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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Cheveux blancs et autres bonnes nouvelles

Parcours.

 

 

 

 

 

 

« Et pour les cheveux blancs, on fait quoi ? »

 

Je croise le regard de la coiffeuse dans le grand miroir qui orne le mur du salon.

 

Ah oui, j’oubliais presque qu’il faut cacher le temps qui passe, offrir une apparence la plus jeune possible, rester figée à un âge acceptable pour les autres plus que pour soi, dépenser une énergie parfois folle pour effacer l’empreinte laissée par les années.

 

« Ne pas accepter, jamais ! » Mais si, c’est vrai,  puisqu’on nous le serine à longueur de journée, c’est pour notre bien, pour maintenir notre employabilité, pour être conforme aux désirs de la société.

 

Premier coup de semonce : il y a quelques mois, mon médecin, une femme d’une cinquantaine d’année à la plastique (trop ?) parfaite m’a demandé si je voulais bénéficier de « quelque chose » étant donné que j’avance en âge (39 ans, bah ?).

 

Non, madame, j’ai passé tant d’années à travailler sur moi pour m’accepter, cesser d’avoir une vision négative de ma personne et me dévaloriser en permanence.

 

Aujourd’hui, je suis enfin fière de mon corps, de moi, en entier.

 

Je porte joyeusement quelques stigmates des deux enfants que j’ai mis au monde. Deux petites âmes se sont enfouies dans le réceptacle, ont grandi et ont été nourris par ce corps, laissant leur sceau dans la chair meuble.

 

Une fois à la lumière, je les ai portés serrés contre moi, massés, dorlotés…

 

Leurs petites bouches ont tété pendant une année chacune, créant un lien au-delà du simple acte nourricier,  nous réunissant dans ce que l’humanité a de plus primitif : mettre au monde, alimenter, protéger, élever.

 

J’aime ce corps qui, s’il s’est  un peu épanoui, a pris une intensité insoupçonnée.

 

Il a délaissé l’enveloppe de la jeune femme, voire même de l’adolescente, pour laisser apparaître celle de la femme en phase de maturité.

 

Je conserve donc ce corps, qui est le mien et qui me satisfait enfin !

 

 

Si une telle acceptation de soi est possible aujourd’hui, elle est, dans mon cas, le fruit d’une lente progression  sur un chemin intérieur qui était encore  dissimulé sous un tapis de ronces il y a moins d’une dizaine d’années.

 

Lassée de me débattre dans un monde et une société qui ne tenait pas leurs promesses, j’ai, un beau jour,  commencé à prendre mes distances avec tous les artifices et les faux-semblants dont les relations humaines et sociales sont si gangrénées.

 

Relativiser, prendre conscience de sa position d’acteur dans le grand jeu permet de replacer les aléas et les événements à leur juste place : une expérience de plus, une connaissance supplémentaire qui vient enrichir le grand livre de la vie !

 

Puis, j’ai compris que je n’aurai définitivement jamais le pouvoir de changer le Monde mais que je pouvais influer quelque peu sur MON monde et sur MA vie.

 

Fruit de rencontres inopinées, de discussions lumineuses, le débroussaillage du chemin s’est poursuivi.

 

La voie présentait encore des cailloux sur lesquels mes pas  butaient mais elle embellissait année après année. Je commençais même à apercevoir la beauté des talus qui la bordaient !

Chaque nouveau pas me démontrait la nécessité d’apprendre à se régénérer en faisant le silence dans son esprit, à savoir s’opposer à la rapidité en toute chose qui nous est imposée et qui nous contraint à rester à la surface des êtres et des situations.

 

Avez-vous constaté combien les personnes que vous croisez en marchant dans la rue gardent obstinément la tête orientée vers le sol et perdent ainsi la possibilité de l’échange d’un regard, de l’esquisse d’un sourire ou même de constater si le soleil perce les nuages ?

 

Pire, ils sont parfois totalement happés par des écrans de téléphone grignoteur d’humanité.  Les applications prennent le relais puis se substituent à tout et surtout à la réalité. Voir la vie au travers d’un écran n’est pas exister.

 

Alors, je me suis mise à l’écoute du temps et de la vie en prenant des pauses où je m’emplie tout autant de mon souffle  que de la résonance des battements de mon cœur.

 

Laisser couler ses pensées pour mieux les chasser et placer son esprit en pleine conscience aide à reprendre contact avec la réalité. La méditation a cela de plaisant : elle exprime le Tout dans le silence. Quelques minutes pour soi, dans le non-agir et dans la non-pensée efface les bruits parasites qui obstruent l’esprit. Ce qui semble être une perte de temps pour certain apporte une qualité inestimable à chaque seconde vécue.

 

Elle ouvre la porte à la circulation de l’énergie vitale que je puise dans la pratique du Qi Gong, art de vivre asiatique ancestral, précurseur des arts martiaux, qui va bien au-delà de la simple « gymnastique hygiénique » dont la taxe les yeux blasés. Les gestes, gracieux et doux, puisent leur essence dans la nature et dans les mouvements des animaux : le vol de la grue, la posture de l’arbre, pousser la montagne Hua, le phénix déploie ses ailes… autant d’invitation vers la quiétude.

 

Même si l’esprit occidental peine à s’y retrouver dans ses histoires de flux d’énergie, de yin et de yang, il peut facilement bénéficier  d’une pratique qui se déroule dans le calme des mouvements fluides, sans à-coups.

 

Paisible de corps et d’esprit : l’enveloppe et son contenu se rejoignent pour révéler l’indivisibilité de l’être.

 

Paisible de corps et d’esprit, enfin,  grâce dans la pratique quasi quotidienne de la marche. Bien sûr, il ne s’agit pas de ces marches incomparables dans les montagnes ou les forêts, que j’affectionne tant.

 

C’est une marche de « recentrage », de redécouverte du quotidien, sans but ni cadence imposée, de celle qui se satisfait d’aller au rythme du pas humain, de renouer avec une activité de base, primitive.

 

Prendre les chemins, les ruelles, regarder en tout sens, s’enchanter d’un détail de façade d’immeuble, d’arbres, de fleurs, d’insectes, de rencontres humaines, sentir ses pas qui s’enchainent, l’esprit qui vagabonde et qui s’allège des tracas du quotidien. Tout cela n’a pas de prix, au propre et au figuré mais change la lorgnette avec laquelle je regarde la vie, au-delà de la simple lentille, c’est un kaléidoscope chatoyant qui prend place. Dans chacun de ses prismes, une nouvelle fenêtre s’ouvre par laquelle je peux choisir de contempler la vie ou non…

 

 

Même si ce triptyque n’est que l’expression d’une quête personnelle, il peut donner à réfléchir à quiconque éprouverait l’envie de se re-connaître comme cela a pu se révéler indispensable pour mon bien-être ces dernières années. L’adage qui veut que pour aimer les autres il faut déjà s’aimer soi-même est véridique.

 

Chacun doit trouver sa voie (j’allais écrire sa voie ce qui ne serait pas faux tant le petit monologue intérieur est souvent porteur de bonne intention !), définir comment il va débroussailler son chemin.

 

 Ah, au fait, j’ai finalement conservé mes cheveux blancs.

 

J’ai envie de savourer ce témoignage du temps présent « aujourd’hui, mieux qu’hier», symbole du chemin qui se déploie devant moi, fil de la sérénité conquise.

 

 

Une bonne nouvelle, en vérité !

 

 

 

 

 

 

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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Virginie 30/08/2010 17:29



Ah, le temps qui passe,....


 aujourd'hui on a souvent l'impression qu'il est + que nécessaire de cacher ses stigmates, pourquoi, serait-on stigmatiser?


quand on voit les résultats de certaines chirurgies esthétiques ont peu se poser beaucoup de questions


ton texte est très beau


 


 


 



Sandrine Virbel 03/09/2010 07:25



merci pour ton commenatire.


Je pense que nous devons pas craindre le temps qui passe mais nous en accomoder et en tirer la richesse car il y en a dans le fait de vieilir. Les inconvénients en seront amoindris d'ailleurs!


 


bises