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Les scribouilles

écriture (notes, roman, nouvelles, textes...) lecture et curiosités en partage

Rencontre avec Marguerite Abouet, auteure d’Aya de Yopougon

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La rencontre littéraire de ce mois de mars se déroule  dans une salle comble.


Le public est venu nombreux : des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes… tout le monde a déjà succombé au phénomène Aya – où est en passe de la faire- et est curieux de rencontrer sa créatrice, Marguerite Abouet.


Aya de Yopougon, c’est une aventure en bandes dessinées, débutée en 2005 qui connait un grand succès tout au long de son édition. Le tome 1, couronné par le prix du Premier Album à Angoulême,  sera traduit en 16 langues.  5 autres tomes viendront dérouler cette histoire originale  et haute en couleurs.


Un succès fulgurant que Marguerite Abouet n’attendait pas !


L’auteure est née en 1971, en Côte d’Ivoire à Abidjan, dans le quartier de Yopougon tout comme son héroïne.


Arrivée en France à l’âge de 12 ans, elle vit chez son grand-oncle dans l’optique de faire sa scolarité et ses études en France. Très jeune, Marguerite Abouet  sait ce qu’elle veut, elle qui a grandi dans une famille où les filles avaient le choix de leur vie ce qui n’était pas le cas chez ses camarades. Déjà très déterminée, elle découvre sitôt arrivée en France ce qui sera le grand amour de sa vie : les livres.


Tour à tour nounou de triplés ou de personnes âgées, punk, opératrice de saisie ou encore assistante juridique, Marguerite Abouet est une femme enjouée, volubile, passionnée. Son énergie est conquérante et contagieuse, l’écouter  parler vous emporte dans un tourbillon captivant. Aujourd’hui écrivaine, scénariste et dialoguiste, elle met toute sa volonté dans ses projets artistiques.

 


Aya est Marguerite ? Circulez, il n’y a rien à voir !


De prime abord, on pourrait croire qu’Aya et Marguerite Abouet ne font qu’une seule et même personne. Or, il n’en est rien ! D’après les propos de l’auteure,  Aya  est d’ailleurs une jeune fille trop parfaite, un peu ennuyeuse car trop  intelligente et trop sérieuse.


Elle n’est pas le sosie de Marguerite Abouet du moins l’auteure n’a pas souhaité se projeter dans un personnage qu’elle ne voulait en aucun cas autobiographique. Elle a voue d’ailleurs se reconnaitre plus dans le personnage d’Akissi, la petite sœur d’Aya, intrépide tornade qui fait enrager les adultes.


Pour écrire l’intrigue d’Aya, Marguerite Abouet a néanmoins puisé son inspiration dans la réalité et dans des histoires qui lui ont été rapportées. Aya est en cela une fiction réaliste qui raconte la vie parfois bien mouvementée de plusieurs  jeunes garçons et filles et de leurs familles à Yopougon.

 

Un leitmotiv a animé Marguerite Abouet  tout au long de son écriture: aller plus loin que l’image misérabiliste de l’Afrique, montrer le dynamisme d’une société pleine de ressources.


D’après elle, naître à Yopougon est un passeport pour affronter et se sentir à l’aise dans le monde entier : caractère aventurier, répartie, entraide,  éducation collective caractérisent les natifs du quartier.


 

 

La femme africaine n’est pas celle que l’on croit.


Ce qui frappe dans Aya, c’est la place occupée par la femme africaine.


Les femmes de Yopougon sont féministes, elles sont loin d’être soumises, elles gèrent d’une main de maître la maison, la famille, le devenir du foyer et par extrapolation, la société. Une place très importante est accordée à la cuisine en Côte d’Ivoire : les femmes s’y retrouvent, causent entre elles, critiquent leur vie, se conseillent sur la meilleure conduite à tenir. Au-delà du lieu où se préparent les repas, la cuisine est une salle de réunion lorsqu’elle n’est pas comparable à un lieu de débat enflammé !


Loin d’un rôle réducteur, celui de la femme africaine cache une grande puissance.


Malgré leurs responsabilités, elles savent  aussi s’amuser et ne s’en prive pas dès que l’occasion se présente.

 

Les hommes sont au final les personnages les plus malmenés dans l’histoire mais plusieurs d’entre eux se rachètent au cours des tomes et montrent des facettes intéressantes de leur personnalité quand il n’évolue pas de façon fulgurante.

 

 

 

Les tabous et l’art d’en parler.


Si Aya parle de la vie en générale en Afrique, l’auteure y aborde aussi  la sexualité et l’homosexualité.


Car oui, l’homosexualité existe aussi en Afrique. 


Marguerite Abouet s’est basée sur le souvenir d’un ami d’enfance pour camper Innocent, un personnage homosexuel qui se cherche et qui désire vivre librement selon ses penchants.


Aucune loi ne condamne l’homosexualité en Côte d’Ivoire, mais elle n’est pas  affichée pour autant.  Marguerite Abouet s’est vue accusée d’inciter à la débauche an abordant l’homosexualité sans faux semblant et ouvertement…

 

Loin des préférences intimes, un autre tabou existe en Afrique : l’Africain qui part en France se doit de réussir et ne saurait revenir penaud dans son pays d’origine.


La France conserve l’image vivace et clichée d’un el dorado et il est du devoir de celui qui revient au pays d’aider ceux qui lui ont permis de partir.


Partir revêt un symbolisme fort, c’est perdre ses attaches mais ce sacrifice se conçoit dans un esprit de bienfait collectif. L’exil temporaire d’un membre de la communauté va la servir et lui apporter du bien-être en retour, il est donc difficilement acceptable de faillir.


Si le propos de Marguerite Abouet est de mettre un grand coup de pied dansl’image dépréciée de l’Afrique, elle tient aussi à casser le mythe du paradis français ou chacun pourrait réussir dans l’opulence et avec facilité.

 

 

 

Le français et le mochi.


La force d’Aya  réside également dans les textes.  Ici, pas de français occidental mais du français de « là-bas », émaillé d’argot ivoirien - le mochi - très utilisé par les jeunes branchés.


Un lexique en fin de tome se charge d’instruire le lecteur qui s’adapte rapidement aux tournures spécifiques et qui prend un réel plaisir à suivre les réparties entre les personnages dans la plus pure tradition de la joute verbale africaine.

 

 

 

Aya, après Aya…


Le succès d’Aya  a transformé la vie de Marguerite Abouet.  Elle est devenue une sorte de voix pour nombre d’africains même si elle ne peut pas parler au nom de tous.


Grâce au succès d’Aya, elle a pu œuvrer à la  promotion de l’éducation en Afrique en créant l’association  « des livres pour tous » qui réunit des fonds pour ouvrir des bibliothèques dans les villages dépourvus de lieux de culture.

 

 

 

 

Un peu, beaucoup de Marguerite Abouet :


Aya de Yopugon 6 tomes, bande dessinée écrite par Marguerite Abouet, illustrée par Clément Oubrerie.  Chez Gallimard dans la collection Bayou de Joann Sfar.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Aya_de_Yopougon

 

Akissi, 4 tomes, bande dessinée écrite par Marguerite Abouet,  illustrée par Mathieu Sapin. Chez Gallimard.


Bienvenue, 2 tomes,  bande dessinée écrite par Marguerite Abouet,  illustrée par Singeon. Chez Gallimard dans la collection Bayou de Joann Sfar.

 

Délices d'Afrique (livre de cuisine), écrite par Marguerite Abouet  avec Agnès Maupré. Aux Editions Alternatives.

 

 

La série a fait l'objet d'une adaptation en long métrage d'animation. Sortie en France le 17 juillet 2013. Couvre les 2 premiers tomes d’Aya.

 

 

 

 

 

 

 

 

Association « Des livres pour tous » :

http://www.deslivrespourtous.org/

 

 

 

 

 

 

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Sandrine Virbel

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