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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Physionomie des ténébres

 

 Frankenstein- Boris Karloff, Universal, wikimedia commons, domaine public

 

 

 

  

Mon bonheur ressemblait à ce fleuve étincelant que j’apercevais par la fenêtre largement ouverte.

 

Fuyant, tumultueux, sa traversée serait à jamais un périple inaccessible.

 

Mon corps n'était plus apte à entreprendre le voyage et la salive continuait de couler sans tarir sur mon visage ravagé.

Un trou béant me faisait office de bouche.

Qui veut du baiser répugnant d’une « gueule-cassée » ?

 

La mémoire de la douleur ancienne et si présente me submergeait à chaque instant.

 

Restait l'écriture, exercice encore possible.

 

Les insectes qui parcouraient mon corps se nourrissaient de la chair en putréfaction.

Je ne les dégoutais pas, bien au contraire du sentiment que j’inspirais à mes semblables.

 

Une étrange odeur de poisson flottait dans la maison. Mon odeur omniprésente ?

 

J'entendais sans trêve le chant d’un grillon à moins qu’il ne s’agisse d’une illusion auditive, d’un stridulement né dans les volutes de mon cortex. J’avais gratté le cuir chevelu pour tenter d’extirper l’insecte dérangeant. Peine perdue !

 

De ma main tremblante, je traçais les lettres d'un appel à témoins déguisé en autobiographie : « Avez-vous connu ceci avant que n’advienne cela? »

Bien sûr, ce ne serait pas comme rédiger un chef d'oeuvre mais entre l'être ou le paraitre, je n'avais plus l’opportunité du choix.

 

Des profondeurs de la nuit, j'étais dans le rôle de l'esclave oublié, du moins que rien abandonné à son sort.

 

Alors, que dire de mon voyage avorté ?

 

Avorté, mort-né, ce satané voyage,  maintenant que mes os avaient la raideur froide du marbre et la fragilité du coquillage.

Ma moelle coulait rose pâle le long des tiges fixées dans le squelette perforé.

Un amas d’os et d’acier, un pantin désarticulé, vissé, mal rafistolé, une marionnette abîmée, cassée, vite oubliée...

 

Je m'inquiétais de ma propre absence, je m’interrogeais sur  ma transparence...

 

J'appréhendais aussi le lever du jour, il signifierait ma mise en éclipse forcée.

 

 

 Et il faudrait tout recommencer...

 

 

 

********

 

J'ai déjà eu l'occasion de parler des éditions Zulma et du fameux ouvrage : (Nouveau) Magasin d'Ecriture d'Hubert Haddad.

 

Le petit texte ci-dessus est né d'une trituration en ligne de mots, d'images puis d'un petit travail in-vivo,  "sur le papier".

 

Alors que vous soyez scribes aguerris ou curieux, prêtez-vous aux "jeux littéraires" vous serez peut-être bien surpris par le résultat... et vous passerez un bon moment à coup sûr!

 

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À propos

Sandrine Virbel

de l'écriture, de la littérature, de la culture, des connaissances mises en partage... ॐ
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dédé 14/02/2011 15:22



Bonjour Sandy,

       Cette physionomie des ténèbres demeure lugubre et fascinante.
       Le lecteur est transporté dans le royaume des morts. Endroit qu'il préfère oublier, par la peur qu'il transmet. Pourtant, il est le terminus de
toutes vies.
       Si le menu en cuisine est composé de poisson, l'odeur de putréfaction accompagne la  lecture. 
        Les prédateurs des chairs perdues, se régalent par ce funèbre festin.
        Avec un vorace appétit, les petites bêtes nettoient consciencieusement, les moindres recoins.
        Grâce aux soutiens en acier, le pantin possède encore une utilité passive, en étant exposé pour des études anatomiques.
        Si ce tas d'os reste à l'abri de toutes souffrances rhumatismales ou dentaires, il représente tout de même la charpente d'un être humain, chargée
de son histoire personnelle.
        La description est si précise sur ce trépas... que la narratrice est peut être une revenante de ce voyage...au-delà des vivants !
        Pour les âmes sensibles, il est préférable de lire ces lignes en dehors des repas.
        Personnellement, je me suis régalé.
        Bises.
        dédé.



Sandrine Virbel 20/02/2011 20:35



Bonsoiré Dédé!!


 


Non, non, je t'assure, je ne reviens pas de l'outre-monde!


Contente que ce brin de causette avec un trépassé à moitié trépané ne t'ait pas dégoûté, je suis sûre qu'en le connaissant un peu on fait l'impasse sur sa physionomie un peu trop ténébreuse...


 


Bises!



Thierry Benquey 14/02/2011 09:13



La lecture en est très désagréable, tu as donc réussi à plonger le lecteur que je suis dans cette courte représentation de la pourriture d'un etre. Ouille et merci.


Thierry



Sandrine Virbel 19/02/2011 17:31



c'est pas moi, c'est la faute de Zulma!!!!