Lundi 6 juin 2011
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Publié dans : Nouvelles courtes, 2008-2012
(reprise d'un ancien texte...)
Rien ne freinait sa chute infinie.
Il tombait, sans savoir depuis combien de temps ni même pourquoi et encore moins
dans quel but.
De toute façon, il n’était pas réellement conscient de ce qu’il se passait ni d’où
il se trouvait.
Il ne sentait pas même le souffle du vent qui l’enveloppait, accompagnant sa
descente, le modelant comme la main travaille la glaise, l’enveloppant dans une bulle de quiétude.
Ses jambes et ses bras étaient recroquevillés sur eux-mêmes, figés dans une
immobilité paralytique.
Tout était obscur autour de lui. Obscur et chaud.
Puis, il se mit à percevoir un léger picotement sur la partie charnue de sa
bouche.
Il sortait doucement de sa torpeur tout en y demeurant juste assez pour se sentir
tout à tour spectateur et acteur de la situation.
Il continuait de chuter, serein dans son esprit encore à demi
embrumé.
Ses paupières frémirent, ses yeux décrivirent des rétro-mouvements, il distingua
la légère caresse du vent sur le lobe de ses oreilles.
Son cœur battait régulièrement, calmement dans sa cage
thoracique.
Boom, boom, boom…
Ses lèvres s’entrouvrirent et il eut l’impression d’avaler quelque chose d’humide
et de chaud.
Ses membres émirent quelques mouvements involontaires, la paralysie s’estompait et
laissait place à un influx nerveux qui parcourut fiévreusement tous ses muscles.
Ses bras s’étendirent de plus en plus, il prenait meilleure conscience de sa
situation et de sa position dans un espace sans cesse en mouvement.
Mais il continuait sa chute, inexorablement.
Il battit l’air de ses bras et de ses jambes, ressentir une légère sensation de
résistance le surprit.
Il existait donc une certaine consistance autour de
lui ?
La fente de ses paupières s’étira et il ouvrit les yeux.
D’abord, tout lui apparut sombre puis un léger voile rosé et lumineux exprima ses
nuances sur sa rétine.
Dans ses oreilles, il perçut le sifflement de sa chute mais il n’en conçut aucune
peur.
Au contraire, le son le rassurait.
Maintenant, il pouvait mouvoir les yeux dans toutes les directions et observer
pleinement ce qui existait autour de lui…
Il se trouvait dans une sorte d’immense puits de chute dont les parois étaient
très éloignées. Il ne pouvait pas les atteindre de ses doigts, tout comme il ne pouvait pas se diriger de lui-même.
Il était condamné à chuter encore et toujours… chuter de tout temps, sans début ni
fin. Était-ce là une punition éternelle ? Avait-il commis un acte répréhensible ?
Il avait beau chercher dans sa mémoire naissante, rien ne lui revenait. Il ne
savait pas qui il était, ni où il était.
Il sentit le sang pulser au bout de ses doigts et au bout de ses orteils et il
constata que sa chute s’était accélérée.
Scrutant les parois en quête d’un hypothétique saillie où s’arrêter un instant, il
remarqua que celles-ci semblaient se rapprocher graduellement.
Portant le regard au loin, il vit que, là-bas, droit devant lui, un point lumineux
l’appelait en émettant des pulsions étincelantes.
Il chutait encore et toujours, sans peur, sans angoisse, l’âme curieusement emplie
de félicité.
Il en conclu qu’il ne risquait rien et que ce point brillant était probablement
son objectif, l’aboutissement de cette longue chute qu’il ne comprenait toujours pas.
Ses ongles raclèrent les parois, la sensation le
troubla.
Elles s’étaient tant rapprochées qu’elles l’encerclaient
dangereusement.
Il songea qu’il lui fallait atteindre son objectif le plus rapidement possible
pour ne pas finir écraser.
Par un immense effort de la pensée, il accéléra sa descente, plaçant son corps
dans une position propice, tête dirigée vers la source de lumière.
En dessous de lui, la vive clarté s’était rapprochée au point qu’il put enfin
comprendre ce dont il s’agissait.
Ce n’était pas une simple illumination…
C’était une incroyable et formidable boule de feu en fusion, un soleil d’une
chaleur incommensurable.
Et il cheminait dans un long tunnel qui se rétrécissait de plus en plus pour
atteindre sa cible. Il était la flèche.
A l’approche de l’astre, il fut aveuglé par l’extraordinaire lumière qui émanait
de la boule incandescente. Sa taille était gigantesque, sa chaleur dantesque !
Sans faiblir, confiant en son destin, il sentit son corps s’enflammer et
s’effilocher totalement en longs lambeaux qui se désintégraient paisiblement.
« Je suis… » fut sa première et sa dernière
pensée.
Il entra en fusion au contact de l’immense boule de feu.
……..
Tous les regards convergeaient vers la petite barquette en plexiglas où reposait
le nouveau-né.
Il était encore si fatigué de son long périple et il n’avait cure des commentaires
de sa nouvelle famille qui s’amusait à lui trouver des points de ressemblances avec l’aïeule ou le petit cousin…
Personne ne put distinguer l’ange aux immenses ailes duveteuses qui s’approcha
doucement et qui appliqua un doigt sur les lèvres du nourrisson, lui murmurant :
« Pour que tu ne puisses raconter d’où tu viens ni divulguer les secrets du
Monde, je cèle ta bouche et ton esprit en apposant mon doigt sur tes lèvres. Puisses-tu conserver le souffle divin de la Vie le plus longtemps possible. Tout ce qui est né de l’Energie Eternelle
y revient un jour... ».
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Par Sandrine Virbel
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