Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 22:39

Publié dans : Cabinet de curiosités (notes diverses)

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Août 1990, Place du Chatelet à Paris. Rencontre fortuite avec Claude Scherrer, poète.

 

« Vous aimez la poésie ? »

 

L’homme d’une quarantaine d’année questionne les passants de sa voix fatiguée mais où vibrent les intonations d’espoir de celui qui veut encore croire qu’il obtiendra une réponse affirmative.

 

 « Vous aimez la poésie ? »

 

A vue de nez, il n’a pas plus de 45 ans. Autour de lui flotte un costume dépassé et élimé qui a du connaître des jours meilleurs.

 

Il sert contre lui une vielle sacoche en cuir brun d’où sortent des livrets à la couverture cartonnée.

 

Dans ce quartier grouillant de vie du centre de Paris, sa présence laisse une impression d’incongruité. Les touristes et les habitués du coin passent sans même lui jeter un œil, laissant sa précieuse question mourir dans le vacarme des véhicules qui empruntent la rue de Rivoli.

 

« Vous aimez la poésie ? »

 

Comment résister à la tentation de s’arrêter un instant et de prêter une oreille à ce drôle de personnage ?

 

 

Il s’appelle Claude Scherrer.

 

Il me raconte qu’il est poète, que c’est là toute sa vie, son essence profonde.

Il ne veut rien faire d’autre que broder ses mots et il s’y est consacré au risque de tout.

 

De tout perdre et de se gagner à défaut de se perdre et de gagner «on ne sait quoi »?

 

Les rimes sont sa respiration, les vers sont le sang qui pulse dans ses veines, que tout s’arrête et il meurt sur l’instant.

 

Il se voue à sa passion à en sombrer, à en mourir à petit feu dans l’indigence.

 

Il ne trouve plus moyen de se faire éditer, les temps sont durs même –surtout – pour les auteurs qui se veulent incorruptibles comme lui.

La poésie est un genre mort pour l’édition, les vers ne portent plus que le souvenir d’envolées lyriques dépassées ou de concisions proches de l’inanition littéraire.

Il est réduit à vendre ses recueils de poésie comme un camelot, recueil qu’il créé avec les moyens dont il dispose : rien, du papier, de l’encre, de l’espoir.

 

Il n’est plus que le colporteur de ses rimes et de ses rêves, le VRP improbable d’une passion qui l’a phagocyté.

 

Un bonimenteur heureux, enfin, lorsqu’il trouve un amateur.

 

J’hésite entre l’admiration et la compassion…

 

******

 

C’était il y a 20 ans, pendant l’été de l’année 1990, presque dans une autre vie pour moi.

 

Cette brève rencontre m’est toujours restée en tête.

Je me demande aujourd’hui ce qu’est devenu ce poète, je pense à cet homme désabusé mais qui voulait encore y croire malgré sa situation alarmante.

 

Les jolies lettres ne sont pas toujours là où on les attend.

 

Pas toujours sur les rayons d’une librairie ou dans les pages d’un magazine littéraire.

 

Parfois, elles se trouvent à un coin de trottoir.

 

Elles attendent qu’on ralentisse sa course et qu’on les considère. Tout simplement.

**********

Mise à jour du 27 mars 2010.

Un lecteur de passage sur ce blog m'a donné des nouvelles de Claude Scherrer.

Il vend toujours ses poèmes dans la rue. A Paris, Rue de Sèvres.


Ecrire un commentaire - Par Sandy
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Commentaires

Je suis passé aujourd'hui, vers le Bon Marché et ai vu Claude Scherrer. Je comprends le point de vue de la personne qui pense que la poésie devrait être dans la rue, mais il faut que le poète vive, ce qui n'est peut-être pas le cas s'il est obligé de faire la manche.

C'est en tout cas un gentleman, dont la douceur et la dignité m'ont touché, tout comme vous. Si vous voulez le contacter, ses coordonnées sont : Claude Scherrer, 73 rue de Rennes, 75006 PARIS.

Commentaire n°1 posté par Peter Vizard le 16/01/2011 à 19h47

Bonjour et merci pour votre passage.

Et surtout, merci pour les coordonnées de C. Scherrer.

Je vais le contacter avec grand plaisir...

Réponse de Sandrine Virbel le 22/01/2011 à 13h16

de très beaux vers
bon week-end

Commentaire n°2 posté par Virginie le 27/03/2010 à 18h28
et surtout une rencontre inoubliable. Je suis contente d'avoir eu des nouvelles du poète.

bises
Réponse de Sandrine Virbel le 28/03/2010 à 12h16
Salut!
j'aime beaucoup cette manière de relater cette rencontre fortuite avec un homme qui a voué sa vie à la rime, aux vers et aux mots en général.
La passion détruit souvent, l'amour parfois mais le jeu en vaut la chandelle si ce sacrifice permet à d'autres ames de gouter au plaisir de lire, d'écrire, de communiquer à travers des formules magiques chargées de sens.
Ce sont ces détails qui font de nous des hommes et des femmes de valeurs et de coeur.
Merci Sandy.
Commentaire n°3 posté par Will le 13/12/2009 à 11h40
Bonsoir!

La passion n'admet pas la tiédeur des sentiments, c'est sa force et sa plus grande faiblesse.
Cet homme était un témoignage vivant d'une personne intégre et dévouée corps et âmes à sa muse. Vraiment une rencontre très marquante pour moi...
Réponse de Sandy le 17/12/2009 à 20h08
très joli texte
bises
Commentaire n°4 posté par Virginie le 11/12/2009 à 16h12
20 ans après, j'ai toujours le recueil de poésie dans ma bibliothèque... une rencontre marquante!

bises
Réponse de Sandy le 17/12/2009 à 20h03
Finalement, n'est-ce pas la vraie place de la poésie, des lettres, sur le trottoir et parmi les gens ?
Le poète n'a jamais eu la vie facile, surtout s'il était en accord avec son temps.
Une belle rencontre.
Amitié
Thierry
Commentaire n°5 posté par Thierry Benquey le 11/12/2009 à 09h59
Je crois aussi que les lettres se font dans la vraie vie, en son coeur et bien loin des salons feutrés où on idéalise les sentiments humains.

Amitié!
Réponse de Sandy le 17/12/2009 à 20h01

J'ai de la chance... et je trouve!

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