant t'avoir apporté un éclairage satisfaisant.


A bientôt !

 

 


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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Yannick 18/11/2011 09:15



Salut Sandrine et merci pour cet article qui répond à mes questions.


Comme quoi parfois la maturation d'une nouvelle peut-être longue entre le premier contact avec le sujet et l'écriture elle-même. Même si pour toi c'est un cri du coeur qui s'est transformé en
nouvelle à la fin.


J'ai bien ressenti dans ton propos ton indignation qui débouche sur une phase de recherches après un autre élément déclencheur, le film "Hotel Rwanda". Ces recherches facilitées par ce formidable
outil que peut-être Internet.


Puis comme en transe tu écris ta nouvelle en 4 jours, comme si tout ce que tu avais ressenti jusque là devait sortir pour être partagé. Je suis bluffé par ta façon d'écrire car ta nouvelle est si
bien écrite qu'on ne peut se douter que la première ébauche a été écrite si vite. Mais chacun a ses recettes et je le comprends bien, moi aussi il m'arrive de commencer à écrire un texte et de ne
pas savoir à l'avance ce qui va arriver à mes personnages : c'est la magie de la création artistique et c'est un bonheur quand cela se passe.


J'imagine que tu as du te sentir un peu vidée après avoir écrit cette nouvelle. Au vu de ces explications quant à la génèse et la rédaction de cette nouvelle que tu me donnes, je peux te dire
qu'à la lecture on sent une grande maîtrise de la part de l'auteur qui témoigne de tout le travail en amont et je ne suis pas étonné qu'elle t'ai demandé autant d'efforts. La magie opère aussi
sur le lecteur.


Je suis très content que tu m'ai données tes "recettes de cuisine" d'écrivain et je t'en remercie. Thierry aussi écrit comme toi, presque d'une traite sans beaucoup se relire. Pour ma part je me
relis pas mal mais essaie désormais d'écrire comme le faisait Kerouac "dans un souffle". J'ai opté pour plusieurs versions de mes nouvelles, retravaillant l'ancienne jusqu'à être satisfait du
résultat final à savoir que je me dis que là j'ai réussi à dire ce que je voulais ou bien qu'il est temps que ce texte vive sa vie tout seul.


Tu as su faire passer aussi la passion qui t'anime lorsque tu écris dans cet article.


Voila j'ai eu les réponses à mes questions et je t'en remercie, c'était très intéressant. Maintenant "Abattez les grands arbres" est un livre et je pense que la magie peut continuer au travers
des rencontres qu'il peut provoquer et des échanges qui naitront autour de celui-ci comme nous venons de la faire.


Je te dis à bientôt.


Au plaisir de te lire.


 


Yannick


 



Sandrine Virbel 23/11/2011 22:20



Bonsoir!


Contente d'avoir pu éclairer ta lanterne sur ma façon de partir en écriture. C'est un véritable périple immobile, exaltant mais fatiguant.


J'aime beaucoup ta référence à Kerouac - un auteur que j'apprécie et qui a accompagné mes 20 ans.


C'est un plaisir de partager avec toi autour de l'écriture aussi, si tu veux encore échanger, je suis tout à fait d'accord!


 


A très bientôt!



Thierry Benquey 18/11/2011 09:13



Bonjour Sandy et Yannick, les deux derniers vaillants commentateurs de mon blog. Merci pour ce partage. Je me rends compte ainsi que je travaille comme toi ou plutot en vertu de mon age avancé
que tu travaille comme moi. Rire.


Pour ajouter mon grain de sel, si la Franceafrique pue, La Chineafrique ne sent pas vraiment meilleur, l'Amérique à Fric non plus, on oubliera les russes qui y reviendront probablement bientot.
Bref, un jour merveilleux, on finira peut-etre par parler de l'Afrique et de ce qu'elle apporte au monde, non plus de ce qu'on peut y prendre.


Je vous embrasse tous deux.


THierry



Sandrine Virbel 23/11/2011 22:13



Bonsoir!


Je m'incline devant l'âge (Rires!!!), je travaille comme toi!


Hélas, le continent africain semble un terrain de pillage où on peut se servir selon son bon vouloir...


Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la Chine et ses activitiés en Afrique. L'Inde n'est pas en reste non plus.


Encore bien des choses à dire mais peu d'oreilles pour écouter...


 


Amitiés et bises!!!