Partager l'article ! Le mal de Mère (#6): Angoisse. Je peine à me souvenir. Cheveux châtains-auburn. Yeux à la tein ...
Angoisse.
Je peine à me souvenir.
Cheveux châtains-auburn.
Yeux à la teinte marron foncé.
Et le reste ?
Tout s’est effacé dans mon esprit.
Les contours sont devenus de plus en plus flous.
Le nez, la forme de la bouche, celle des yeux se sont évanouis sans que je puisse intervenir.
Je n’ai plus en tête qu’une surface uniforme, sans relief, désespérément lisse et blanche.
Et je m’en étonne avec douleur.
Comment cela est-il possible ?
… souffrance de l’oubli involontaire qui rogne sur le souvenir.
Peur d’oublier la façon de se déplacer, de s’exprimer, de penser.
Je réalise combien la suprême puissance serait de pourvoir sauver chaque instant !
Héritage.
Antonio Vivaldi, les Quatre Saisons.
Ludwig van Beethoven, la 5ème Symphonie dite « Le Destin », forcément.
Renaud Séchan et sa gouaille de titi de HLM.
Tolstoï, Poe, Molière, Rabelais et tant d’autres géants de la littérature dans une belle collection reliée, odeur de cuir et magnificence des tranches dorées.
Une belle reproduction de la Joconde, dans son cadre patiné. Sourire. Fatalement.
Et là-bas.
Le rêve des voyages que nous projetions en sachant parfaitement qu’ils demeureraient dans l’ordre de l’utopie.
L’Egypte, pour enfin toucher du doigt les vestiges de cette civilisation dont elle m’avait tant parlée.
Là-bas, aussi, de l’autre côté de la Méditerranée.
Casablanca, Rabat, l’Atlas. Une partie de nos racines.
Inch’allah, je m’y rendrai avec mes enfants pour qu’ils connaissent leur histoire.
Pour rétablir une sorte de justice aussi, pour qu’ils soient fiers d’être issus de la diversité du monde.
Pour les relier à une histoire familiale, un passé muselé car considéré, à une époque pas si lointaine, comme honteux.
Inch’allah, oui, si Dieu le veut…
Héritage bien au-delà de la matérialité du monde.
Tu sais pour l'effacement des souvenirs, ce gommage des visages, je connais, j'ai des photos de mon fils, peu car elles ont brulé avec lui et elles me permettent de le revoir, tel qu'il était. C'est une protection, la douleur potentielle qui réside dans l'exactitude du souvenir est dévastatrice. C'est aussi comme un message, éternel lui aussi, les morts font de la place aux vivants.
Je t'embrasse.
Thierry
En effet, le passé s'efface pour que le présent prenne place et que le futur se prépare. Reste des impressions, des vieilles images, des petits instants capturés qui nous rappellent que oui, les êtres chers ont bien existé.
Cet effacement est finalement nécessaire pour permettre d'avancer et ne pas rester bloquer dans la douleur.
Je t'embrasse!