Les scribouilles
Si tu viens me voir, saches déjà que ma ville est une contradiction permanente qui suinte de chacune de ses pierres.
Boissy Saint Léger, ma ville depuis cinq années, abrite 15 000 âmes, à l'ombre tentaculaire de Paris qui se situe à moins de 20 kilomètres.
Le haut de la ville s'étend sur un coteau à 90 mètres d'altitude et domine la ville basse construite sur une plaine du plateau briard.
En haut, tu déambules dans le Boissy charmant (son nom vient du latin buxus qui signifie buis), avec ses petites maisons encadrées par des parcs boisés et par la forêt de Notre-Dame.
Au loin, le château de Grosbois fait l'orgueil de la ville et accueille un centre international d'entraînement des chevaux de course ce qui fait dire que Boissy est la capitale mondiale du
trot.
Hormis les chevaux, la ville haute abrite également, depuis 1886, un établissement de renom dans la culture de l'orchidée : les Ets. Vacherot et Lecouffle, temple de la fleur qui rend fou ses adeptes.
En bas de la ville se situe le quartier de la Haie Griselle, bordé par la nationale 19, son flux incessant de véhicules et survolé par les avions qui rejoignent l'aéroport d'Orly. Bâtit de 1973 à 1984, ce quartier est une vrai cours des miracles.
Malgré les étangs, les lacs et la verdure omniprésente, difficile de faire l'impasse sur le foyer Sonacotra et le Centre Commercial lépreux d'où les commerçants désertent les uns après les autres.
Certains recoins mal famés présentent même tous les stigmates de cette banlieue caricaturale qui fait les choux gras des médias en mal de scoop : drogue, tags, dégâts, bagarre, misère, illettrisme...
Toutes les écoles de la zone sont classées en ZEP.
Naître et vivre ici constituent déjà une tare pour la vie.
« Haie Griselle » est tatoué sur ton front, tes documents officiels, ton carnet scolaire... Pour toi, pas de cursus d'études longues : CAP, BEP, Bac Pro à la rigueur... ne rêves pas... la fac n'est pas pour toi, les Grandes Ecoles, n'en parlons pas ! Et sur ton CV, c’est carrément rédhibitoire !
Séparant la partie haute et de la partie basse, la ligne du RER A, fameux train de banlieue, charrie quotidiennement son lot de travailleurs fatigués qui rejoint sa ville dortoir ou son travail.
La ligne de RER A, c'est notre Ligne Maginot séparant 2 mondes qui se détestent sans se connaître, frontière entre le Boissy fréquentable et la Zone qu'on préfère ignorer et ne jamais regarder en face.
D'ailleurs, notre station de RER n'est-elle pas le terminus de la ligne, desservi une fois sur deux ? A croire que personne ne veut plus venir ici...
Viens et oses entrer dans ce coupe-gorge, oses cheminer dans les petites allées de la voie piétonne vers la place des platanes.
Avant, tu as pu remarquer les étangs où s'ébattent nos palmipèdes.
Je t'en prie, fermes les yeux devant les caddies abandonnés, jetés dans les pièces d'eau.
Regardes plutôt les enfants qui jouent au ballon, cette somptueuse femme
qui passe, altière dans son boubou ou ce grand-père asiatique à la démarche encore alerte qui part pour sa promenade quotidienne dans le quartier.
Ça parle de la Méditerranée, de l'Afrique dans les conversations et parfois, ça évoque des pays bien plus lointains...
Tiens, tu es arrivé chez moi, pénètres dans le hall, gravis les 4 étages et sonne à ma porte.
N'ais pas peur de franchir le seuil, regarde, tu es accueilli par 2 chiennes plus très jeunes mais bonne pâte et 2 enfants facétieux qui vont finir par te grimper sur les genoux.
Tu veux boire un café avec nous ?
ça sent bon le gâteau qui cuit dans le four ou le pain fait-maison qui refroidit dans la cuisine. C'est avec plaisir que je te convie à la dégustation.
Le chat tente de te grimper sur les
épaules.
Il est impressionnant, c'est un Maine Coon, la race la plus grande qui existe mais il n'est pas méchant pour un sou.
Laisses-toi aller à caresser ses longs poils et à plonger tes doigts dans sa toison.
N'oublies pas de dispenser des caresses aux chiennes qui se sont lovées contre tes jambes.
Si tu le désires, je t'entraine dans mon antre, ma bibliothèque chérie ou reposent mes ouvrages qui tapissent les murs de la pièce.
Je n'ose plus les compter, quand on aime, on ne compte pas, n'est ce
pas...
Si ça te tente, tu restes dîner.
On boira une Bénédictine en digestif tout en discutant dans mon bureau, le chat endormi sur tes genoux.
Je te parlerai de cette ville que je connais depuis peu mais qui recèle des trésors d'humanité et de lutte : artistes du cru, associations, solidarité, la vie plus que tout, plus forte toujours...
Je te parlerai de tout ce que je chérie, mes passions, mes envies, la vie...
Parles-moi d'où tu viens, de ce que tu aimes, dis-moi tout, je t'écoute mais gardes encore un peu de mystère... j'aimerai te revoir ici où là-bas, chez toi...
A bientôt, tu sais où me trouver !
Cet article est né suite à une proposition de Thierry Benquey, une petite visite sur son blog :
link
Visitez aussi le pays de PAT, Saint Pé de Bigorre :
http://www.patdebigorre.org/article-15678986-6.html#anchorComment
Merci pour ton commentaire, j'ai trouvé cette idée très sympa : raconter son univers, ce qu'on voit tous les jours autour de soi.
C'est moins buccolique que chez toi mais bon... il faut de tout!
Bonne journée!
Merci pour ton commentaire et pour m'avoir fait découvrir le blog de Thierry que j'apprécie beaucoup!
Oui, j'aime bien cette ville malgré ses contradictions et sa fracture sociale criante. J'y ai élu domicile depuis 5 ans et c'est chez moi, maintenant.
Merci pour le lien vers ton article, je pars dcouvrir Saint Pé de Bigorre!
Bonne journée!
Il faut venir sans hésiter, il y a de la place pour tout le monde!
A bientôt!