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Août 1990, Place du Chatelet à Paris. Rencontre fortuite avec Claude Scherrer, poète.
« Vous aimez la poésie ? »
L’homme d’une quarantaine d’année questionne les passants de sa voix fatiguée mais où vibrent les intonations d’espoir de celui qui veut encore croire qu’il obtiendra une réponse affirmative.
« Vous aimez la poésie ? »
A vue de nez, il n’a pas plus de 45 ans. Autour de lui flotte un costume dépassé et élimé qui a du connaître des jours meilleurs.
Il sert contre lui une vielle sacoche en cuir brun d’où sortent des livrets à la couverture cartonnée.
Dans ce quartier grouillant de vie du centre de Paris, sa présence laisse une impression d’incongruité. Les touristes et les habitués du coin passent sans même lui jeter un œil, laissant sa précieuse question mourir dans le vacarme des véhicules qui empruntent la rue de Rivoli.
« Vous aimez la poésie ? »
Comment résister à la tentation de s’arrêter un instant et de prêter une oreille à ce drôle de personnage ?
Il s’appelle Claude Scherrer.
Il me raconte qu’il est poète, que c’est là toute sa vie, son essence profonde.
Il ne veut rien faire d’autre que broder ses mots et il s’y est consacré au risque de tout.
De tout perdre et de se gagner à défaut de se perdre et de gagner «on ne sait quoi »?
Les rimes sont sa respiration, les vers sont le sang qui pulse dans ses veines, que tout s’arrête et il meurt sur l’instant.
Il se voue à sa passion à en sombrer, à en mourir à petit feu dans l’indigence.
Il ne trouve plus moyen de se faire éditer, les temps sont durs même –surtout – pour les auteurs qui se veulent incorruptibles comme lui.
La poésie est un genre mort pour l’édition, les vers ne portent plus que le souvenir d’envolées lyriques dépassées ou de concisions proches de l’inanition littéraire.
Il est réduit à vendre ses recueils de poésie comme un camelot, recueil qu’il créé avec les moyens dont il dispose : rien, du papier, de l’encre, de l’espoir.
Il n’est plus que le colporteur de ses rimes et de ses rêves, le VRP improbable d’une passion qui l’a phagocyté.
Un bonimenteur heureux, enfin, lorsqu’il trouve un amateur.
J’hésite entre l’admiration et la compassion…
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C’était il y a 20 ans, pendant l’été de l’année 1990, presque dans une autre vie pour moi.
Cette brève rencontre m’est toujours restée en tête.
Je me demande aujourd’hui ce qu’est devenu ce poète, je pense à cet homme désabusé mais qui voulait encore y croire malgré sa situation alarmante.
Les jolies lettres ne sont pas toujours là où on les attend.
Pas toujours sur les rayons d’une librairie ou dans les pages d’un magazine littéraire.
Parfois, elles se trouvent à un coin de trottoir.
Elles attendent qu’on ralentisse sa course et qu’on les considère. Tout simplement.
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Mise à jour du 27 mars 2010.
Un lecteur de passage sur ce blog m'a donné des nouvelles de Claude Scherrer.
Il vend toujours ses poèmes dans la rue. A Paris, Rue de Sèvres.
Je suis passé aujourd'hui, vers le Bon Marché et ai vu Claude Scherrer. Je comprends le point de vue de la personne qui pense que la poésie devrait être dans la rue, mais il faut que le poète vive, ce qui n'est peut-être pas le cas s'il est obligé de faire la manche.
C'est en tout cas un gentleman, dont la douceur et la dignité m'ont touché, tout comme vous. Si vous voulez le contacter, ses coordonnées sont : Claude Scherrer, 73 rue de Rennes, 75006 PARIS.
Bonjour et merci pour votre passage.
Et surtout, merci pour les coordonnées de C. Scherrer.
Je vais le contacter avec grand plaisir...
de très beaux vers
bon week-end
bises
j'aime beaucoup cette manière de relater cette rencontre fortuite avec un homme qui a voué sa vie à la rime, aux vers et aux mots en général.
La passion détruit souvent, l'amour parfois mais le jeu en vaut la chandelle si ce sacrifice permet à d'autres ames de gouter au plaisir de lire, d'écrire, de communiquer à travers des formules magiques chargées de sens.
Ce sont ces détails qui font de nous des hommes et des femmes de valeurs et de coeur.
Merci Sandy.
La passion n'admet pas la tiédeur des sentiments, c'est sa force et sa plus grande faiblesse.
Cet homme était un témoignage vivant d'une personne intégre et dévouée corps et âmes à sa muse. Vraiment une rencontre très marquante pour moi...
bises
bises
Le poète n'a jamais eu la vie facile, surtout s'il était en accord avec son temps.
Une belle rencontre.
Amitié
Thierry
Amitié!