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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Autour d'un thème : Etre, N'Etre, Naître - Délivrance (1ère partie)

Autour d’un thème : Etre, N’Etre, Naître – Délivrance

 

« Autour d’un thème » propose de réunir plusieurs textes qui bien que possédant un thème  commun offriront un traitement et une facture très différente, comme une sorte de  « laboratoire ».

 

« Délivrance » ouvre la marche de « Etre, N’Etre, Naître » pour lequel, à ce jour, il est prévu 3 textes.

 

Bonne lecture !

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/69/La_naissance_de_V%C3%A9nus.jpg?uselang=fr

 

The birth of Venus, Sandro Boticelli, wikimedia commons, domaine public.

 

 

Par l’entrebâillement de la porte, un tourbillon de flocons de neige pénétra dans le vestibule, s’engouffra dans les marches raides de l’escalier et manqua de bousculer Louison qui accourait, sa lanterne portée au niveau du visage.

 

« Ah, c’est vous, enfin, entrez promptement, Mère La Gaillarde, et laissez la mort aux loups. S’écria-t-elle en rabattant la porte sur les crocs de la nuit.

 

-         Comment ça se présente ? C’est bien tôt, il me semble… »

 

En réponse, un hurlement rauque déchira l’espace supérieur, franchissant les limites du présent pour ressusciter les temps anciens ou la vie et la mort encore trop intimement entremêlées s’accouplaient en des poses bestiales.

 

 La Mère La Gaillarde – qui méritait fort bien son patronyme – ôta sa pelisse fourrée et retroussa ses manches sur des avant-bras recouvert d’un duvet roux.

 

Sa carrure de barrique et ses mains puissantes impressionnaient la fine Louison qui faisait bien pâle figure en comparaison avec cette force de la nature.

 

Elle avait peine à imaginer que cette quasi piqueuse de bœufs au lourd chignon gris teinté de renard d’où s’échappait des mèches filasses puisse se révéler efficace à délivrer les femmes des maux causés par les hommes et à accomplir le prodige de guider le souffle du ciel vers une frêle enveloppe terrestre.

 

Bourgeois, nobliaux ou gens de peu, elle ne se montrait pas bégueule et offrait ses bons offices à qui savait faire tinter des bourses bien remplies ou donner des offrandes matérielles consistantes.

Seul le traitement des opérations différaient alors mais pour un résultat somme toute identique.

 

De toute façon, les simples gens étaient résolus à leur part d’affliction ce qui rendait sa tâche  plus aisée lorsque la femelle étouffait ses cris sans trop se crisper.

 

Tandis que les ombres projetées par la lanterne vacillante de Louison dessinaient des figures fantasmagoriques sur le mur sali par la suie des flambées passées, un nouvel hurlement déchira l’air.

 

« Allons Louison, il est temps que tu me mènes vers la chambrée » s’impatienta La Gaillarde.

 

Pressant le pas dans un bruissement de tissu lourd, Louison la guida vers le fond du couloir de l’étage supérieur de la bâtisse. La lanterne suspendue à hauteur de visage, elle se mordait les lèvres de plus en plus fortement à mesure que les commères cheminaient.

 

Des petits cris aigus, presque des jappements grotesques, filtraient d’une porte close. Un rai de lumière tremblotant révélait  la présence d’un chandelier aux bougies allumées dans l’espace confiné.

 

«  ça chevauche les diables, ça aspire goulument leur suc et ça couine lorsque le temps est venu d’ouvrir ses entrailles… » marmonna La Gaillarde en mimant un crachat de sa bouche aux lèvres jointes. Sa main parcourut distraitement  le chambranle de la porte à hauteur d’homme. Le bois lissé par les paumes et les doigts des habitants des lieux s’offusqua des propos de la vieille et releva une écharde qui vint se ficher dans son index.

 

« Bougresse ! » lâcha La Gaillarde en retirant l’aiguille à l’aide de ses dents jaunies.

 

Une longue plainte s’éleva et fit tressaillir l’échine des deux femmes.

 

Derrière la porte, ce n’était que la voix d’une petite fille qui lançait une étrange imprécation indéchiffrable.

 

«  Je vous rappelle, la Mère, qu’aucun nom ne doit être prononcé et que rien de tout ceci ne doit être divulgué à l’extérieur.

 

-         Louison, me crois-tu assez sotte ? On me paie assez cher pour que je tienne ma langue bien serrée au fond de la gorge de peur de la voir couper  et jeter aux cochons en représailles. Et puis, n’oublie pas que j’en ai délivré des jeunes âmes écervelées  prises par ce démon-là… »

 

La main gracile de Louison poussa doucement la porte qui s’ouvrit lentement.

 

La Mère La Gaillarde s’avança avec résolution, retrouvant son assurance coutumière.

 

La chambre était faiblement éclairée par la clarté vacillante d’un bougeoir argenté que tenait une très jeune fille d’une main tremblante. Sa mise simple, son tablier de guingois, les boucles claires qui s’échappaient de sa coiffe maladroitement ajustée dénotaient la jeune paysanne fraichement débarquée de sa campagne pour servir à la ville. Son regard était rivé sur la couche qui occupait le centre de la pièce où régnait une moiteur oppressante.

 

Au dessus de la tête de lit adossé au mur de crépi clair, un crucifix magistral captait les regards. Le corps du crucifié n’avait rien à envier à la forme torturée qui gisait dans les replis des draps empesés, rendus roides par la sueur et les sécrétions corporelles mêlées. La Gaillarde marqua un léger moment de surprise. La jeune servante n’était guère plus âgée que la demoiselle alitée. 15 ans ? 16 ans tout au plus ?

 

« Dieu du ciel ! Je pensais qu’elle serait de chair plus mûre, c’est encore une enfant cette fois… » Songea-t-elle.

 

Louison lui toucha le bras, la forçant à sortir involontairement de sa réflexion.

 

« La Mère, ne croyez-vous pas… »

 

Pour toute réponse, une lamentation épuisée, presque une supplique s’éleva du fond du lit.

 

La Gaillarde s’approcha de la couche, tâta le fond brûlant et humide de la jeune fille accompagnant son geste d’une moue dubitative.

 

La tête roula sur les épaules, révélant un gentil minois distingué. Les pommettes hautes, de longs cils bordant des prunelles noisette, une longue chevelure châtain aux reflets dorés, l’attache du cou fine et élégante, tout signait un portrait de la Renaissance. Le contraste avec la mise de la jeune servante n’en était que plus saisissant.

 

« Une bien jolie et jeune pouliche, pour sûr… de bonne lignée… » murmura La Gaillarde entre ses chicots.

 

Le drap remonté jusqu’à la gorge de la demoiselle laissait entrevoir deux épaules diaphanes et la gorge où pulsait une veine bleutée. La naissance de la poitrine se devinait sous le tissu qui se soulevait  par intermittence. Les seins étaient menus, ronds et fermes. Des pommes d’amour croquées trop prématurément. Le ver était dans le fruit, il fallait l’en extirper.

 

 

A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 


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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Virginie 13/11/2011 17:23



qu'est ce que j'aimerai avoir la plume aussi agréable que toi et surtout d'être capable d'écrire



Sandrine Virbel 17/11/2011 23:35



Bonsoir!


Parfois, il suffit de se lancer, ça ne mange pas de pain, on se fait plaisir et c'est le principal.


bises!